Christiana et nos funestes reflets

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La fille de Christiana vient tout juste d’avoir trois ans. Il n’y avait ni gâteau ni maman pour son anniversaire, mais, à son âge, elle ne s’en est pas aperçue ; du moins, c’est ce que nous voulons croire. Des bougies s’allumeront, aujourd’hui, mais pour d’autres raisons. Des raisons funestes.

Un jour, l’orpheline sera en âge d’aller sur le Web pour faire ses recherches, pour explorer le monde, pour découvrir tout ce qu’on ne lui montre pas. Elle cherchera, sûrement, les causes de la mort tragique de sa maman chérie.

Et elle tombera, ce jour-là, sur un article portant le titre : «Une ex-stripteaseuse retrouvée égorgée à Cascavelle.» Quelle sera sa réaction ?!

Nous sommes-nous mis à sa place ? Pourrons-nous, seulement, mesurer la douleur que cela lui infligera ? Ce sera, à la rigueur, comme un second coup de couteau, cette fois-ci en plein dans le coeur – et le drame, c’est que cela ne s’effacera pas. Ce titre maladroit restera aussi longtemps qu’Internet existera. Les années passeront, ces mots cruels, inutiles, irréfléchis, pires que la mort elle-même, resteront, et la hanteront, sans doute, à tout jamais. Alors que sa maman l’aimait de toutes ses forces, elle pourrait, elle, ne retenir que ces mots de journaliste pour décrire celle qui l’a mise au monde...

Malgré les codes de déontologie et les textes relatifs au respect de la vie privée – et de la mort (publique), le journaliste, en quête d’un gros titre, ou d’un mot-clé ou d’un référencement dans les moteurs de recherche, ne prend, souvent, pas le temps de reconnaître la valeur intrinsèque de chaque personne en tant qu’être humain, en tant que mère, en tant qu’enfant, voisine, amie, amante.

Quand, dans la course effrénée de ramener l’info brute, d’attirer une audience qui jouit sur le macabre, et de battre la concurrence, l’on fait, des fois, fi de la condition d’être humain de quelqu’un, cela équivaut tout bonnement à effacer son humanité et à ne plus tenir compte du respect qu’il ou elle mérite. Le sensationnalisme, puisqu’il s’agit ni plus ni moins de cela, sert à vendre des copies-papier, désormais il sert aussi à accumuler du trafic sur la Toile, même si cela pollue la qualité de l’information véhiculée par notre presse plurielle, même si cela salit la mémoire.

L’éthique de l’information ne devrait pas se résumer à une recherche abstraite réservée aux débats philosophiques. Ses principes se définissent par rapport à la pratique concrète et aux couvertures (des journaux et des événements). Ceux-ci doivent se résumer en un double respect : respect de la rigueur et de l’honnêteté intellectuelle dans la recherche de la vérité et des faits, d’autre part, respect des autres, lecteurs et acteurs de l’actualité, et de leurs proches éplorés.

*

La proportionnelle a aussi provoqué d’âpres débats cette semaine. Plusieurs estiment qu’elle vient rééquilibrer le partage des votes exprimés au suffrage direct. Ce n’est pas faux. Par exemple, si l’OPR avait eu une victoire de 12-0, cela voudrait dire que le MR, avec 42,05 % de votes, aurait eu, sans une dose de proportionnelle, 0 % de sièges !

Si l’OPR avait gagné par 10-2, le MR n’aurait eu que 17 % de sièges, avec un pur FPTP. Si personne ne peut nier que la proportionnelle apporte un reflet plus démocratique, en revanche, il nous faut faire attention, car diriger un pays implique d’autres paramètres que le reflet mathématique des votes. Beaucoup ont été surpris que Serge Clair et SAJ aient critiqué les amendements à la Rodrigues Regional Assembly Act qu’ils avaient eux-mêmes approuvés en décembre dernier.

En fait, ils ont réalisé, peut-être plus que les autres chefs de parti, un danger auquel d’autres n’ont, apparemment, pas été confrontés jusqu’ici. Pour SAJ et Clair, une «mirror image» n’est pas parfaite en termes de stabilité – car dans la pratique, un gouvernement doit pouvoir gouverner sereinement. Paul Bérenger, qui a toujours été pour une dose de proportionnelle, estime que ceux qui sont contre sont des leaders qui auront toujours besoin d’une majorité écrasante afin de pouvoir gouverner. C’est, selon lui, «un déficit de leadership de ceux-là». Rama Sithanen est plus nuancé sur la question.

Dans un article, publié en septembre 2016 dans l’express, il disait ceci : «We should be very careful not to throw the baby with the bathwater. The dilemma will always be between a system that produces a clear majority even if it is very unfair as is the case with the proposed amendments and one that is fair and equitable to parties that poll a given percentage of votes. Representation of the different shades of opinion is crucial in a representative democracy. There is an absolute need to ensure diversity and inclusion of political parties, especially in a very small society as Rodrigues. The challenge is to find a compromise between stability and governability on the one hand and fairness, inclusion and representation on the other…» Ce qui n’est guère facile… d’où le fait que de réforme électorale à Maurice, contrairement à Rodrigues, il n’y en aura pas de sitôt !

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