Léthargie de pensée

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Pourquoi changer une formule qui marche ? Nous avons établi depuis des décennies un système de gestion de l’importation et de la distribution du carburant qui est figé dans l’immuabilité. Et, qui impose aux consommateurs comme aux entreprises de subir des hausses et des baisses de prix par à-coups. Sans grand moyen de s’en protéger.

Ce système marche parce que le consommateur qui l’alimente n’a que très peu de moyen de le contourner. Il n’a pas d’autre choix que de passer à la pompe et de payer le prix du jour. Sait-il vraiment, quand il paie son essence, où va son argent ? Sait-il seulement que cet argent sert à bien des choses autres que payer les fournisseurs de carburant ? En fait, seul un tiers du prix du carburant va aux fournisseurs, les deuxtiers restants constituent un budget politiquement discrétionnaire.

Ce système a ses bienfaits puisque, outre les taxes qu’il génère et qui vont directement au budget national, il permet effectivement de financer des plans de redistribution sociale, plus précisément le coût du riz et de la farine. Ce qui est louable. En revanche, s’est-on posé la question de savoir pourquoi en 2017, les ménages ont encore besoin d’aide pour s’acheter des denrées alimentaires de base ? Est-ce une situation durable ?

Ce système est auto-suffisant puisqu’il alimente un fonds de construction d’infrastructure, le «Build Mauritius Fund». L’idée est-elle de construire davantage de routes sur lesquelles circuleront davantage d’automobilistes ? Ce serait alors un système qui se mordrait la queue…

 On retrouve dans ce système un élément qui fait sourire. Un petit trente sous alloué au projet Maurice île durable. Ces trente sous peuvent paraître «extravagants», vu le peu d’attention que les dirigeants ont prêté à ce projet. Ou, peut-on dire que ces trente sous sont les plus importants de toute la note d’essence, puisqu’enfin ils traduisent un zeste de volonté de réfléchir au-delà du court terme ?

 S’il est vrai que le défi de construire Maurice ou de nourrir les plus vulnérables dépend de la consommation de carburant des riches, que se passerait-il si cette consommation venait à chuter ? Ce n’est qu’un scenario très lointain et improbable, vous diront la plupart des automobilistes. Au niveau international, les compagnies pétrolières se sont toujours empressées de démontrer qu’elles étaient en mesure de découvrir toujours plus de pétrole qu’elles n’en livrent au monde et d’alimenter ainsi notre mode de vie encore très longtemps. Pourtant, plusieurs signes sont là pour montrer, à ceux qui veulent bien y porter attention, que la fin du pétrole est proche. Un des signes est cette annonce par Exxon Mobil au sujet du remplacement de ses réserves pétrolières, qui ne couvrent plus 65 % de sa production, alors que les années passées, les découvertes couvraient la production courante. Dès lors, il n’est pas étonnant que Donald Trump ait nommé à la tête de sa diplomatie un ancien patron de cette compagnie pétrolière. Est-ce une indication d’une volonté de s’accaparer à tout prix de ses réserves avant qu’elles ne disparaissent ? Peut-être…

 Que faisons-nous, Mauriciens, qui n’avons pas les moyens de dépasser le grand «bully» américain dans sa course aux dernières ressources de la planète ? Nous nous pavanons dans de belles voitures, nous mangeons notre pétrole en riz et en farine, nous alimentons les dépenses de l’État. Tout cela pour près de Rs 42,70, desquels nous économisons trente sous par litre pour nous construire un avenir durable.

Trente sous, seulement.

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