Décryptages des choix de Macron : renouvellement, parité, jeunesse, compétence, diversité et société civile

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La France traverse un véritable séisme qui remet en question le système politique et institutionnel. Le jeu partisan habituel a éclaté avec une débâcle des partis traditionnels provoquée par une colère politique grandissante. Les ténors ont presque tous mordu la poussière. Toutes les règles ont volé en éclats.

Il y un profond renouvellement de la classe politique française. Les deux grands partis de la Cinquième République ont vécu une humiliation. Francois Fillon et Benoit Hamon sont éliminés au premier tour tandis que deux candidats hors système - Macron et Le Pen - sont qualifiés pour le second tour. Le Parti socialiste et le Parti républicain perdent 250 et 100 sièges respectivement à l’Assemblée nationale. 75 % des députes sont des nouveaux tandis que 90 % des élus de La République en marche ! (LREM) sont à leur premier mandat législatif. Et 27 des 30 ministres occupent un maroquin pour la première fois. Quant au président, il n’a que 39 ans, n’a aucune expérience politique, aucun précèdent mandat électif  et pas d’appareil de parti. Il a joué la carte de «ni droite ni gauche» avec brio, en rassemblant les compétences d’où qu’elles viennent.

Le nombre de femmes élues passe de 155 en 2012 à 224 en 2017. C’est l’Assemblée la plus féminine jamais élue, avec 39 % des femmes, dont 47 % pour le parti de Macron. Cela est possible même avec un scrutin majoritaire et sans dose de proportionnelle. Il faut tout simplement une volonté politique. Il y a aussi un respect de la stricte parité dans la composition du nouveau gouvernement, avec 15 hommes et 15 femmes pour 30 ministres et secrétaires d’État. Deux femmes occupent des postes régaliens à la défense et à la justice.

De plus, il y a un rajeunissement de la classe politique. Les députés de moins de trente ans sont passés d’une représentante à 32. L’âge moyen des députés baisse de 54 ans en 2012 à 48 ans en 2017. Les élus de La France insoumise sont en moyenne les plus jeunes, avec une moyenne d’âge de 43 ans, devant LREM dont la moyenne s’élève à 45 ans. Parmi les députés se trouve une étudiante de 24 ans. Huit ministres et secrétaires d’État ont moins de 40 ans et quatre moins de 50 ans. La révolution numérique, le changement climatique, l’engagement civique et la France qui protège sont souvent leurs principales préoccupations.

Même s’il a eu une inflexion politique à la dernière minute à la suite des démissions de quatre ministres, le gouvernement reste très «techno» avec des nominations basées sur les compétences et l’expérience des élus. Edouard Philippe est choisi pour sa grande intelligence, Gerard Collomb pour son immense expérience comme maire d’une grande ville, Nicholas Hulot pour son engagement écologique depuis 30 ans  et  Florence Parly pour son savoir-faire acquis à Air France et la SNCF.

En outre, la représentation de la diversité a plus que triplé. Le Palais Bourbon offre un nouveau visage qui reflète mieux la sociologie démographique du pays. En excluant les députes de l’outre-mer, nous constatons qu’il y a une augmentation du nombre d’élus issus de la diversité de dix en 2012 à 35 en 2017. Une hausse à mettre au crédit du parti du président Macron, avec 23 de ses députes. Il montre sa volonté de renouveler le personnel politique avec plus de femmes, plus de jeunes et plus de personnes issues de l’immigration.

Le président Macron fait la part belle à la société civile. Au moins 12 ministres et secrétaires d’État en sont originaires. Ils n’ont aucun mandat électif et ont été choisis grâce à leurs compétences et à leurs expériences. Une juriste, professeure de droit et membre du très célèbre Conseil constitutionnel, est nommée au ministère de la Justice, une ancienne directrice de la prestigieuse ENA est aux Affaires européennes, une quintuple médaillée olympique aux Sports, une responsable d’une maison d’édition à la Culture et un ancien dirigeant d’une des plus prestigieuses écoles de commerce françaises à l’Éducation nationale. D’autres ont été nommés pour leur solide capacité de gestion. Une responsable d’une association qui facilite la scolarisation des enfants handicapés et maman d’une enfant trisomique est au ministère chargé des personnes handicapées tandis qu’un entrepreneur et spécialiste des nouvelles technologies sera ministre du Numérique.

Par ailleurs, coopter la compétence, l’expérience et le savoir-faire de la société civile, de l’enseignement supérieur et des entrepreneurs comme ministre pour mieux cerner les grands enjeux de la société est possible en France. C’est aussi le cas dans plusieurs autres pays comme les États-Unis, l’Inde, la Grande-Bretagne, les Seychelles, le Rwanda pour ne citer que quelques-uns. Mais pas à Maurice, sauf pour le poste d’Attorney General. Il faut souligner que ni le Premier ministre Philippe Edouard ni Gerard Collomb, encore moins Nicholas Hulot et Jean Yves Ledrian ne sont députés à l’Assemblée nationale. Le président Macron a fait ce choix même s’il dispose d’un vivier de 355 députés au Parlement. La raison est simple. La gestion d’un pays est devenu tellement complexe et multidisciplinaire qu’il faut rassembler toutes les compétences pour un «Government Of All Talents», comme l’avait si bien décrit Gordon Brown lorsqu’il était Premier ministre.

Emmanuel Macron s’attelle à une refondation complète de la politique pour remplacer les constructions anciennes car la population veut du neuf. Les modèles partisans anciens, hiérarchiques et verticaux sont dépassés. Il joue la carte du renouvellement, de la stricte parité, de la jeunesse, de la compétence, de la diversité et de la société civile. Il mise aussi sur l’éthique et la moralisation de la politique avec la démission de quatre ministres – et non des moindres – qui sont sous le coup d’une procédure judiciaire.

La France semble donner sa chance au «gamin surdoué» ou à son «messie». L’avenir nous dira s’il va réussir son pari de reformer la France pour qu’elle devienne une économie forte, compétitive, protectrice et solidaire. Malgré les critiques que le poids de la France technocratique d’en haut, des énarques et de grands commis de l’État semble être fort, Macron a choisi l’espoir contre la colère, l’ouverture contre le nationalisme, la diversité contre le repli identitaire, la société civile contre les apparatchiks, la compétence contre la seule loyauté et la fidélité comme feuille de route. Emmanuel Macron, comme Justin Trudeau au Canada, est une bouffée d’oxygène contre l’imprévisibilité et les frasques de Donald Trump et le tout sauf  «stable and strong and Brexit means Brexit» de Theresa May en Grande-Bretagne.

Il y plusieurs enseignements pour notre pays dans ce que fait Macron. Que ce soit le renouvellement de la classe politique, la représentativité des femmes au Parlement et au Conseil des ministres, le rôle de la jeunesse dans notre développement, la diversité dans certains secteurs, la contribution de la société civile au processus décisionnel et l’importance de choisir les hommes et les femmes en fonction de leurs mérites, leurs compétences et leurs expériences. Tout un chantier de réformes indispensables pour notre devenir.

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