Où sont les hommes ?

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La Journée internationale de la femme pourrait s’appeler la Journée internationale des inégalités, tant cette journée se prête au rappel que le facteur de discrimination le plus prépondérant dans nos sociétés est le genre, avant tout autre critère. L’Organisation des Nations unies (ONU) le rappelle : «Bien que les hommes comme les femmes souffrent de la pauvreté, la discrimination basée sur le genre fait que les femmes ont moins de ressources pour y faire face. Elles ont plus de risques d’être les dernières à manger et moins de chances d’accéder aux soins de santé, et elles sont très souvent emprisonnées dans des tâches domestiques non rémunérées qui leur prennent beaucoup de temps. Les possibilités qu’elles ont de travailler ou de monter des entreprises sont plus limitées.»

En haut de l’échelle sociale, on s’interroge sur les opportunités offertes aux femmes en position de leadership dans le management des entreprises ou, mieux encore, aux conseils d’administration.

L’approche générale de ce problème a été d’«aider les femmes» à s’en sortir, dixit l’ONU. Les femmes, ainsi aidées, se sont effectivement forgées de nouveaux destins. Elles ont trouvé toutes les astuces possibles pour réduire la part de leur temps passé aux tâches domestiques ingrates, non-rémunérées. Elles ont pris le contrôle de leur corps et ont fait moins d’enfants.

Et les hommes ont assisté, bon gré, mal gré, à cette évolution. Sans pour autant que la charge domestique et familiale ne change de responsable, du moins dans les discours. Ne monte-t-on pas des crèches pour aider «les femmes» ? Ne construiton pas des machines à laver sophistiquées pour soulager «les femmes» ? Tout se passe comme si l’homme pouvait demeurer le spectateur passif de cette évolution féminine sans que son destin, à lui, ne change d’un iota.

Aussi, si on évoque aujourd’hui abondamment dans nos journaux des destins de ces femmes de caractère qui transforment le visage de nos entreprises, il est encore tabou de parler des vies de ces hommes de caractère qui prennent en main la lessive ou la cuisine. Quel l’homme, à Maurice, oserait demander à son employeur de travailler de la maison parce que son enfant est malade, démarche banale au Québec ? Quel l’homme se pose vraiment la question de laisser passer une promotion pour s’occuper de ses enfants ? Certains se la posent, pourtant. Mais cette question demeure intime. Inavouée car inavouable…

Quant à la femme, pragmatique, elle a intériorisé l’idée qu’à moins de tomber sur un homme d’exception, elle porterait seule le poids de la famille. Le résultat est qu’elles font moins d’enfants. À la prochaine génération, nombreuses sont celles pour qui, à l’instar des femmes qui vivent dans les grandes villes, la décision de faire un enfant ne sera plus une évidence, mais une option. Et le choix de ne pas en faire du tout au profit d’une carrière sera pleinement voulu et assumé, décomplexé.

Quoique l’égalité soit encore un lointain objectif, les fissures dans le plafond de verre féminin se creuseront davantage au fil des ans. Bon an, mal an, enfants malades ou enfants mal-élevés, la femme fera des acrobaties. Et cette compétence passera de mère en fille. Pendant ce temps, notre société qui a fait sauter tous les tabous religieux, sexuels, se heurte encore à ce mur de silence qui est celle de la place des hommes dans les familles.

Au plafond de verre féminin existerait-il en équivalence, une chape de plomb masculine, imperméable et cachée ?

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