Démocratie versus République : l’Histoire regarde vers la France

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Les Français qui vont voter, demain, au second tour de la présidentielle, ont rendez-vous avec l’Histoire. Une histoire mondiale qui dépasse leur territoire. Et qui, par ricochet, nous touche tous. À bien des égards, le scrutin de demain nous rappelle la surprenante élection de Donald Trump, en novembre 2016, aux States, où le cauchemar d’une majorité d’Américains est devenu réel.

Le choix de demain n’est pas uniquement entre Emmanuel Macron, qui prône l’ouverture au monde (tel qu’il est) et Marine Le Pen, qui joue sur les peurs et le repli sur soi (pour soi-disant retrouver un monde… qui n’existe plus).

Au-delà d’une simple alternance politique, le choix de demain déterminera l’avenir de l’Europe, surtout après le référendum en faveur du Brexit de juin 2016 et, de ce fait, impactera, qu’on le veuille ou non, le mood du monde entier.

Disons-le sans ambages : si, par malheur, Le Pen parvient à se faire élire, prenant à contre-pied tous les sondages (elle était, à hier soir, créditée de 39 % contre 61 % pour Macron), à la manière de Donald Trump aux États- Unis, le Premier ministre Bernard Cazeneuve a raison de nous rappeler, dans une remarquable lettre ouverte, que «les nationalismes, dont François Mitterrand avait raison de dire qu’ils préparent à la guerre, en sortiraient renforcés (…) Sur un tel chemin, la France se trouverait isolée, sa parole serait abaissée et sa crédibilité durablement entamée…»

Ce serait, en d’autres mots, un recul historique sur le plan républicain – même si cela relevait d’un acte démocratique !

On pourrait croire que les liens historiques entre la France et la République étaient inaliénables, invendables, depuis la prise de la Bastille, au XVIIIe siècle. Mais ceux ayant suivi le débat survolté entre le courageux Macron et la provocatrice Le Pen, mercredi soir, peuvent aisément déduire que tel n’est pas le cas. Ils étaient tous les deux face à face, en costume bleu nuit, mais les ressemblances s’arrêtaient là. Rarement aurat- on vu un débat aussi brutal, fondamentalement opposé sur pratiquement tout. Macron et Le Pen étaient et sont aux antipodes. Ils n’ont pas la même idée de ce que doivent être une démocratie et une République.

Si Macron mise sur les aspirations d’un collectif progressiste, Le Pen cultive la peur des individus réactionnaires. Il existe, d’autre part, de troublantes similitudes et d’étonnants parallèles entre Le Pen et Trump, que ce soit dans leur tactique démagogique de balancer n’importe quoi en public, de brandir leurs «faits alternatifs» (qui signifiaient «mensonges» avant l’ère post-Truth inaugurée par Farage et Trump au sein de l’espace public). On n’est pas loin de la «poudre de perlimpinpin», comme dirait le candidat d’En Marche !

Le temps passe et fait tourner la roue de la vie et des discours. Le Pen, en 2017, ne peut plus tenir le même langage, carrément raciste, de son Jean-Marie de père. Il lui a donc fallu mettre de l’eau civique dans son vin ultra-nationaliste. Au lieu d’affirmer la supériorité d’une race sur une autre, elle s’en prend, comme Trump, au monde tel qu’il tourne, à la mondialisation et aux multinationales, et vend aujourd’hui le rêve impossible d’un retour à la prospérité après une posture de repli sur soi.

Un peu comme Hitler l’avait fait dans le contexte d’une Allemagne humiliée après la Première Guerre mondiale (entre autres par le fameux Traité de Versailles), Trump et Le Pen font souvent appel à un passé glorieux. Aussi, on entend les mêmes accusations à l’encontre des journalistes mainstream (traités de «menteurs»), des dirigeants corrompus et incompétents et des mauvais étrangers qui profitent de la soupe nationale. Trump ambitionne de «Make America Great Again».

Le Pen rêve que la France se reprenne en main pour ses Français d’abord. Chacun se pose en sauveur de sa patrie, de son pré-carré.

* * *

Mais la démocratie, dans ses formes multiples, complique la donne dans la réalité. Avec l’émergence des partis dits démocratiques et d’autres qui se proclament «partis révolutionnaires». Entre ceux qui croient aux élections libres et ceux qui ne jurent qu’au travers des luttes sociales et/ou nationalistes.

Au XXe siècle, la faillite du régime communiste, accentuée par la chute du mur de Berlin, a rangé tout le beau monde dans un seul panier, celui des démocrates. Qui se rangeaient du bon côté de l’Histoire.

Précisément, c’est quoi une démocratie? Sans remonter aux origines antiques, ou s’attarder entre l’époque médiévale et le siècle des Lumières, la démocratie a parcouru bien du chemin pour déboucher sur ses formes actuelles, en France ou à Maurice. Et, normalement, la démocratie offre un cadre qui s’oppose à la monarchie absolue, l’aristocratie, l’oligarchie, la théocratie, l’empire ou la dictature.

Il y a cette définition en commun : la démocratie, c’est le multipartisme (à l’opposé de la pensée unique). La démocratie, c’est des élections libres. C’est la liberté d’expression. C’est du boulot car c’est un processus. Mais la République, c’est autre chose.

En 1958, le Général de Gaulle faisait la distinction de manière claire avec ces mots, souvent repris depuis : «Nous voulons la démocratie ET la République.» Bien des années plus tard, Nicolas Sarkozy calait sa démarche présidentielle dans la même lignée : le clivage principal, c’est l’opposition non pas des démocrates et des anti-démocrates, mais de ceux qui veulent la démocratie sans la Republique. «La République, c’est une morale, une morale de l’homme et du citoyen. La démocratie peut être compatible avec le communautarisme, la République, non ! (…) Dans la République, il n’y a qu’une seule communauté qui vaille, c’est la communauté nationale !»

En d’autres mots, la République demeure avant tout laïque, car elle ne reconnaît aucune communauté et ne fait aucune distinction entre les votants ou citoyens en général. Tous sont égaux en droits, en devoirs et en responsabilités.

* * *

On se croirait dans la cour du Roi Soleil. Ceux qui gravitent autour de Pravind Jugnauth, outre de se servir dans les caisses de l’État, prennent des sous pour faire les introductions. Pour rencontrer SAJ (avant la passation du témoin), il y avait un tarif (en dollars américains, svp). Depuis son accession sur le trône, le tarif pour se faire photographier à côté de Pravind a connu une inflation.

Le secteur privé mauricien devrait, sans tarder, dans le cadre des consultations prébudgétaires, faire un lobby pour que Maurice dispose d’un cadre de traçabilité des décisions publiques et d’encadrement du lobbying. Ce n’est qu’alors qu’on pourrait mettre fin au financement politique occulte.

* * *

Je commence, enfin, à avoir de la sympathie pour Vijaya Sumputh. Au moins, elle, contrairement à Youshreen Choomka, a compris qu’il lui fallait démissionner. Pourtant, les deux sont avocates. Et femmes, comme Sheila, Wenda et Ameenah et… Marine Le Pen !

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