Y aura-t-il une partielle au numéro 18 ?

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Les candidats s’alignent, mais la question centrale demeure : y aura-t-il vraiment une partielle au n° 18 ? À ce jour, rien n’est sûr.

Si le temps, au lieu d’une personne, était cette «carte maîtresse» du gouvernement Lepep ? Je m’explique : le gouvernement pourrait créer l’illusion d’une partielle. Il pourrait même, pour faire diversion sur les affaires qui le secouent, faire monter la mayonnaise, mais pourrait tout aussi bien annuler ladite partielle, une ou deux semaines avant son échéance, soit au début de 2018. Et, à la place, dissoudrait le Parlement pour aller directement aux élections générales. Celles-ci pourraient, alors, se tenir avant la fin de l’an prochain, avant le coup de pioche pour le Metro Express, ou une décision du Privy Council dans l’affaire MedPoint. Techniquement, ce scénario tient la route.

Dans ce cas de figure, Lepep aurait alors fait quatre ans au gouvernement. Et ne perdrait, donc, qu’une année de son mandat de cinq ans. Une année c’est mieux que de tout perdre.

L’avantage, c’est que le PTr, le MMM et le PMSD seraient pris dans une position ambiguë : comment contracter une alliance entre eux, si tant que cela leur est souhaitable, alors qu’ils se sont jeté mutuellement de la boue pour les besoins de la course ? Une course qui pourrait donc ne pas avoir lieu mais qui a déjà fait une victime : Roshi Bhadain – qui s’est laissé avoir, comme un parfait néophyte, par un PMSD sans scrupule.

Le parti des Duval semble être pris dans sa propre propagande et pense, à tort, qu’il est devenu, au fil de ses alliances qui ne durent presque jamais, un parti national. C’est le syndrome de la grenouille qui se prend pour un boeuf. Le PMSD ne jouerait, selon nous, qu’un rôle de figurant, comme Bhadain et les autres (malgré les bonnes intentions des uns et la soif de renouveau des autres).

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Le parti des indécis, premier parti du pays ?

Dans le cadre des deux ans au pouvoir de l’alliance Lepep, soit en décembre 2016, notre groupe de presse avait demandé à Synthèses de procéder à un sondage sur les intentions de vote des Mauriciens. Le sondage LSL-Synthèses, entrepris avant le projet d’une Prosecution Commission (qui visait à barrer la route à tout recours devant le Privy Council dans l’affaire MedPoint ?) et la démission du PMSD du gouvernement, a crédité les indécis de 37 % – faisant de ce bloc le plus grand parti du pays devant le MSM, le PTr et le MMM. La faute aux déceptions nées des gouvernements Ramgoolam et Jugnauth ? Les électeurs ont clairement affiché leur envie de renouvellement mais se retrouvent alors face à des candidats qu’ils connaissent moins bien et pour qui le vote n’est pas automatique (Roshni Mooneeram et les «Ansam nu – pa – kapav» peuvent en témoigner).

L’abstention ou le non-alignement derrière les partis traditionnels – une tendance mondiale – recouvre plusieurs phénomènes : l’insatisfaction des électeurs face à l’offre politique sclérosée. Mais, à bien voir, les électeurs qui boudent sciemment les centres de vote n’utilisent pas leur mécontentement à bon escient. Et, partant, permettent aux politiques de minorer l’acte civique consistant à exprimer son insatisfaction. Le gros problème des abstentionnistes, c’est qu’on parle à leur place...

L’abstention est un désaveu qui touche la classe politique dans son ensemble. Alors que tout le monde, y compris les esprits progressistes, évoque la partielle en faisant, scientifiquement, le calcul des différents groupes de votants. Faut-il aligner un profil sociologique ou ethnique similaire à Bhadain pour le remplacer ? Comme le PTr l’a fait avec Arvin Boolell. Comme le fera le MMM, ce lundi, avec Nita Jaddoo-Juddoo. Ou doit-on, tout bonnement, rompre ce «template» bâti sur des mythes – comme on l’explique, avec une perspective historique, en page 12.

Il nous faut réfléchir à ce désaveu massif. Devrait-on rendre le vote obligatoire, ou reconnaître le vote blanc, ou devrait-on encore légiférer pour qu’une élection soit rendue invalide si elle se fait avec un trop faible pourcentage des électeurs inscrits ? Cette réflexion est importante. Au-delà des candidats eux-mêmes. En attendant une réforme électorale qui date de Mathusalem.

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Si seul Ramgoolam sait pourquoi il laisse courir Arvin Boolell, si seul Bérenger sait pourquoi il ne veut pas laisser courir Satish Boolell, si le PMSD hésite encore entre une femme et un jeune mais a fait une croix sur Bhadain, si seul Bhadain doit déjà ressentir sa défaite avant la course, Pravind Jugnauth, lui, pour une fois, possède plusieurs cartes en main et dans les manches. N’ayant pas pu mettre sur pied sa Prosecution Commission qui aurait coupé les ailes du DPP, il garde néanmoins le contrôle sur le Parlement et le calendrier électoral. Si l’on reste dans une logique d’alliances électorales en marge de 2019, puisque le «3-cornered-fight» n’a jamais été notre fort, c’est le leader du MSM qui a en main le joker, quitte à se séparer des Gulbul, Maunthrooa, Soodhun, pour rafistoler son attelage hétéroclite… et à ranger les casseroles de sa cuisine.

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