Prendre le taureau par les cornes

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Depuis la nuit des temps, le taureau a été le symbole de la force, mais également du danger. L’expression «Prendre le taureau par les cornes» (apparue au XVIIe siècle) s’explique par le fait que l’on fait face aux difficultés plutôt que de les fuir ou de les éviter.

Le CROS (Comité régional olympique sportif) de la Réunion a, cette semaine, décidé de prendre les choses en main. Il a annoncé mercredi que la Réunion ne souhaitait plus prendre part aux prochaines éditions des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) – la prochaine étant prévue dans deux ans à l’île Maurice. Les désaccords sont survenus par rapport au manque de considération et de respect du Conseil international des Jeux (CIJ) envers le comité réunionnais. Ce dernier a mis en avant plusieurs points de discorde que les membres du CIJ auront à étudier au plus vite. Le CROS Réunion soutient ne pas être sur un pied d’égalité avec les autres îles participantes et qu’il est grand temps que cela change. Il est grand temps aussi, selon le CROS Réunion, d’apporter des amendements à la Charte des Jeux.

A y voir de plus près, les grands maux de cette manifestation indianocéanique, qui fêtera bientôt ses 40 ans d’existence, s’articule autour de la Charte des Jeux. Une Charte, à mon avis, dépassée, qui aurait dû être amendée depuis belle lurette car, à chaque édition des Jeux, voilà que surgissent des problèmes politiques ou diplomatiques.

Souvenez-vous, en août 2015 à l’île Sœur, les Comores avaient quitté les Jeux au lendemain de la cérémonie d’ouverture en expliquant que le CIJ n’a pas tenu son engagement envers eux en ce qui concerne le cas de Mayotte. La charte des Jeux n’a pas été respectée selon les Comoriens. Il est, en effet, spécifié dans la charte des Jeux que : «En toute occasion et cérémonie nécessitant l’utilisation d’un drapeau, Mayotte utilisera celui des Jeux et n’arborera aucun symbole de l’Etat Français (hymne et drapeau).» Il avait été décidé en 2003 que les athlètes mahorais s’aligneraient sous la bannière France Océan Indien. Tel ne fut pas le cas lors du défilé et des premières remises de médailles lors de cette édition des Jeux en 2015. Cette polémique avait forcé le CIJ à prendre la décision de bannir les drapeaux et hymnes nationaux et de mettre en avant ceux des Jeux. Une première en neuf éditions des JIOI. Les Comores avaient, quand même, campé sur leur décision de ne pas participer aux Jeux…

Pour le CROS Réunion, la situation est quelque peu différente. Le fait est que le CIJ impose des conditions uniques à l’égard des Mahorais et des Réunionnais en ce qui concerne les athlètes évoluant dans un club étranger et qui, le temps des Jeux, souhaiteraient revenir sous leur drapeau national. Une des conditions est qu’ils doivent avoir été licenciés aux moins cinq ans dans des clubs sportifs de la Réunion ou de Mayotte ou, à défaut, trois ans incluant l’année des Jeux.

Cette mesure exclut pratiquement des Jeux les athlètes réunionnais qui poursuivent leur carrière sportive en métropole. Le CROS Réunion demande ainsi que cette condition soit revue ou soit également applicable aux autres îles participantes.

Il faut effectivement avoir beaucoup de détermination pour s’attaquer de front à un tel obstacle qui ne date pas d’hier. Il faut remonter en 1993, lors des Jeux organisés par les Seychelles, où Maurice avait manifesté sa désapprobation par rapport à la participation des Réunionnais Daniel Sangouma et Jean-Louis Prianon, entre autres, des athlètes qui avaient au préalable représenté la France à des compétitions internationales et qui s’entraînaient en France. Le gouvernement mauricien avait décidé de ne pas assister à la cérémonie de clôture et avait même annoncé son retrait des Jeux futurs…

Mais au final, c’est dans le dialogue et le respect que la situation s’est décantée. Entre 1993 à ce jour, il y a eu cinq autres éditions des JIOI. Mais, la Charte des Jeux, elle, n’a pas vraiment évolué. Il est vrai aussi que depuis 2015 le fonctionnement du CIJ est décrié. Il est, cependant, important pour les membres de cette instance de revoir tout le mécanisme de gestion. Il est aussi important pour le CIJ d’amener des solutions justes pour que prime la solidarité entre les différentes îles de l’océan Indien. Il ne reste plus que deux ans et des poussières avant que cette dixième édition des JIOI ne soit organisée et valeur du jour, avec la position de la Réunion (soutenue par Mayotte) et celle des Comores (décision prise lors des derniers Jeux), on n’est pas encore sorti de l’auberge. Le CIJ a intérêt à vite réagir et, surtout, de ne pas prendre à la légère cet épineux problème.

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