Le biscuit indigeste

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C’est le monde à l’envers ! Voilà que Sheila Hanoomanjee se place en victime de discrimination inversée, qu’elle dit subir à cause de son patronyme. Nous ne lui apprenons rien de nouveau en affirmant que c’est justement lorsqu’on porte un tel nom de famille qu’on doit s’assurer d’être au-dessus de tout soupçon, sans qu’il n’y ait la moindre suspicion d’un traitement de faveur.

Or, malgré la ligne de défense de «la fille de» la plus populaire du moment, elle ne pourra empêcher le doute de faire son chemin dans la tête des Mauriciens. Elle aura beau nous dire qu’il y a eu un respect scrupuleux des lois et procédures en vigueur pour que ses coffrets de biscuits soient en vente à la boutique hors taxes de l’aéroport, le hasard du calendrier de son business provoque des questions légitimes. C’est après l’arrivée du gouvernement MSM que Sheila Hanoomanjee est devenue fournisseuse de biscuits à travers sa société Rum and Sugar Ltd, enregistrée en juillet 2016. La question de s’interroger sur d’éventuelles connexions politiques est légitime dans un pays où chaque gouvernement pratique le copinage et les passe-droits.

Et il s’agit là de Mauritius Duty Free Paradise (MDFP), d’aéroport, soit le lieu où une favorite s’est prise, pendant de longues années, pour la propriétaire avec la bénédiction de son protecteur de chef du gouvernement. Sheila Hanoomanjee n’est sûrement pas sans savoir qu’une étrange rencontre tardive entre trois ministres et des représentants de Dufry, ancien fournisseur exclusif de la MDFP, a provoqué une polémique avec, comme épilogue, un affidavit qui a fait grand bruit.

C’est sur cette toile de fond qu’il faut analyser les agitations actuelles. Et l’on peut comprendre la méfiance, à juste titre, des citoyens sur toute cette histoire, sachant que nos dirigeants et leur cour ne cultivent ni la morale, ni l’éthique. Car que reste-t-il des grands engagements post victoire MSM, si ce n’est qu’il y a une obsession à faire pire que le PTr sur tous les plans ? D’où les interrogations sur d’éventuelles pratiques troublantes. D’ailleurs, certaines explications visant à éclairer l’opinion publique sur cette histoire ne font que rendre la situation encore plus confuse.

C’est ainsi que, en voulant apporter son témoignage, le CEO de la boutique hors taxes, Rakesh Rugoobeer, nous égare au lieu de nous éclairer. S’il assure avoir goûté à ces biscuits, il dit aussi, dans les colonnes du Défi, que «la marque Esko n’était pas écrite sur les biscuits testés». Alors que quelques jours plus tôt, le directeur général d’Esko assurait dans l’express que Sheila Hanoomanjee s’approvisionnait chez lui (précisant que les biscuits étaient livrés à la maison de la Speaker, à Flic-en-Flac) et que «le moulage des biscuits est imprimé Esko, et que c’est la raison pour laquelle les gens ont su pour ces biscuits-là».

N’est-il donc pas logique de se demander si, au final, la MDFP vend réellement les mêmes biscuits goûtés par ses cadres ? D’autant que l’express du 21 février nous apprenait que l’une des premières boîtes de biscuits Rum and Sugar contenait des sablés fabriqués en Angleterre. Mais il n’y a pas qu’à la MDFP que l’on est professionnel en dégustation de biscuits. Le maire de Quatre-Bornes, Atmaram Sonoo, dont la coïncidence veut qu’il fut agent politique de Maya Hanoomanjee, mère de la directrice de Rum and Sugar, confirme dans l’express que la municipalité s’est fournie auprès de Sheila Hanoomanjee pour l’achat des coffrets de biscuits en guise de cadeaux de fin d’année aux conseillers. Et ajoute candidement sur les ondes de Radio Plus qu’il a goûté aux biscuits, mais que non, il ne connaissait pas le prix de vente proposé à la mairie. Pressé de questions pertinentes par Nawaz Noorbux, le maire n’a pu que réussir à se couvrir de ridicule.

 L’autre voix qui a tenté de voler à la rescousse de Sheila Hanoomanjee, tout en réussissant à jeter plus de trouble, est celle du ministre de la Bonne gouvernance, Sudhir Sesungkur. «Xavier-Luc Duval est en train de polémiquer sur le prix de vente de ces biscuits. Certains produits sont plus chers que d’autres en raison de la marque», explique-t-il (Le Défi, 20 février). On est bien d’accord mais ça se saurait si les biscuits Esko étaient des produits haut de gamme qui méritent d’être vendus à 17 euros dans une boutique dite hors taxes.

 Bienvenue au pays où le monde est à l’envers…

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