Jadis, on était une démocratie…

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…aujourd’hui nous sommes à court de démocrates. Ouvrons les yeux et regardons certains des acteurs politiques que nous avons, dont plusieurs reviennent du cimetière.

Depuis samedi dernier, le pays est dans un mood quasi électoral. La passation de pouvoir entre les Jugnauth aura été l’élément déclencheur. Cette nouvelle configuration à la tête du gouvernement, même si elle était sur toutes les lèvres, a pris tout le monde de court. On pensait que SAJ allait attendre que l’alliance Lepep se stabilise après le départ du PMSD avant d’envisager de passer le flambeau à son fils. Niet. SAJ a, en fait, profité de la confusion pour rebattre les cartes – et, en voyant la confusion au sein de l’opposition éparpillée, il n’a pas eu tort d’un point de vue tactique. Aujourd’hui, en face de son fils, Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et Xavier-Luc Duval s’entre-déchirent et n’arrivent pas à accorder leurs violons…

La marche d’hier dans les rues de Port-Louis est révélatrice du rapport des forces divergentes au sein de l’opposition. En stratège, Navin Ramgoolam, rebondissant sur une initiative des parlementaires de l’opposition, a transformé la manifestation en un rallye PTr-PMSD (et non PMSD-PTr !) Le lion a rugi et le coq s’est fait tout petit (et a même laissé des plumes) – alors que le MMM et le MP ont préféré garder leurs distances.

Alors que Duval avait décrété que ce serait une initiative «parliamentary led» et que les couleurs des partis s’effaceront au profit du noir, Ramgoolam a fait monter les enchères en affirmant que «les rouges vont réunir la plus grosse foule». De la provocation pure et simple.

La marche d’hier n’a pas réuni la foule des grands jours en face de l’hôtel du gouvernement, mais il y avait clairement plus de monde que lors de la prestation de serment de Pravind Jugnauth – qui, elle, a été préparée à la hâte et dans l’incertitude. Mais ce n’est certainement pas avec ces quelques marcheurs désordonnés (qu’on a vus hier) que le régime de Lepep va trembler – et accorder des élections générales, alors qu’il y a encore trois ans avant que Pravind Jugnauth ne se présente, à nouveau, devant l’électorat – cette fois, pour la première fois de sa vie, comme un grand, sans le paravent de papa…

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Face à Pravind Jugnauth, il y aura trois leaders qui, pour l’heure, ne sont pas sur la même longueur d’onde, même s’il y a clairement un rapprochement entre le PTr et le PMSD, malgré les escarmouches de cette semaine entre les deux camps. D’ailleurs, il convient de prendre note de la colère exprimée par les Rouges quand Xavier-Luc Duval a essayé, mollement, de dissuader Navin Ramgoolam de participer à la marche. Une consigne qui a été prestement repoussée, sans que le leader du PMSD puisse faire quoi que ce soit pour maintenir la ligne dure. En imposant ainsi sa présence, Ramgoolam a poussé Duval à choisir entre Bérenger et lui. Et tout le monde a vu que leader des Bleus a clairement opté pour le rouge.

À la fin de la marche d’hier, Ramgoolam et Duval ont pris davantage de temps pour cibler Bérenger que les Jugnauth – comme si le leader du MMM était devenu la cible commune. Étrange, n’est-ce pas ? Sur une note personnelle, de voir le retour de certains morts-vivants du pouvoir ramgoolamien donnait froid dans le dos. On se souvient encore de la hargne avec laquelle quelques anciens dirigeants travaillistes tentaient d’asphyxier notre journal et nous empêchait de faire notre travail de journaliste… Un peu comme les dirigeants de Lepep le font aujourd’hui !

Autre fait notable : Duval a organisé un point de presse rapidement après la marche pour démentir tout rapprochement avec le PTr ou le MMM. Comme s’il voulait se convaincre lui-même qu’il peut devenir Premier ministre un jour sans l’apport d’aucun autre parti. C’est son droit de rêver… Nous ne le croyons pas capable de cet exploit électoral.

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Quant à Paul Bérenger, il a, sans doute, compris que l’absence de son parti – officiellement en raison de la présence de Navin Ramgoolam – risquait, à tort ou à raison, d’être interprétée comme un rapprochement du MMM avec le MSM des Jugnauth – d’autant que selon la rumeur qui circule, le nouveau Premier ministre a volontairement conservé le portefeuille des Finances comme monnaie de change avec le MMM. Paul Bérenger a alors pris le soin d’égratigner (outre Ramgoolam et Duval) le deal «papa-piti». Et il a asséné : «Le MSM est une pourriture ! Pas question d’alliance avec eux.» Bérenger, comme Duval, comme Ramgoolam, se prépare à aller seul aux élections. Avec le slogan : seul contre tous ! Toutefois, les oreilles de l’électorat sont blasées : souvent on entend ce slogan en prélude des… alliances.

Si le Privy Council n’épingle pas Pravind Jugnauth dans l’affaire MedPoint (une véritable épée de Damoclès sur la tête de notre nouveau PM), et/ou si la justice ne trouve pas Ramgoolam coupable d’un délit quelconque (sous la FIAMLA ou autre législation) dans l’affaire des Rs 220 millions (une autre épée de Damoclès), on devrait se retrouver avec une Four-Corner Fight en 2019… avec, au loin, Roshi Bhadain qui incarnerait une alternance politique – à charge qu’il ne soit pas «koulouté» avant par SAJ, un peu comme Boodhoo l’a été dans le passé ! Et d’autres partis qui font pas mal de bruit mais qui n’arrivent toujours pas à obtenir les faveurs des électeurs mauriciens.

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Avis. Selon plusieurs recherches, c’est la première fois, dans le monde, qu’un père se porte candidat pour diriger un pays. Qui une fois élu, cède les commandes du pays à son fils. Si quelqu’un trouve un précédent, merci de nous tenir informé. Cela mériterait une étude comparative… Et dire que notre pays était jadis brandi comme un modèle de démocratie !

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