Collendavelloo : quelle crédibilité ?

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Ici, comme ailleurs, la parole politique s’est considérablement affaiblie. C’est ce qui, pour beaucoup (y compris nous), expliquerait la montée du populisme de par le monde.

Chez nous, quel crédit peut-on vraiment accorder au politicien Ivan Collendavelloo, qui se serait empressé de «mener une enquête» sur les liens entre la présidente de la République et Alvaro Sobrinho ? «Mr Clean» (disait-on jadis) s’en ficherait-il, à ce point, de la perception de conflit d’intérêts, étant donné que c’est le ML qui a placé Ameenah Gurib-Fakim au Réduit en remplacement à Kailash Purryag ? C’est un peu comme si, n’est-ce pas, on demandait à Anil Gayan de faire une enquête sur son amie Vijaya Samputh au Cardiac Centre. Ou à Maya Hanoomanjee d’enquêter sur les fournisseurs de biscuits à la MDFP. N’est-ce pas le meilleur moyen d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui vont immanquablement crier au «cover up» ?

Et puis, l’on s’étonne que le public croit, de moins en moins, aux discours de ses représentants politiques et de leurs relais complaisants qui ont fait de «moralité pa ranpli vant» leur hymne. La troublante affaire Sobrinho et les tentatives de «damage control» auxquelles on assiste ces jours-ci s’encastrent dans cette dynamique.

Alors que Collendavelloo demande à la presse de s’excuser pour avoir écrit des articles, pas forcément flatteurs, sur Sobrinho, il s’avère évident que les liens embarrassants entre la présidence et le milliardaire lusophone provoquent, de plus en plus, une gêne nationale et entachent la bonne réputation de Maurice comme centre financier international. Mais de là à venir blâmer la presse indépendante, comme si c’était les journalistes qui avaient déroulé le tapis rouge pour Sobrinho, ou comme si c’est la presse qui va effaroucher de potentiels investisseurs, est une posture populiste – qu’il nous faut dénoncer – car Collendavelloo, toutes proportions gardées, bien évidemment, nous rappelle tantôt Donald Trump, tantôt François Fillon. Dans une version insulaire.

En mettant en cause la presse plurielle – tout en soignant ses caisses de résonances –, il ne fait qu’exposer ses propres failles, inhérentes à son parti, à ses nominations, et à son alliance Lepep – dont le divorce avec le peuple est, selon nous, consommé, à petit feu, au fil des scandales qui éclatent…

Ce n’est pas à nous, journalistes, de juger le milliardaire mais il est de notre devoir d’alerter l’opinion publique sur ce qui est reproché, dans d’autres juridictions, à l’Angolais. C’est notre travail d’expliquer les liens entre l’Angola de Dos Santos (au pouvoir depuis 37 ans) et la droite qui était au pouvoir au Portugal. Et de souligner la transition post-Dos Santos à Luanda – le successeur de Dos Santos évoque une guerre totale contre la corruption alors que les proches du régime sortant cherchent des coins tranquilles pour planter leur magot – et l’installation de la gauche plurielle à Lisbonne.

Comme journal indépendant, il est, et il sera, de notre devoir de questionner pourquoi la Banque centrale, après une «due diligence», a dit non à Alvaro Sobrinho alors que la FSC, elle, lui accorde, en 15 minutes, des licences – avant de les suspendre – à la suite des révélations, dans la presse, pas DE, mais DES affaires Sobrinho.

Que cela plaise ou non à Collendavelloo, nous continuerons notre rôle de contrepouvoir, c’est-à-dire questionner, without fear or favour, les agissements de Sobrinho, de la présidence et de la FSC – que ce soit dans l’affaire BAI à celle impliquant Alvaro Sobrinho. Avant son soi-disant communiqué explicatif – en date du 2 mars dernier – la FSC est devenue parmi les professionnels de la haute finance la risée du pays – et du monde de la haute finance. Et puis c’est davantage la FSC, ceux derrière l’enquête Frydu-Dufry (comme dénoncé dans le dernier rapport sur les droits humains des États-Unis), et les attaques de Collendavelloo contre la presse libre et indépendante qui sont une mauvaise publicité pour notre pays.

***

En France, l’opinion publique pense que François Fillon est devenu un «populiste» à la «Trump et Le Pen». Fillon en a appelé au peuple pour sauver sa peau de politicien. Cela fait de lui un homme dangereux pour la démocratie. Car pour régler son sort personnel, et familial, cet homme politique insulte l’État de droit, en mettant en cause l’indépendance de la justice et de la presse. Chez nous, nous avons à défaut d’un Gaulliste, un petit Collendavelloo... Qui s’il quittait le gouvernement, pour une histoire de nomination dans une ambassade, va disparaître (complètement) de l’échiquier. C’est ce que nous dit le peuple que nous rencontrons, tous les jours, aux quatre coins du pays. Contrairement à Collendavelloo, l’express va aux élections générales tous les jours ! Heureusement pour lui d’ailleurs.

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