Manière de voir : «Sans Navin Ramgoolam»

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Que pourrait faire le Parti travailliste si l’image de Ramgoolam était considérablement et irrémédiablement compromise à l’issue de ses deux procès ?

Que le Labour soit dirigé par un autre que Navin Ramgoolam est souvent évoqué, surtout qu’il existerait une alternative. Il s’agit d’Arvin Boolell qui, dans le passé, alors qu’il était ministre sous le gouvernement de Ramgoolam, surpassait ce dernier en termes d’indice de popularité, du moins si on se fie aux sondages.

«Les débats, même en interne, chez les travaillistes n’ont jamais mené à un changement de leadership.»

Mais les débats, même en interne, chez les travaillistes n’ont jamais mené à un changement de leadership. Au fait, on ne manque pas d’évoquer la période dans l’histoire moderne du parti, quand il fut dirigé par un non-Ramgoolam en la personne de sir Satcam Boolell. Il eut fallu la prise du leadership par Navin Ramgoolam à partir de 1990 pour que le parti puisse se dresser en challenger crédible du MSM. C’est une alliance in extremis avec le MMM qui devait sauver Anerood Jugnauth d’un sérieux challenge monté par Navin Ramgoolam en 1991. Pas pour longtemps, car en 1995 Ramgoolam lui arrachait le pouvoir.

Dans le contexte actuel, Navin Ramgoolam affronte deux obstacles majeurs qui pourraient largement compromettre son leadership du parti. Il fait face à deux procès en cour après avoir surmonté pas moins de dix tentatives des autorités de l’inculper sous différentes accusations devant les tribunaux. Ramgoolam dominera l’actualité quand une charge provisoire de blanchiment d’argent sera entendue devant le tribunal de Curepipe, le 25 janvier. L’affaire des Rs 220 millions sera déballée devant la population. On peut bien en prévoir les retombées médiatiques et les images à la télévision.

Déjà, les convocations successives depuis le début de la semaine viseraient sans doute à préparer l’opinion publique sur le procès de blanchiment d’argent au tribunal de Curepipe.

Le calvaire de Ramgoolam ne prendra pas fin à Curepipe. Car par la suite, à partir du 28 février, c’est en cour intermédiaire que le leader rouge répondra d’une accusation de «conspiracy to do an unlawful act». Ce sera alors un véritable feuilleton juridico-politique qui sera servi à la population mauricienne car pas moins de CINQ jours seront consacrés à ce procès connu aussi comme l’affaire de Roches-Noires.

Cinq jours de procès avec comme témoin vedette Rakesh Gooljaury, ancien homme de confiance de Ramgoolam qui subitement après les élections est devenu selon la formule consacrée le «blue-eyed boy» du régime. Des dettes d’un demimilliard de roupies ont été effacées pour permettre à Gooljaury de rester à flot. À l’issue des cinq jours de procès, si Ramgoolam n’en sort pas endommagé, on dira que le miracle existe.

Si Ramgoolam est écorné, l’alternative Boolell pourrait être sortie du réfrigérateur et mise au four à microondes. Arvin Boolell, qui a connu de sérieux problèmes de santé récemment, réussira-t-il à surmonter la monstrueuse pesanteur des préjugés irrationnels qui persistent, bien que cachés à la surface, chez la principale composante de la clientèle travailliste qui est aussi une clientèle MSM migrant d’un camp à l’autre au gré des fortunes politiques des leaders ? Les Jugnauth seront ravis de voir le leadership rouge passer à Arvin Boolell. Cela ne dérangera pas non plus Paul Bérenger mais pour des raisons différentes.

Pour contourner le problème Boolell, il existe, du moins sur papier, une alternative encore : l’ancien président Kailash Purryag. Pour s’être donné l’air d’un notable alors qu’il était encore jeune, l’ancien président fait «vieux» et «lourd» par rapport à Navin Ramgoolam, bien que ce dernier soit plus âgé que lui de quelques mois. Mais Kailash Purryag disposerait, toujours sur le plan des courants sous-marins, de quelques atouts non négligeables, bien que manquant le charisme de Ramgoolam.

En politique, on ne peut jamais prévoir avec exactitude le cours des événements. Les démarches en vue de trouver une alternative à Ramgoolam pourraient connaître le même résultat que tous les débats engagés au MMM pour dessiner un avenir post-Bérenger. Le MMM sans Bérenger n’est plus le MMM, et cela, même les adversaires le concèdent. De même, si futurs alliés et adversaires de toujours souhaitent amoindrir Ramgoolam, c’est sûrement parce que sans son leadership, les travaillistes deviendraient quantité négligeable, faciles à combattre comme adversaires ou à contrôler comme alliés.

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