Règles du jeu

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Nous nous pensions loin des turbulences qui secouent les pays de l’Est et de l’Ouest de l’Atlantique. Loin géographiquement. Loin d’un mode de pensée usé par des années de socialisme d’un autre temps, protégés, croyions-nous, par notre état d’esprit d’entrepreneurs, notre libéralisme conquérant.

Nous nous pensions à l’abri du risque puisque nous avions accepté les règles du jeu de la mondialisation. On pourrait dire que nous avions «embrassé» les règles du jeu. Si bien que les discours de M. Saint-Amans, directeur du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCDE, qui a vu en notre centre offshore une verrue à brûler, nous viennent avec un arrière-goût de trahison et de perfidie. Trahison puisque ces règles du jeu étaient supposées aider les pays émergents à se mettre à niveau des pays industrialisés. Et que les règles ne semblent changer que parce que les gagnants ne sont pas dans le camp des plus forts. Perfidie puisque les exceptions au discours, même au sein de l’OCDE, fleurissent.

C’est ainsi que nous pourrions le prendre, et nous aurions raison. Avec l’appui de tous les autres pays émergents de la planète qui partagent notre ressentiment à l’égard du plus fort, nous serons cités en exemple dans leurs journaux, les parfaits martyres d’un système injuste. Et nous n’aurons rien résolu pour notre pays.

Rien résolu. Absolument rien. Puisque cette posture ne nous amènera ni clients nouveaux, ni flux financiers, ni emplois nouveaux.

Rien que nous n’aurions dû déjà avoir créé depuis quelques années déjà. Si nous avions été plus perspicaces. Car si l’échéance paraît aujourd’hui cruelle, ce qui nous «tombe dessus » ne s’est pas construit en un jour.

À vrai dire, tout a basculé il y a neuf ans. Octobre 2008. Les banques européennes et américaines, au bord de la faillite, frappent à la porte des gouvernements pour sauver leurs établissements, pour sauver le système. Tout à coup, l’État, et sa capacité à lever des impôts, s’est avéré l’ultime rempart contre l’effondrement. Ce jour-là, ce sont les contribuables qui ont tiré d’affaire les banques. Puis, une fois les fonds encaissés, ces mêmes banques ont continué d’utiliser les centres offshore pour contribuer le moins possible au système auquel elles doivent leur survie. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

À ce moment-là, le rapport de force a changé en faveur de ceux qui paient les taxes immobilières, la TVA à 20 %, les impôts sur le revenu à parfois plus de 50 %. Tout a changé en faveur de ces populations qui estiment aujourd’hui que la fuite des recettes fiscales est non seulement injuste, mais que ces pratiques présentent une menace à la structure des démocraties dans lesquelles elles vivent. Si bien que, dans le rôle du martyre, M. Saint-Amans dispose d’une longueur d’avance sur nous.

Dès lors, la suite des événements n’a été qu’une question de temps nécessaire à l’exécution d’un plan. Le partage automatique de renseignements bancaires sur les contribuables à l’étranger, initié par les Américains, deviendra norme internationale en 2018. Le secret bancaire suisse, autrefois considéré comme l’ADN du pays, a été levé. Bientôt, la règle du reporting par pays ventilera toutes les pratiques d’évitement fiscal mettant dans l’embarras les entreprises.

À ceux qui disent que ce changement sonne la fin du centre offshore, on serait tentés de répondre que, si tel est le cas, notre centre offshore n’a jamais rien créé comme valeur. Tel n’est pas le cas. En revanche, le centre financier mauricien devra désormais se prouver en permanence. Ce n’est pas un effondrement, mais le dégonflement d’une bulle.

Jusqu’où ira ce dégonflement ? Dans le brouillard, un seul indicateur : ces compagnies étrangères prêtes à aligner des milliards pour racheter des compagnies locales. Elles savaient déjà ce qui se profilait. Elles pensent que le système ne mourra pas de sitôt, que le secteur financier international se réinventera une nouvelle raison d’être.

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