Le grand match

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Qu’est-ce qui peut distraire un téléspectateur mauricien d’un match de football à la télévision le samedi soir ? Pas grand-chose, si ce n’est l’élection présidentielle française.

 Bienvenue dans l’univers de la téléréalité. Tous les personnages sont bien choisis : le hâbleur narcissique, le gentleman-cambrioleur, la diablesse en personne, celui qui n’a rien compris à ce qui se passe et le jardinier qui veut prendre la place du châtelain. Ajoutons-y un peu de farine et d’œuf et la France aura écrit un scénario idéal pour des médias qui font leur beurre de la caricature aux dépens des programmes.Dommage...

Derrière ce grotesque tableau se cachent néanmoins des choix fondamentaux, notamment en termes économiques.

Situons d’abord le contexte : année après année, on a vendu aux Français tantôt l’austérité, tantôt la relance, dans l’espoir de revenus plus élevés ou de l’évitement du chômage. Depuis la crise financière de 2008, les gains sur le plan du chômage sont modestes. En parallèle, les revenus de la croissance sont allés aux apporteurs de capitaux, pas aux salariés. La part des salaires dans l’économie est passée de 65 % à 55 %. Depuis plusieurs années, que certains associent, à tort ou à raison, à l’avènement de l’euro, le pouvoir d’achat en Europe régresse. Et la monnaie européenne, qui tente de répondre aux attentes de 19 pays disparates, semble ne faire l’affaire que de l’Allemagne.

Ces années d’espoirs déçus ont vu naître en France une méfiance à l’égard du discours néolibéral dominant. Si bien qu’une partie de la population française est désormais convaincue que, dans un rapport de force économique inégalitaire, leur qualité de vie se construira moins sur des hausses de revenus chimériques et aussitôt taxées, que sur une réinvention fondamentale du système économique et social. Dès lors, qu’est- ce qui fait basculer les votes d’un candidat à l’autre ? La sécurité, la protection des frontières, la protection des marchés et le retour à une monnaie française.

Si le calendrier de réforme appartenait clairement à un camp et celui du maintien du système actuel à un autre, sur le traditionnel axe gauche-droite, le vote serait plus simple. Mais pour cette élection, l’axe système/antisystème divise les deux camps de l’intérieur aboutissant à un match à quatre. Hamon semblant hors-jeu, Macron et Fillon soutiennent le système avec des variantes droite/ centre-gauche, alors que Mélenchon et Le Pen veulent une réforme plus radicale, qui implique une remise en cause des relations avec l’Europe. Le quadrillage des idées étant déjà dessiné, le premier tour donnera une photographie de l’opinion plus précise que des sondages aléatoires et, parfois, tendancieux. Le deuxième tour, quant à lui, ramènera les trois quarts des électeurs au choix du moins pire.

Drôle de mandat que celui du moins pire dans un contexte international qui ne ménage pas les dirigeants et exige des choix courageux. Il est possible que, quel que soit le gagnant, ce président du moins pire sera contraint d’adapter son programme à l’agenda européen et international qui s’imposera à lui. Alors que, dans le même temps, les Français continueront de s’interroger sur la pertinence du système.

Dans cinq ans, l’Europe aura changé de visage. La Grande-Bretagne aura soit réussi sa sortie de l’Union européenne et réinventé un nouveau modèle économique et social qui convient aux Britanniques, auquel cas la Grande-Bretagne deviendra l’exemple à suivre. Soit elle l’aura complément ratée, se transformant en épouvantail de la radicalité et créant, par défaut, sur le continent, une solidarité autour du système, en dépit de ses failles. Les Mauriciens ont raison de délaisser le football. L’histoire économique du XXIe siècle se joue lors de ce quinquennat. Et l’élection de 2017, toute théâtrale soit-elle, ne siffle que le début du match.

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