Pli tourn paz, pli trouv zimaz…

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La faible mobilisation de l’opposition dans les rues de Port-Louis n’est pas une surprise. Elle démontre que les Mauriciens refusent de se conduire en moutons de Panurge, rôle d’aveugles dans lequel les politiciens veulent les confiner. Même si la cause est juste et qu’il faut vigoureusement protester et dénoncer l’arnaque que constitue la passation de pouvoir au plus haut sommet, il est compréhensible qu’une grande majorité de citoyens, malgré leur indignation devant la nomination de Jugnauth junior, refusent de marcher au pas de ces leaders dont les révoltes dépendent de leur position opportuniste.

À l’exemple de Duval qui, lors du congrès des jeunes de son parti en septembre dernier, a déclaré mot pour mot, sous les applaudissements de ses partisans : «Nou pou soutenir Pravind Jugnauth zour li vinn Premie minis sa pei la.» Aujourd’hui, le leader des Bleus insulte notre intelligence en nous faisant croire qu’il s’est transformé en défenseur de notre démocratie parce qu’il a décidé de claquer la porte Lepep. Il est vrai que le chef du PMSD, depuis qu’il a quitté le gouvernement, n’en est pas à une contradiction près. C’est ainsi qu’il découvre soudainement des atteintes à nos libertés, alors que son silence était sonore quand il occupait le front bench du gouvernement sans broncher devant l’arrestation d’honnêtes citoyens. 

Quant à Ramgoolam et sa présence impudique dans la capitale, il est clair que son semblant de démonstration de force obéit à sa stratégie de revenir sur le devant de la scène. N’est-ce pas ce même Ramgoolam qui a déclaré, la semaine dernière, que le Parti travailliste apporte la stabilité au pays et ne doit pas rester en dehors du pouvoir ?  

La démission du PMSD du gouvernement, la nomination du fils Jugnauth, la marche bleu-rouge dans la capitale, la position floue du MMM qui, un jour s’assoit à la même table que les autres partis de l’opposition, un autre change d’avis et oublie, par la même occasion, sa proposition de démissionner en bloc… Tous ces épisodes nous plongent dans un feuilleton politique illustrant la guerre des loups qui, hier encore, mangeaient à la même table et se battent aujourd’hui les uns contre les autres.

Il y a comme un désarroi quand on découvre que, face à un gouvernement totalement décevant qui a transformé les attentes populaires de décembre 2014 en un énorme gâchis, l’alternative se résume à ces trois blocs traditionnels qui virevoltent entre coucheries, divorces et traîtrises. Serait-on gagné par une certaine fatalité dont le choix premierministériel n’est qu’entre les Jugnauth et les Ramgoolam ? Sachant que Bérenger ne fut qu’une parenthèse de deux ans.

Est-ce que la politique n’appartiendra toujours qu’à cette poignée de players venant du même sérail ? Tel Bhadain, dont il est difficile d’applaudir le show tant son arrogance, ses meetings télévisés à l’heure du démantèlement de la BAI – qu’il tente aujourd’hui de mettre sur le dos de Lutchmeenaraidoo – et sa présence aux côtés de Pravind Jugnauth et Yerrigadoo, avec des représentants de Dufry qui ont juré un troublant affidavit par la suite, donnent une image obscène du politicien. Quand on pense que ce même Bhadain veut nous faire croire qu’il va changer le «système archaïque» et représenter l’alternance !

Encore heureux que nous n’ayons pas la mémoire courte devant ces simagrées politiques. D’ailleurs, ce n’est pas ça qui manque ces derniers jours : entre Joomaye qui avait quitté le MMM pour faire de la politique autrement (ne riez pas, il y croyait vraiment) et qui intègre aujourd’hui le MSM, et la nomination d’un ministre de la Bonne gouvernance lui-même au centre d’un procès (quel choix intelligent du nouveau Premier ministre !!!), Trilochurn, dont les honoraires de Rs 19 millions avaient choqué et qui dénonce aujourd’hui ce qu’il appelle un complot des Jugnauth avec la passation de pouvoir. Une démarche qui, même si elle est sincère, ressemble étrangement à un règlement de comptes.

Et c’est là où on en est : c’est à qui dégainera le premier, qui dénoncera l’autre, qui fera des révélations ou, pour reprendre Bhadain, qui déversera «enn bake malpropte lor zot figir»… Y’a un nom pour ça : la politique mauricienne.

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