Questions d'actualité

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Et si on parlait, pour se sortir de la mélasse de l’actualité et pour changer un peu  de cuisines et de casseroles diverses, de quelques  vrais problèmes qui s’y profilent derrière?

 Prenez, par exemple, la visite « médicale » de Claudine Razaimamonj à Maurice. Cette conseillère spéciale du président de la république malgache et importante bailleuse de fonds du parti au pouvoir,  est largement soutenue par ce dernier, le HVM et ce serait ainsi qu’elle a pu, grâce à l’intervention directe de l’exécutif malgache, faire neutraliser le fonctionnement d’autres institutions indépendantes de l’Etat et ainsi permettre son »évasion organisée «  selon les mots même du Syndicat des magistrats. Elle s’est envolée vers Maurice… en jet privé ! Claudine R. était, en effet, sous le coup de deux interdictions de quitter Madagascar, accusée qu’elle était par la cour pénale anti-corruption (CPAC) de « favoritisme dans l’attribution de marchés publics, détournements de fonds et blanchiment d’argent «  après des enquêtes du Bureau Indépendant anti-corruption (Bianco). Outre le fait de nous rappeler l’importance capitale d’institutions indépendantes et de contre-pouvoirs libres face à l’omnipotence de l’exécutif (les pays dont les contre-pouvoirs sont affaiblies sont d’ailleurs désignés, dans le droit fil de la  mollesse de ses institutions, comme des républiques… bananières), la question qui se pose à notre niveau est aussi de savoir si nous avons une politique claire et efficace face aux PEPs (Politically Exposed Persons).

 Sobrinho et Claudine R. sont définitivement des PEPs. Suivants les recommandations 12 et 22 de la Financial Action Task Force (FATF), le ‘Guideline’ de Juin 2013 sur les PEPs explique clairement (à partir du paragraphe 86) l’importance capitale d’établir les sources de la richesse ainsi que les sources de fonds d’un PEP. Le paragraphe 92 avance à cet effet que « Failure to voluntarily disclose information about (one’s entire body of assets) could also be considered a red flag” .Le paragraphe 96 suggère que l’on doit être particulièrement vigilant si le PEP vient d’un pays connu pour son degré de corruption ou reconnu par le FATF comme étant déficient au niveau de sa politique Anti-Money Laundering (AML).  L’Angola est tout de même 164 eme sur les 176 pays analysés par Transparency International. Madagascar est au 145eme rang. Le score des deux pays se détériore depuis 2012. Maurice est à la 50 eme place. On estime les pots de vin versés dans des pays en voie de développement a entre 20 et 40 milliards de dollars annuellement (https://star.worldbank.org/star/sites/star/files/NCB_French.pdf). Il y a 50 fois plus mondialement … Cet argent cherche refuge ! En ayant une politique d’accueil trop libérale (ou l’on se contente de déclarer : il n’est pas encore condamné !) ne court –on pas le risque de miner notre propre réputation à moyen terme, pour des gains essentiellement  illusoires à court terme ? Que l’on ne se cache pas, non plus, la face : La Suisse, le Royaume Uni, le Luxembourg ou la France peuvent beaucoup plus facilement (et hypocritement) accueillir les fonds sulfureux de Mr Marcos, de Mr Duvalier, de Mr Maxwell ou de Mr Sese Seko que nous même a Maurice ! Ainsi,  imaginez le tollé (y compris l’auto-flagellation !) si l’un d’eux, un de leurs associés, ou même Mr Abramovich venait s’installer dans notre pays ! 

Cependant, nous n’avons pas le choix ! Une verrue étant beaucoup plus visible sur notre visage  que sur celui d’un pays de l’OECD, nous ne saurions qu’être plus vigilants qu’eux ! C’est injuste, mais c’est ainsi !

