L’entre-deux tours

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Bien plus qu’un vote d’adhésion, c’est un vote sanction des partis politiques traditionnels de France, Parti socialiste et Les Républicains confondus, qui a permis à un néophyte centriste de prendre une option dans la course à l’Élysée.

Avec 24 % des voix, le candidat d’En Marche !, Emmanuel Macron, talonné de près par la frontiste Marine Le Pen , 21,3 %, vient confirmer la vague populiste qui surfe aujourd’hui sur la planète. Après le Brexit en Angleterre, Donald Trump aux États-Unis et aujourd’hui Macron ou Le Pen en France, le phénomène gagne du terrain.

Il faut y voir un rejet des grands courants politiques historiquement enracinés dans ces pays, loin du clivage droite-gauche traditionnel. Du coup, les électeurs ne veulent plus être pris pour des moutons de Panurge et réagissent au contraire à des thématiques de campagne plus proches de leurs réalités quotidiennes : immigration, écologie, terrorisme, chômage, faiblesse de l’euro et souveraineté nationale, entre autres.

Il n’a échappé à personne que trois des quatre candidats (Macron, Le Pen et Mélenchon) qui ont émergé du premier tour de la présidentielle de dimanche sont des anti-establishment qui, dans certains cas, dérangent la classe politique de par leurs idées mais beaucoup plus par leur langage populaire, qui séduit les Français aujourd’hui.

À l’instar de Trump, le libéral Macron pourrait être le second président issu du monde des affaires. Inconnu il y a deux ans, membre du sérail hollandiste, Macron, qui se réclame ni de gauche ni de droite, qui n’est pas structuré idéologiquement, a dix jours pour se mesurer à Le Pen et convaincre les 47 millions de Français qu’il sera un digne locataire de l’Élysée. Toutefois, c’est sur le terrain économique qu’il aura à livrer bataille car tout l’oppose ou presque à sa rivale Le Pen. À commencer par une vision totalement différente sur la monnaie unique européenne.

Marine Le Pen souhaite sortir de la zone euro, après un référendum en proposant le retour à la monnaie nationale. Macron, en revanche, propose d’instaurer un Parlement de la zone euro. «… Nous voulons un budget de la zone euro voté par le Parlement de la zone euro et exécuté par le ministre de l’Économie et des Finances de la zone euro», explique l’ex-locataire de Bercy dans son programme économique.

Proposition aux diverses implications économiques et politiques, la sortie de l’euro coûterait – à long terme – 9 points du PIB et 500 000 emplois à l›économie française, selon une étude de l›Institut Montaigne, un think tank libéral. La directrice du FMI, Christine Lagarde, va plus loin pour affirmer qu’une victoire de la présidente FN risquerait de provoquer un «désordre majeur» et une «dislocation de l’Union européenne». Josept Stiglitz, célèbre économiste américain, Prix Nobel d’économie et partisan du «nouveau keynésianisme», rejoindrait dans une certaine mesure Le Pen pour expliquer «Pourquoi 2017 pourrait voir l’effondrement de l’euro» dans un article-réquisitoire contre le bilan de quinze ans d’euro publié en janvier dernier dans le magazine américain Fortune. Mais il y a d’autres divergences de fond dans la vision économique de deux candidats. Résumons les.
 
Macron espère réaliser 75 milliards d’euros d’économies sur le quinquennat, tout en lançant un plan d’investissement de 50 milliards d’euros. Du coup, il entend supprimer 120 000 postes de fonctionnaires. La fille de Jean-Marie Le Pen ne veut clairement pas réduire la dette publique mais de «renationaliser la dette française, aujourd’hui détenue aux deux tiers par des étrangers». Et souhaite au final que le Banque de France relance la création monétaire pour financer la dette. S’il est donné largement gagnant du second tour, Macron aura à relever toutefois le défi des législatives très bientôt pour pouvoir appliquer son programme économique. Et là, c’est une autre paire de manches. Au pire, il se retrouverait alors à la tête d’un gouvernement de cohabitation. Mitterrand l’a connu en 1986.

Que ce qui s›est produit le 23 avril en France et le 8 novembre dernier aux États-Unis serve de leçon à la classe politique locale. À trop croire qu'elle sait tout, qu’elle contrôle tout, même l'issue des urnes, elle risque de se réveiller un de ces quatre matins pour se rendre compte que rien n'est comme avant. Le 10 décembre 2014, le Parti travailliste et le Mouvement militant mauricien l’ont appris à leurs dépens. Gare au parti soleil en 2019…

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