Manière de voir : tous les rivaux éliminés

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Après l’accession de Pravind Jugnauth au trône premier ministériel tant convoité, retour sur l’évincement de ceux qui ont tenté tant bien que mal et par tous les moyens d’y accéder.

L’oeuvre de couronnement de Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre le lundi 23 janvier s’est achevé après l’élimination systématique de presque tous les rivaux qui se sont dressés sur son passage depuis pratiquement les trois dernières décennies.

Ils ont tous été terrassés, à commencer par Madun Dulloo au début des années 90 pour s’achever avec Raj Dayal en 2016 et Roshi Bhadain en 2017. Au départ, après l’éclatement du MMM en 1983, Harish Boodhoo s’était positionné comme le no2 naturel d’Anerood Jugnauth. Mais au début de 1986, l’homme de Belle-Terre avait été éliminé pour ne jamais représenter la moindre menace à Anerood Jugnauth.

À partir de 1986, Madun Dulloo émergea comme le dauphin. À cette époque-là, Pravind Jugnauth n’avait manifesté aucun désir de s’intéresser à une carrière politique, se contentant de s’affirmer comme jeune avocat, bénéficiant du coup de pouce de son puissant papa et se faisant conseiller légal de maintes compagnies privées voulant s’acheter les faveurs du pouvoir.

Pravind Jugnauth fut littéralement traîné sur la place publique à partir de graves dissensions qui se produisirent à l’intérieur du MSM quand Jugnauth contracta, contre toute attente, une alliance avec le MMM en 1990. Initiant une campagne de dénigrement des plus outrageantes envers la famille Jugnauth, le fidèle lieutenant Dinesh Ramjuttun, devenu le pire ennemi, se livra à des attaques personnelles contre le couple mais aussi contre le fils dont il exhibait la photo pendant la campagne électorale de 1991. Une fois les élections remportées par Jugnauth, Pravind domina l’actualité pendant quelques jours par ses fiançailles royales avec une jeune fille, Kobita Ramdanee, dont le père, Kailash, s’était distingué comme un homme d’affaires hors pair et la mère, Ursule, soeur d’Edouard Maunick, était l’une des personnalités féminines marquantes du pays, ayant occupé les fonctions de rédactrice en chef suppléante du journal travailliste Advance, un best-seller en son temps.

À partir de 1991, Madun Dulloo, donné comme dauphin incontestable d’Anerood Jugnauth, allait connaître une série de déboires culminant, en 1993, avec son limogeage comme ministre de l’Agriculture, un puissant ministère source inépuisable de patronage politique. Parmi les élus de 1991, un certain Ashock Jugnauth se distinguant dans le no8. Durant la même période, le Sun Trust avait déjà été constitué et le bâtiment construit. La famille royale Jugnauth jetait ses premières bases pour fonctionner dans la durée. travailliste Advance, un best-seller en son temps.

Anerood, Ashock, puis Pravind : ils furent trois Jugnauth à briguer le suffrage en 1995, le fils Pravind faisant son baptême du feu dans le no11. Ils furent tous trois battus.

Par la suite, Sheila Bappoo et Rama Sithanen lancèrent un mouvement pour renverser les Jugnauth mais sans succès. À un certain moment dans sa carrière politique, Sheila Bappoo avait été perçue comme éventuel successeur d’Anerood Jugnauth. Ses atouts : forte personnalité symbolisant l’empowerment des femmes et étant marathi, acceptable par les hindi-speaking mais aussi par les composantes connues comme TTM, c’està- dire Tamouls, Télougous et Marathis. Les Jugnauth étant propriétaires du Sun Trust et de l’appareil du parti, toutes les menaces internes étaient facilement éliminées.

Les élections de 2000 virent la consécration de la famille Jugnauth, Anerood, Ashock et Pravind se faisant élire avec le soutien du MMM. Tous trois se retrouvèrent au gouvernement.

Après le retrait d’Anerood Jugnauth en 2003 alors que Pravind Jugnauth était déjà intronisé comme dauphin et leader du MSM, le fils vit se dessiner à l’horizon une sérieuse menace à sa suprématie dans le parti. Cette menace était incarnée par personne d’autre que son propre oncle, Ashock. Ce dernier, sur la base de sa forte personnalité, sa grande gueule et son charisme, s’imposait facilement face à son amorphe neveu. Les dirigeants politiques du pays – le rusé Paul Bérenger en premier – avaient pris la mesure de ce contraste dramatique entre oncle et neveu.

Ce contraste fut mis en évidence aux élections générales de 2005. Alors que le futur Premier ministre Pravind Jugnauth se faisait battre dans le no11, l’oncle Ashock se faisait élire en tête de liste dans le no8. Avec Maya Hanoomanjee dans le no14, le MSM ne remportait que deux sièges en régions rurales. À ce moment-là, le MSM était en alliance avec le MMM. Aussi, quand Ashock Jugnauth retourna au Parlement en compagnie de Paul Bérenger et Pravind consigné au carreau canne, une nouvelle dynamique de crise interne au MSM s’installa. La suite logique de cette crise: Ashock Jugnauth fut éjecté hors du MSM, le château du Réduit où s’était installé le vieux renard Anerood sortit même un communiqué pour affirmer qu’Ashock n’était plus reconnu comme un membre de la famille Jugnauth. Ce fut l’excommunication politique pour l’oncle et il était éliminé à toujours. L’oncle se rapprocha du MMM.

Suivant son élection à l’élection partielle de 2009 avec le soutien actif et enthousiaste de Navin Ramgoolam face à l’oncle pris en charge par le MMM, Pravind resta incontesté dans son parti jusqu’aux élections de 2014.

En 2014, trois rivaux potentiels se sont fait élire dans les rangs du MSM. Ils sont Roshi Bhadain, Nando Bodha et Raj Dayal. Bhadain est maintenant éliminé. Raj Dayal dispose de tous les atouts, charismatiques comme sociologiques, pour surpasser Pravind Jugnauth ; mais les dieux de la politique ont décidé autrement, l’enfermant dans bal kouler. Il serait utile de souligner que le traitement infligé à Dayal pourrait paraître bien injuste si comparé au cas du député PMSD Thierry Henry et depuis quelques jours à celui du nouveau ministre Sudhir Sesungkur.

Quant à Nando Bodha, la moindre menace des trois, on aura remarqué que bien qu’il évite toute controverse, il ne s’est jamais retrouvé parmi ceux (comme Soodhun, Jhugroo, Sawmynaden) qui ont toujours chanté les louanges du dauphin avant qu’il ne devienne roi. Pour ceux qui aiment parier chez les bookmakers, analyser les faits et gestes de Bodha pourrait s’avérer payant. Fin stratège, d’une loyauté inébranlable envers le père, Bodha ne perd rien pour attendre son temps. Attendons la fin des festivités royales.

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