Avek lakok pistas…

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“Diego/Diego Garcia/To kuma enn laliann ampwazoné ki pé fil dan nou loséan (...)”, nous rappelle Bam Cuttayen, ce Bob Dylan mauricien, sans le prix Nobel, qui nous a fait connaître le sort de Victor Jara, alors que tout le monde s’en foutait royalement... Sa musique et ses textes n’étaient pas faciles, mais ils s’imposent aujourd’hui.

Un poète, un philosophe, un engagé, un vrai de vrai, pas un de ces politiciens de pacotille qui aiment se gaver de conseillers ou de per diem ou encore de likes sur Facebook. On mesure les grands comme Bam à leur immortalité. On oublie presque leur trépas, même si c’était un mois de juillet, alors qu’il faisait frisquet et qu’il fallait nous réchauffer le gosier chez Coco, sans le couturier et ses géniaux coups de ciseaux dans la fabrique de notre société. «La vie est un trépas constamment entravé, une lutte éternelle contre la mort», disent Schopenhauer et Cuttayen.

Listwar sékré. Peu importe, en fait, quand le tailleur de maux mauriciens s’en est allé, ou s’il a pu, enfin, trouver son chemin qui le perdait souvent dans les ruelles peuplées de chiens et carapates, ses textes purs, laissés à Mont-Roches, dans cette chambre dépouillée de tout, peinte avec de la chaux blanche pour cacher les affres du temps, de l’amour et de la société; chambre qui abritait, entre quatre murs étroits, que son canapé-lit et une chaise rouge, comme le Soley rouz, qui «bouz fix», où que l’on se trouve...

Pou ki pou ki ? Les textes de Bam, dispersés depuis, restent d’actualité : «Laba dan loksidan, bann gran missié apé fit zot lédan/Pou continye bwar péi tier-mond so disan/Pou sovgard nou lintéré, couma bann lég zot finn posé/ É zordi nou finn vinn zot prizonié.»

Le poète mauricien n’était pas un vendeur de rêves ou de miracles comme Vishnu, ni un marchand de liberté comme Roshi, encore moins un gourou des temps modernes comme certaines des voix qui brassent du vent sur les réseaux sociaux. Il voulait simplement comprendre pourquoi les rivières mauriciennes avaient été détournées par de «mauvaises» mains.

Mercredi, 21 juin, Fête de la musique, date de l’anniversaire de Bam Cuttayen. À Grande-Rivière, dans une salle trop petite, le Komite Diego et des amis de l’artiste lui ont rendu un vibrant hommage. Darma Mootien, Nita Raghoonundun, Alain Ah-Vee, Lindsey Collen, Melanie Peres, Vinesh Hookoomsing, Kavinien Karupudayyan, Rajni Lallah, Joelle Hoseiny, Odile Chevreau, dans le désordre des souvenirs et des mots, lui ont dit bon anniversaire, sans souffler sur des bougies. Il n’y avait pas lieu d’avoir un gâteau, ou du briani. Les braises étaient vives dans les coeurs émus...Dans l’assistance, de parfaits inconnus comme Deven, Suresh, ou ce camarade de Bam qui achetait les chemises «avek enn rebor» (marque de fabrique du tailleur), ou des connus comme Henri, Alain (jadis membre du comité central du même MMMSP qui avait exclu le poète et son aile «bamiste») ou Michel. Ce dernier, également ciseleur de mots, avait ressorti un cadeau puisé du recueil Calindromes :

«San tanbour/Ni tronpet/San tamtam. Dan lésiel/Larkansiel/ Séparé. Soley rouz/Apé bouz fix. Lakok pistas/Finn les so tras/Dan nou léker/ Gaby apé ploré...»

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