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Êtes-vous plutôt de ceux qui baillent devant le soap opéra politique de l’année 2016 ? Ou de ceux qui trépignent d’indignation? Et lancent des alertes au réveil.

S’il fallait observer la conjoncture côté zen, on peut se dire qu’en matière d’incertitude, Maurice joue en catégorie junior. Que les bouleversements qu’ont connus les grandes démocraties occidentales sont sans commune mesure avec les soap opéras de nos politiciens. Que nos spectacles médiatiques locaux ponctués d’alliances, de cassures et de transfuges, demeurent banalement routiniers. Cyniquement prévisibles. Que les politiciens qui se suivent sont plus soucieux de s’attribuer la paternité des projets qui marchent que de réinventer notre mode de développement. Et les exilés fiscaux que nous n’avons eu cesse de séduire ces dernières années ne s’y trompent pas. Maurice reste une valeur sûre.

Aussi nos investissements directs étrangers, constitués en majorité d’asiles en béton, tombent avec (presque) la régularité d’une horloge. Toujours au rendez-vous. Après tout, les investissements étrangers directs se chiffrent à 10,5 milliards de roupies en 2016, en hausse par rapport à 2015. Maurice brille alors que ses voisins africains s’enlisent. Pourquoi paniquer ?

 Pour autant, les valses de nos ministres, leurs allers-retours en cour de justice, leurs conflits larvés, commencent à réveiller les plus aguerris de la chose politique. Derrière la mise en scène tentent d’émerger des choix politiques, des idées, des plans qui, aussi ambitieux soient-ils, se dessinent avec du sable mouvant. Et des acteurs économiques qui tentent de s’en dépêtrer.

L’impact sur l’économie? Difficile à chiffrer tant il est vrai que l’incertitude n’est pas en soi un indicateur macro-économique. Pour y voir plus clair, des universitaires de l’Illinois aux États-Unis ont tenté de cerner l’impact des incertitudes au niveau des policy decisions. Ils ont conclu que les entreprises les plus pénalisées sont celles qui évoluent dans des secteurs les moins compétitifs. Pour elles, l’attentisme s’apparente à voir passer le dernier train. Plus tard, ce sera trop tard.

En seconde ligne arrivent les entreprises qui envisagent des investissements dits «peu réversibles». Il s’agit de projets lourds, d’entreprises qui ne peuvent pas plier bagage facilement. Ce sont des investissements qui, une fois consentis, placent les entreprises dans des situations de dépendance de la conjoncture locale. Nous parlons de projets d’infrastructures, de transport en commun, de fourniture électrique, d’énergies renouvelables. Celles là attendent que leur train arrive enfin en gare. Il arrivera certes, mais quand?

L’attente engendre de la nervosité. Surtout quand on compare notre spectacle à celui de nos tristes voisins sud-africains. Chicanes politiques, saturation du réseau électrique, chômage des diplômés et grogne des étudiants. En quatre ans de ce régime, l’Afrique du Sud a vu son industrie à genou faute d’électricité et de consensus social. Le pays a vu s’effeuiller l’estime des agences de notation, s’enfoncer sa cote de notation vers le junk, s’éroder sa monnaie et ralentir sa croissance à 0.6 %. Ouf !

Quatre ans, ça arrive vite. La réponse serait de mettre en place un fast track committee, avec un texte de loi à cet effet prévu pour mars prochain. Une initiative bien accueillie dans la communauté des affaires. Toutefois, si les membres du comité naviguent de plus en plus vite vers une destination de plus en plus inconnue, il est probable qu’ils nous donnent davantage de vertige que des médailles.

Ne serait-il pas temps de donner aux Mauriciens la stabilité dans les policy decisions qu’ils ont cru choisir dans les urnes?

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