L’université prise en otage ?

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Lénine craignait : «Quand l’université bouge, tout bouge.» A contrario, si on veut assoupir un peuple et freiner l’esprit critique d’une civilisation, on bloque le développement d’une université en y casant des proches et des «collabos». Ferait-on cela sur le campus de Réduit ?

C’est, en tout cas, ce que l’on pourrait croire en prenant connaissance de la liste du sous-comité chargé, par le Sénat, de recruter le prochain vice-chancelier (VC) de l’université de Maurice (UoM), en remplacement de Romeela Mohee – dont, pour rappel, la candidature avait été critiquée par plus d’un, entre autres, par… Ameenah Gurib-Fakim.

La VC de l’UOM est un poste-clé qui requiert des compétences éprouvées en termes de recherches scientifiques et de gestion au niveau supérieur – c’est, dans le milieu universitaire, ce que l’on appelle «the senior most person» : «The VC shall have general responsibility to the Council for maintaining and promoting the good order and efficiency of the University.»

Ailleurs, dans le monde, l’on s’assure que la composition et le fonctionnement des comités de sélection des responsables académiques soient au-dessus de toute critique ou tout soupçon. Car ces comités jouent un rôle décisif pour l’avenir de l’université et de ses étudiants. Et les candidats sont nommés pour toute leur carrière ou écartés à vie sans motif toujours clair. Lourde décision en effet.

La liste, publiée par l’express d’hier, de ceux chargés de recruter le prochain VC pose les questions suivantes : quels sont les statuts académiques de ces délégués du Sénat qui doivent choisir, d’ici la semaine prochaine, parmi des «Professors» et des «Senior Professors» ? Parmi ceux qui sont chargés d’identifier le prochain VC, retrouverait-on, par hasard, des «lecturers marrons», eux-mêmes mis à l’index par une enquête administrative ou par l’ICAC ? Pensez-vous que des «Senior Lecturers», aux couleurs politiques vives, puissent choisir leur chef hiérarchique sans donner l’impression qu’ils sont en train de se plier aux ordres des états-majors politiques qui voudraient garder le campus de Réduit sous leur coupole ?

C’est un fait connu dans de tels postes de responsabilité. La composition des comités de sélection, bien que légale, pose problème lorsque des personnes agissent, dans l’ombre, en réseaux et s’organisent en des comités facilitant des recrutements entre proches au détriment du recrutement de meilleurs candidats, répondant mieux au projet de l’UoM. Le favoritisme et le clientélisme introduisent injustice et inégalité entre candidats.

Quand nous savons que des enseignants de la faculté de droit travaillaient à temps partiel dans une autre université, sans avoir obtenu l’autorisation de l’UoM au préalable, quand les finances du campus de Réduit sont dans le rouge (déficit par dizaines de millions !), quand la qualité des recherches laisse à désirer, nous estimons qu’il est de notre devoir de crier : attention, l’université n’est pas votre jouet, messieurs !

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