Metro «made in India», Bicyclette «made in Moris»

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If we take our own country, in India, the distinction between the State and the government is not clearly understood. The government often has to take decisions. It doesn’t own the money, but it has control over the money. But that has often been used to bring about something that the government wants. As if it’s the government’s own money, rather than the government acting on behalf of the State…” Amartya Sen.

Cette citation d’un prix Nobel en Économie d’origine indienne pourrait s’appliquer aussi bien à Narendra Modi qu’à Pravind Jugnauth. Comme chacun court derrière des intérêts différents, chacun se doit de tailler son costume à sa manière, selon la mode du jour et la tendance du pays.

Prenons cette énième ligne de crédit de l’Inde à Maurice comme exemple. Elle est, surtout, présentée dans la Grande péninsule comme une «win-win situation» : «India on Saturday announced a $500 million line of credit to Mauritius as the two countries decided to firm up cooperation in the field of maritime security in the Indian Ocean region. The two sides signed a maritime security agreement after extensive talks between Prime Minister Narendra Modi and his Mauritian counterpart Pravind Jugnauth.» On ne parle pas vraiment de Metro Express, encore moins du plan Super Cash Back Gold, ou encore d’Agaléga, comme c’est le cas chez nous…

De retour au pays, Pravind Jugnauth devrait tout de suite embrayer sur le troisième Budget de Lepep. Il devrait, avant tout, tenter de rester crédible en dépit de la situation économique préoccupante et des promesses qui n’ont pas été respectées – comme nous le rappelle plus loin l’économiste Rama Sithanen, qui, une fois de plus, vient nous aider pour décrypter les challenges socio-économiques et budgétaires de Maurice. Il nous livre aujourd’hui son premier diagnostic.

Lespwar finn tom dan dilo. Depuis l’arrivée au pouvoir de Lepep, le public attendait ce «deuxième miracle économique» tant vendu en campagne électorale. Aujourd’hui, à mimandat, après un premier Budget d’un Vishnu Lutchmeenaraidoo déconnecté de la réalité et la tête embrouillée par le prix de l’or en mars 2015, et après la Vision 2030, en août 2015, de sir Anerood Jugnauth qui est restée une illusion virtuelle comme le fantôme d’Heritage City, le gouvernement Lepep se retrouve ces jours-ci sur de véritables charbons ardents : la dette publique a déjà explosé le plafond du FMI (il faudrait en plus ajouter le dernier prêt de l’Inde), grèves de la faim tous azimuts, un projet de métro super contesté, menace de partielle, réclamations en justice (BAI, Betamax, CT Power, Dufry)…

Alors qu’on nous avait promis une progression du Produit intérieur brut qui se situerait dans une fourchette de 5,3 % en juin 2016 à 5,7 % en juin 2017, on ne fait que patauger dans la semoule sous les 4 %. Et nous attendons toujours, après ces deux Budgets de Lepep, de voir s’élever cette «nouvelle vague d’entrepreneurs» (censée remplacer les Gooljaury, Soornack, Rawat). Les inégalités de revenus entre ceux qui sont proches du pouvoir et ceux qui n’ont rien sont inquiétantes alors que le plan Marshall demeure introuvable à la bibliothèque de l’Assemblée nationale – puisqu’apparemment c’est toujours une Draft Copy. La situation de l’emploi n’est guère mieux même si certains brandissent des chiffres du chômage qui montreraient une embellie – en raison de la méthode de calcul qui a changé, et non pas forcément grâce au nombre d’emplois créés. Le CSR est  devenu un grand cafouillage pour tous. Les exportations et réexportations sont en déclin. Idem pour l’investissement. En guise de projets annoncés, où sont ces bicyclettes et motos made in Moris ? Et la raffinerie de l’or ? Et le village pharmaceutique… La liste de ces items tant applaudis au Parlement est longue. À lire en page 6.

***

Nous le disions récemment : si les économistes se doivent d’être plus présents dans le débat public, cela est dû au fait que l’économie se retrouve, sans doute, davantage dans la vie des gens qu’il y a vingt ou quarante ans. Probablement encore plus depuis la crise financière mondiale. On devrait donc inviter nos meilleurs économistes à participer, avec un souci de vulgarisation, au débat public. Comme le plaide Amartya Sen, ce serait bien que les politiques au pouvoir oublient leur agenda de politiciens et s’inspirent des travaux de spécialistes en cours à travers le monde pour changer les lois et parvenir, enfin, à relancer la croissance et à faire de sorte que celle-ci soit inclusive.

Car faire partager les fruits de la croissance à un plus grand nombre, relancer l’investissement (qu’il soit privé ou public) et vaincre le chômage tout en contenant le déficit budgétaire et la dette publique sont les principaux challenges de Pravind Jugnauth.

Les challenges macroéconomiques sont de taille… Un peu comme le plus gros projet de développement qui tarde à être sur les rails en raison des interventions politiciennes.

Le Metro Express était la mesure phare du grand oral 2016 de Pravind Jugnauth. À ce jour, il soulève toujours beaucoup de questions – qui restent sans réponse ; par rapport à son financement, sa réalisation, sa gestion (BOT, puis PPP ?) et son impact, au final, sur notre porte-monnaie.

Même s’il n’est pas revenu sur le passé, Modi n’a sans doute pas oublié cette lettre en date du 20 octobre 2014, émanant du Sun Trust Building. Dans cette missive, le même Pravind Jugnauth, alors dans l’opposition, disait ceci à «Shri Modi Ji»: «I am priviledged to share with you the legitimate concerns of the State and People of Mauritius as regards the signing of a multi-billion rupees contract by the present outgoing Mauritian Government with India’s AFCONS company for a light rail transportation project.» Trois ans plus tard, la roue de la démagogie a tourné. Et continuera à tourner, en attendant qu’AFCONS et Larsen & Toubro nous présentent leur facture...

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