                                                                                             ***

 Les discussions sur le salaire minimum semblent bien dériver vers des aspects purement  techniques ces jours ci.  On va se les rappeler, pour sûr, mais Il faut pourtant aussi ramener le débat là où cela compte, cad vers l’humain et les conditions inacceptables dans lesquelles on accepte néanmoins que certains d’entre eux vivent.  Si l’on se réfère au Household Budget Survey 2012 (HBS2012), 44,4% des 360,000 ménages mauriciens (un peu moins de 4 membres par famille) gagnent moins de Rs 20,000 par mois.  Ce n’est vraiment pas le Pérou ! Même si la bonne nouvelle , c’est que cette catégorie représentait , lors du dernier survey de 2006/07 , un pourcentage beaucoup plus élevé a 59.4% ( nous avons donc réduit cette catégorie d’un tiers en 6 ans ! ), il reste tout de même inacceptable , par exemple , que le nombre de ménages » relativement pauvres « ( définit comme étant situé à  50% de la médiane des revenus des ménages du pays ) se soit détérioré de 7.9% de la population en 2006/07  à 9.4% en 2012. On parle, la, de 33, 800 foyers. Pas moins ! Même s’Il est clair qu’une partie de cette détérioration est due au fait que la médiane des  revenus dans le pays a progressé, notamment à cause des inégalités salariales qui se creusent. Globalement, notons-le, le revenu moyen des ménages a progressé de 53.9%,( à Rs 23,960) en 6 ans et même après inflation, le revenu moyen a progressé matériellement de 22.3% sur cette période.

Cependant,  s’il y a eu un progrès relatif important, comment parler de progrès  dans l’absolu quand 44,4% des ménages vivent encore avec moins de Rs 20,000 par mois et que 14,4% d’entre eux se débrouillent même avec moins de Rs 10,000 par mois ? Ne parle t-on pas alors  de vies tronquées quand on ne peut aspirer librement à l’ouverture de l’internet, au choix  légitime d’un légume certifié libre de pesticides , a défaut d’être «bio» , a autre chose que la seule télévision –navet, « gratuite»  comme source de documentation et d’information , a deux repas « équilibrés » par jour, au moins pour les enfants, ce qui les affranchiraient d’être diabétiques a 40 ans ?

Il faut faire mieux et les solutions sont évidentes : Une éducation nationale revigorée (  gestion d’école décentralisée,  cursus moderne abandonnant le Cambridge du siècle dernier, la fin des leçons particulières qui creusent les inégalités, formation pédagogique progressiste et permanente, résultats scolaires modérés et validés internationalement , par exemple par PISA)  un plan Marshall qui marche vraiment , des avantages plus focalisés au niveau du welfare state , la réduction du train de vie de l’état ( voyages, salaires, per diem , bagnoles, manger-boire divers  ), la fermeture ou la privatisation des corps paraétatiques hémophiliques, qui saignent en permanence…

Seulement, voilà : la bourgeoisie d’Etat et la bourgeoisie dont nous faisons partie veut-elle seulement s’occuper sincèrement des autres, éliminer leur désarroi, assouvir leurs aspirations, mieux les affranchir d’horizons bouchés  et de paupérisation avilissante ? 

Probablement pas ! Coincés que nous sommes dans la réalité consumériste, entre le « besoin» de changer les meubles de cuisine, le prochain petit voyage en Inde ou  la visite familiale au «Food court» !  Mais réalise-t-on, au moins, qu’une telle attitude peut aussi nous peter dans la gueule, l’indigence ayant souvent de sérieuses conséquences  sur le plan Law & Order et la drogue, le ressentiment et le «besoin» accélérant les vols, les viols et la violence ? Y compris au paradis ?

                                                                        ***

«Afin de préserver l’image de marque de la présidence, mo fine retire moi de toutes les instances de la PEI »  est, par implication, une phrase bien malheureuse !  

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Le National Wage Consultative Council a avancé une fourchette de Rs 7 500 à Rs 8 500 comme montant de salaire minimal. Toutefois, l’on apprend que c’est un premier chiffre préconisé et que des discussions sont toujours en cours. Entre-temps, les sentiments sont mitigés face à cette proposition.

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