ASSEZ LE BADINAGE !

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Je suis certain que je ne suis pas comme les autres, mais je fais quand même partie de la bonne moitié de l’île* qui ne salit pas les plages quand elle s’y rend, qui peut faire la distinction entre un pays qui sait où il va et du fatras, qui ne gaspille pas l’eau en ces temps de disette, qui n’est pas, à la fois, partisan du moindre effort et du maximum à se mettre dans la poche et qui désespère de voir le temps et les énergies du pays être gaspillés en guéguerres futiles, en manœuvres oiseuses, en voyages inutiles, en nominations vidées de sens, en effets d’annonce stériles aux dépens des vrais enjeux. 

Nous vivons des jours passionnants et cruciaux. Quand c’est le président de la Chine populaire, M. Xi, qui fait l’apologie de la globalisation de l’économie et qui explique à M. Trump pourquoi les défis écologiques devraient l’occuper, on sait que l’on a passé un cap et que le monde ne sera plus jamais pareil. Celui à qui l’on a longtemps fait la leçon est celui qui reprend le flambeau de l’humanité responsable… ? C’est incroyable ! Difficile de dire combien de temps cela durera jusqu’à la désillusion, mais M. Trump, l’Américain, sera, en attendant, le chantre du recroquevillement nationaliste, de l’«après moi le déluge», des murs plutôt que des ponts…

Theresa May, possiblement piquée au vif par la description d’elle comme de Theresa Maybe, a finalement tranché dans le vif et va couper tous les… ponts avec l’Europe pour pouvoir reprendre le contrôle de l’immigration. Pour le pays qui a, au cours des âges, accueilli les ancêtres de Disraeli, les réfugiés fuyant Idi Amine Dada, 790 000 Polonais ou ceux qui, des colonies, croyaient trouver refuge dans un pays progressiste, libéral et éclairé, il semble que l’accueil sera désormais beaucoup plus froid. Al Fayed et Abramovich seront toujours bien accueillis, sans doute, puisqu’ils porteront le satané (racine : «Satan») fric qui fera bouillir les marmites anglaises, mais encore…

Chez nous, par contre, on s’émeut et on débat sur le PMSD 2.0 et le papa-piti, on s’inquiète de l’état d’âme de Bhadain, de Dayal, de Lesjongard ou de Fowdar, on interroge toujours Navin, deux ans après les faits, on discutaille du prochain responsable du ministère de l’Intérieur, on fait les comptes pour savoir si le vote de Mme Monty vaut la peine au point de provoquer le courroux d’un membre du MSM qui «se voyait déjà» et Pravind déclare seulement maintenant, mine de rien, qu’il a toujours apprécié le travail de Wong. Des foutaises, quoi ! Ce faisant, on passe à côté, ou l’on néglige forcément les questions clés de notre avenir et l’on se contente de cataplasmes sur les jambes de bois du pays.

On espère que les grands chantiers seront bientôt lancés, ce qui demandera des ouvriers du bâtiment formés, mais il n’est pas sûr combien il y en a vraiment parmi nos chômeurs enregistrés et le fait qu’il y ait, fin 2016, 53 000 postulants pour 

1 100 emplois «dans le gouvernement» illustre sans doute, de manière douloureuse, ce à quoi on est vraiment confronté. On veut développer notre port, on veut damer le pion aux ports régionaux, mais on vit avec des portiques désuets et fatigués et on se complaît dans une productivité de la main-d’œuvre portuaire lamentable de moins de 20 conteneurs/heure. Cela fait 25 ans que l’on parle de la réforme du fonds de pension, que tout le monde SAIT ce vers quoi nous allons (la faillite  !), que beaucoup SAVENT ce qu’il faut faire (augmenter les contributions, rallonger l’âge de la retraite et/ou le ciblage), mais qu’aucune décision n’est prise ; les gouvernements en place repoussant systématiquement les décisions potentiellement impopulaires à plus tard , ce qui équivaut à passer la difficulté à celui qui suivra… L’éducation et la formation dont ce pays a besoin pour son avenir peuvent-elles se contenter de la cosmétique du Nine-Year Schooling, sans remise en question du cursus, sans «upgrading» continu du professorat, sans plus d’heures à l’école et moins aux «leçons particulières», sans l’apport vivifiant de la comparaison internationale – style tests PISA ? Les légumes risquent-ils d’être moins pollués de pesticides, un an après une étude de «l’express» qui condamnait alors, en janvier 2016, un échantillon de légumes sur cinq ? On n’en sait tristement rien ! Notre déficit commercial est toujours à Rs 80 milliards alors que le prix des commodités en général (et du pétrole en particulier) est plutôt bas. Qui s’en inquiète ? Pense-t-on que le prix des commodités ne remontera jamais ? Qui s’y prépare au cas où? Qui pense que la chute des exportations est jouable ? Envisage-t-on encore de vivre les insuffisances de notre réseau d’eau pendant longtemps encore ? Si non, croit-on encore que c’est possible sans en augmenter le prix ? Quelqu’un peut-il encore suggérer qu’un taux de progression de notre productivité nationale de 0,9 % par an, en moyenne entre 2005-2015 est… sans conséquence ? Qui donc, dans son état normal, sans fumer le gandia de la démagogie, peut croire que nous puissions encore longtemps augmenter les salaires beaucoup plus rapidement (7 % par an, en moyenne entre 2005-2015 !) que suggéré par nos gains de la productivité nationale ? Ou peut-on encore penser que les étrangers nous DOIVENT de continuer à transférer des devises au pays (prêts ou investissements) afin que le déficit de notre compte courant (projeté à 5,4 % du PNB en 2017 !) soit continuellement couvert ? 

Est-il possible que l’on puisse éjecter Megh Pillay d’Air Mauritius, favoriser les bambaras de M. Boygah, nommer des assistants non indépendants à lord Philips, laisser passer 

Mme Choomka, ne plus penser à Mme Sumputh… sans conséquence aucune sur notre image à l’étranger – de qui nous dépendons, pourtant ?   Comment croire que ce pays peut progresser avec un leadership qui veut le pouvoir sans le savoir, la récompense sans l’effort et le bon Dieu sans confession, même pour la Prosecution Commission ?

Il est temps d’arrêter ce badinage, de se mettre au travail, de résoudre les vrais problèmes, de penser pays plutôt que parti, de favoriser l’ensemble plutôt que le particulier, de s’affranchir des gains personnels et du consumérisme écervelé pour dénicher ce qui nous aidera TOUS à avancer, c’est-à-dire les valeurs humaines de justice, de partage, de discipline, de méritocratie, voire d’altruisme.

En ces temps troubles et passionnants, comment peut-on croire que le débauchage de 11 votes de l’opposition (peut-être plus, s’il faut, en même temps, compenser la démission de certains déçus de son propre gouvernement ?), qui rendrait possible la Prosecution Commission mérite plus d’attention qu’un plan Marshall réussi, un hôpital qui guérit mieux, une économie qui ouvre la porte à tous, un leadership qui inspire ?

Cela ne devrait pas être le cas !

Si, par extraordinaire, ce l’était, nous serions alors au-delà d’une situation de méfiance envers ces gens-là, devrions conclure qu’ils sont véritablement dangereux et aurions le devoir d’allumer quelques bougies pour XLD et le PMSD !

*Qui ne fait pas toujours les 50 % ?!

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