Est-ce ainsi que les démocraties vivent ?

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Le débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, mercredi soir, comme par coïncidence, s’est passé au moment même ou une jeune équipe de Monaco, plutôt inconnue au plan européen, affrontait «la vieille dame» de la Juventus de Turin. Là s’arrêtent toutes les similitudes entre les deux événements. Le match politique dura une heure de plus que le match footballistique, il ne comportait même pas de mi-temps et la jeune équipe de Monaco fut battue 2 à 0, alors que la vieille dame sur le plateau de télévision se faisait ramasser 64 à 36, selon un sondage de téléspectateurs, mené juste après la joute.

Madame Le Pen n’a peut-être pas réussi son grand oral pour les chroniqueurs de la classe «pensante» mais, tenant compte de ce que Trump a réussi face à son électorat de «déplorables», malgré ses nombreux mensonges et dérapages, pourtant dûment épinglés par les commentateurs «avisés» et ce que les brexiteurs ont accompli avec leur soupe à la grimace face à toute volonté d’ouverture sur le monde et sur les autres, Marine a systématiquement essayé la même tactique. En faisant, notamment, plusieurs fois allusion aux «élites» qui soutenaient M. Macron, du MEDEF à la CGT, des journalistes aux philosophes, de Zinedine Zidane à Pierre Bergé, le propriétaire du «Monde» ; Madame Le Pen, loin de bouder ouvertement face à cette vague de soutien dont elle ne bénéficie pas va, au contraire, tenter de retourner la situation en sa faveur en soulignant combien M. Macron était ainsi l’homme de l’«establishment» ! Alors qu’elle-même, pourtant châtelaine confirmée, s’affichait comme la représentante… Du «peuple» ! Cela vous rappelle sans doute quelque chose ? Eh oui ! Le multimilliardaire Trump est celui qui allait défendre les intérêts (et qui obtenait les faveurs) des ouvriers et des laissés-pour-compte ! Je ne doute plus, quant à moi, que ce message simpliste est passible de rassembler la majorité de ceux qui sont, à tout moment, «en colère» face à leur situation actuelle, quelles que puissent en être les raisons. Dans un pays comme la France, où l’on a plutôt tendance à grogner de toute façon, ça dessine un vivier potentiel de voix dites «de protestation» plutôt conséquent ! Or, systématiquement, les boucs émissaires préférés offerts à la population en colère par les démagogues récents sont les experts, les élites, les pouvoirs établis… qui sont largement pro- Macron ! Cela pourrait être inquiétant pour lui !

Restent alors deux épouvantails majeurs. Le premier c’est le passé du Front national. Marine Le Pen a bien essayé de se distancer de ce passé, y compris de son père Jean-Marie, mais ses antécédents, eux, ne se sont jamais estompés : xénophobie et nationalisme primaire, pétainisme et négationnisme de la Shoah, cela n’enchante pas tous les héritiers de 1789. Le plus surprenant peut-être dans les discours FN, c’est la nostalgie de l’Algérie «française» qui aurait alors, ironie suprême, donné 40 millions de citoyens musulmans de plus à la France ! Eh oui ! Quant au second épouvantail, il dépend de ce que les électeurs reconnaissent la démagogue qui, en visite à Whirlpool, par exemple, affirme qu’une fois élue, elle va s’assurer que l’État rachète ce fabricant de sèche-linge pour sauver les emplois. Or, il y a 60 000 fermetures d’entreprises annuellement en France ! Seront-elles toutes rachetées aussi ? Macron, devant les employés de la même compagnie, courageusement, parle «vrai» et ne promet que de superviser la meilleure offre possible pour ces employés… Quelle est l’attitude qui fait mouche ? Celle qui promet, sans douleur sauf pour le budget du contribuable, un règlement des problèmes personnels de circonstance – même si improbable – ou celle qui ne garantit pas le chèque de paie en fin de mois – même si rationnellement plus «vrai» et crédible ?

Le résultat de ce dimanche pourrait être plus serré qu’on ne le croit ! Il dépendra de ce que les électeurs français, contrairement aux Britanniques et Américains l’an dernier, fassent plus d’honneur à l’un des leurs, René Descartes, raisonnent et minimisent leurs votes abstentionnistes ou «blancs», fondés sur le «Ni, ni».

Pour paraphraser Louis Aragon : «Est-ce ainsi que les démocraties vivent ?»

***

Cela fait désormais 100 jours depuis que Pravind Jugnauth, à la faveur d’une décision de son père, plutôt que d’un mandat explicite des électeurs, est devenu, Premier ministre de l’île Maurice.

«Ce qui est bon pour l’image du PM ne tiendra jamais le coup face à ce qui écorne cette même image. »

Il n’y a aucun doute que Pravind Jugnauth a essayé d’imprimer son style et d’asseoir sa légitimité en tentant de faire les choses différemment : contrôle plus visible des voyages outre-mer et des per diem (ça continue ?), don de son sang, participation personnelle a la campagne de nettoyage «Moris nu zoli pei», volonté déclarée de privilégier le développement du pays. Ajoutons à cela les 350 bornes Wi-Fi de Mauritius Telecom, le lancement du portail «Citizen Support», le lancement du Metro Express (un peu prématuré, vu que les offres des contracteurs ne sont même pas encore reçues !), la couverture des travaux parlementaires, les grosses saisies de drogue, le lancement de «GNews», une publication officielle du gouvernement qui tente d’afficher positivement l’action gouvernementale.

Tiens, justement ! C’est dans «GNews» que l’on confirme que le nouveau PM a «imprimé un nouveau style, qui le diffère de ses prédécesseurs, de par sa discipline et une culture du travail qui, dans les faits, a permis de relancer les grands chantiers de l’État». C’est sir Anerood qui va être content ! D’autant plus que l’on apprend, dans le même «GNews» que, triomphe inattendu, «la dette publique…est maintenue à 3,1 % du PIB» (page 3), alors que cet indicateur était, aux dernières nouvelles officielles, au-delà de 63,0 %… «GNews» nous apprendra aussi la lapalissade que le succès du projet de Citizen Support Unit dépendra «de tous les fonctionnaires à qui reviendra la responsabilité de répondre aux attentes des uns et des autres (et) reposera (aussi) sur les épaules de chaque citoyen qui devra adresser ses doléances… Par la plateforme en ligne de la CSU…» (page 5). Je m’y suis mis aussitôt ! Sans compter que les exportateurs «apparel and clothing» bénéficient désormais d’un «prélèvement de 40 % sur le coût du fret par avion vers l’Europe « (page 13). On peut présumer qu’il s’agit plutôt d’une subvention ? Quant à l’affirmation que «Maurice fait partie des six pays africains qui concentrent plus de 90 % de leurs exportations en matière d’habillement vers les États-Unis», si c’est vrai, pourquoi alors s’inquiéter du sterling et subventionner le fret… sur l’Europe ?

Un énoncé : ce qui est bon pour l’image du PM ne tiendra jamais le coup face à ce qui écorne cette même image. Le monde est injuste, mais il est ainsi fait : une seule fausse note suffit pour mettre à mal toutes les harmonies qui peuvent, par ailleurs, joliment l’encadrer. Or, depuis sa nomination, il y a aussi eu l’épisode Sobrinho, le traitement béni d’Omega Ark, Madame la présidente à la MBC, le salaire Sumputh, le revers Soornack, la multiplicité d’emplois de Sanspeur, les biscuits Hanoomanjee, les contrats de Madame le notaire Sawmynaden, la trouvaille de Choomka…

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