L’euro en sursis

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Loin des yeux, près des poches. L’avenir de l’euro, principale devise de facturation  de nos exportations et de nos services, définit en grande partie l’avenir de notre propre politique monétaire.
 
Or, lors de la campagne électorale présidentielle française qui s’est terminée dimanche, l’éventuelle sortie de la France de cette monnaie a été proposée. Un élément de programme qui s’est avéré, à en lire les commentateurs français, une des faiblesses majeures de la candidature de Marine Le Pen. Sur papier, la proposition avait ses mérites. Retrouver le contrôle de leur monnaie nationale aurait replacé entre les mains des Français les manettes de la compétitivité. La France aurait ainsi pu, par le levier des dévaluations compétitives, relancer son économie, ou se permettre d’accumuler des réserves en temps de croissance. 

Pour y arriver, encore aurait-il fallu que la France amorce une sortie du système monétaire  européen. Ce qui aurait, selon les économistes, entraîné d’emblée une dévaluation des actifs des entreprises, une érosion de l’épargne des particuliers et du pouvoir d’achat. Sans compter l’affaiblissement du système monétaire pour tous les autres parties prenantes à cette monnaie commune. Trop risqué. Trop aléatoire. Aussi, la sortie de l’euro n’aura pas convaincu et aura été l’obstacle majeur aux velléités de ralliement de la droite traditionnelle autour du Front national.

Marine Le Pen écartée, on aurait tort de croire le dossier enterré pour autant. Le fait même que ce projet ait été aussi largement débattu a immanquablement vulnérabilisé le capital de confiance sur lequel repose le système. Un affaiblissement d’autant plus malvenu que le système monétaire européen demeure un édifice instable, construit sur des piliers incomplets. Il reste une union uniquement monétaire, dénuée du potentiel de cohérence qui aurait pu émaner d’une union budgétaire et politique. 

Dès lors, les sources d’instabilité sont nombreuses. À commencer par la nécessité d’harmoniser les politiques budgétaires et de maintenir les déficits en dessous de certains seuils. Objectif demeuré irréalisable dans bien des cas, les écarts étant légion. Si, à la suite de la crise financière, le retour à davantage de discipline et la création d’un fonds de stabilisation, a consolidé les assises financières de la monnaie, il a induit des frustrations au niveau des citoyens qui se sont sentis soumis à une logique technocratique dont ils se sentent déconnectés. Le capital de confiance populaire en a pris un coup. 

Comment réconcilier les citoyens de la zone euro à leur monnaie ? En reprenant une partie du pouvoir des technocrates pour replacer entre les mains des parlements une part de gouvernance de la monnaie ? Une proposition de François Hollande demeurée au stade du discours. Si bien que l’euro demeure, pour bien des citoyens, l’emblème d’une idéologie froide, sans visage, sans âme. Un outil au service d’un rêve de puissance qui excite les dirigeants de Bruxelles, soucieux de revitaliser avec les États-Unis ou encore la Chine. Mais un outil si déconnecté de la réalité des peuples qu’il en est devenu le bouc émissaire des tous les ratés économiques. 

Si l’euro se maintient, envers et contre tout, c’est que les membres qui le font vivre, semblent avoir plus à  y perdre qu’à y gagner en le quittant. Des signes qui peuvent être rassurants ou inquiétants, selon la perspective dans laquelle on se place. Rassurants dans le court terme, puisque les dirigeants de la zone euro semblent capables de résister aux assauts de défiance imminents. Mais guère prometteurs dans le long terme puisque l’adhésion s’estompe à chaque  campagne électorale. 

Restaurer la confiance dans la monnaie européenne. Tel est le défi d’Emmanuel Macron, qui devra prouver, au contraire de François Hollande, qu’il est capable de dépasser le discours, d’aller chercher l’adhésion de toutes les parties prenantes à des reformes réelles susceptibles d’ancrer la monnaie dans un territoire de confiance plus durable. 

À moins que l’Italie ou la Grèce n’imposent leur agenda. 

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