Déjà-vu

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Nous sommes à 30 mois des prochaines législatives. Ce calendrier est important pour contextualiser le 3e Budget de Lepep. Pravind Jugnauth a tenté, hier, un double saut périlleux : relancer la machinerie économique – qui stagne sous les 4 % –, et lâcher du lest social, car ce jour où il faudra aller de nouveau quémander des votes approche. C’est un peu comme s’il voulait tourner à la fois à droite et à gauche…

Sans l’aide de l’Inde, en fait, Lepep n’aurait pas pu présenter un tel Budget, voire descendre sur le terrain, où la colère gronde face aux fausses manoeuvres grandissantes de nos décideurs. C’est dire l’importance irremplaçable (?) de l’Inde dans notre stratégie de développement socio-économique, alors que nous allons, rappelons-le, sur nos 50 ans d’Indépendance. La question, alors, se pose : sommes-nous réellement indépendants car la souveraineté revêt plusieurs formes ?

En écoutant le Premier ministre hier, l’on a cette singulière impression de «déjà-vu». Il donne l’air d’avoir réchauffé des mesures-phares, déjà annoncées lors du Budget 2016-2017 : Metro Express, Road Decongestion Programme, port, Business Park de Riche-Terre, lutte contre la drogue….

La seule nouveauté, saluée par beaucoup du reste, est cette approche ciblée, dans une tentative avouée de «créer un nouveau paradigme social». La Solidarity Levy pour les riches (imposable à ceux ayant des revenus annuels taxables de plus de Rs 3,5 millions) d’une part, et l’introduction de la Negative Income Tax (ceux avec moins de Rs 10 000 par mois auront jusqu’à Rs 1 000 comme «support»). Un peu comme un retour à la politique de ciblage de Sithanen que le même Jugnauth avait défaite il y a quelques années, au nom d’une approche universelle des plus populistes. En revanche, à noter que rien n’a été dit sur le salaire minimum.

Le reste du Budget 2017-2018 s’avère une tentative de tromper le déficit budgétaire et la dette publique tout en semant des mesurettes pré-électoralistes, surtout en régions rurales, comme pour faire un contrepoids au projet Metro Express ou encore pour des artistes. Pour «améliorer la qualité de la vie», Jugnauth a volé au secours de Collendavelloo en annonçant, cette fois-ci, que d’ici 2019 la promesse de campagne de 2014 (de l’eau 24/7) sera, enfin, réalisée.

En revanche, nous n’avons pas été convaincus par les moyens envisagés par Lepep pour favoriser la création d’emplois («smart and decent jobs») – autres que ceux qui iront de facto aux travailleurs étrangers. C’est aussi triste que Lepep continue à se gargariser des chiffres trompeurs sur le chômage, qui montrerait une embellie, alors que c’est le nombre de travailleurs sur le marché du travail qui a diminué en raison du phénomène de «job destruction»…

Quoi qu’on nous dise, le remboursement de la dette, surtout pour un projet de métro qui ne sera pas viable, faute d’une masse critique de voyageurs, est un poste de dépenses incompressible. Mais pas la moindre explication hier sur l’affaire Betamax, ou sur le coûteux démantèlement de la BAI. Pourtant, nous allons payer tout ça très cher, peut-être même avant 2019...

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