L’Homme de l’année de l’express

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Je suis franchement interloqué, voire indigné, du choix de l’express pour son «Mauricien de l’année», en la personne de Lilian Eymeric, un Français, pour avoir réussi la traversée Maurice-La Réunion à la nage. Certes, c’est pour une bonne cause. Mais de grâce, ne m’y méprenez pas !

Je n’ai rien contre les Français, et encore moins contre Lilian Eymeric, dont l’épopée est digne d’un grand courage et la cause tout à fait honorable. Mais quitte à décevoir certains, je suis d’avis que le Mauricien de l’année devrait d’abord être… un Mauricien ! Il s’agit de récompenser un homme de chez nous, pour ce qu’il a accompli pendant une année.

Il ne me semble pas que l’objectif serait de récompenser un acte, quand bien même cet acte serait louable. Si Eymeric avait nagé pour gagner un million d’euros, aurait-il été choisi comme «Mauricien de l’année» ? Je ne le crois pas. Par conséquent, en le nommant, c’est UNE cause liée à UN exploit qui a été récompensé. Pas un homme, pour son rayonnement sur notre société. N’y aurait-il aucun Mauricien de souche digne de ce titre ? Il faudrait croire que le journal n’a pas cherché bien loin !

Harold Mayer de Love Bridge ? Madame la présidente de la République, qui représente si bien notre pays à travers le monde et, ce, avec intelligence, charme et dignité? Le cardinal Maurice Piat, rare Mauricien à avoir été choisi par le Pape François, pour être élevé au rang de cardinal ? Pas une mince affaire ! Le personnel soignant qui travaille sans relâche nuit et jour dans nos hôpitaux ? Les malheureux Chagossiens qui subissent, année après année, les frasques de la perfide Albion ? Et que sais-je !

Je trouve le choix de l’express ridicule, voire presque insultant vis-à-vis de tant de Mauriciens qui triment chaque jour pour d’aussi bonnes causes et qui ont été laissés dans l’ombre par des journalistes à la vue courte, avides qu’ils sont souvent de sensationnalisme plutôt que d’authenticité. On pourrait conclure que nul n’est prophète dans son pays.

Que c’est triste ! Suivez donc l’exemple ! Songez peut-être à apprendre à marcher ! 3 000 tours du Trou-aux-Cerfs ! Il se trouvera toujours une bonne raison pour donner un sens national à votre trotte !

Bonne année quand même.


Notre réponse

Monsieur Chasteau de Balyon a, bien sûr, droit à son opinion, ce qui contribue positivement au sain débat citoyen !

Nous pensons que ce qui nous sépare provient largement des perceptions différentes de ce que doivent être les critères de sélection du lauréat. M. Chasteau de Balyon pense que notre titre devrait être alloué exclusivement à «un Mauricien», pour ce qu’il a «accompli pendant une année» et que l’objectif n’est pas de récompenser un acte, mais le «rayonnement du nominé sur notre société». Il y a peutêtre, là, une formule pour un autre titre, mais il ne s’agit pas du nôtre, caractérisé par une certaine flexibilité, permettant à Jane Constance (2015) de s’aligner aux côtés de Maurice Paturau (1965) et à Ashok Subron (2010) d’aspirer au même titre que Bert Cunningham (2005) qui, d’ailleurs, en tant que Canadien, avait déjà désenclavé notre titre pour y inclure les Mauriciens «de coeur».

À l’express, nous ne souhaitons pas prôner cette notion un peu réductrice qui ramène le Mauricien à un passeport, un lieu de résidence ou a un lieu de naissance. Nous l’avons déjà dit : Lilian Eymeric est, avant tout, Mauricien de coeur. Cet élan d’ouverture, nous l’encourageons, dans cette terre d’immigrants qui est la nôtre et qui se doit d’être ouverte, au risque de s’étioler. Nous ne connaissons aucun autre Mauricien, Japonais ou Argentin qui a traversé Maurice-Réunion à la nage, pour soutenir ceux qui luttent pour de jeunes êtres fragiles, vulnérables comme tous les enfants, comme les nôtres, peu importe la couleur de leur passeport ou de leurs yeux. Eymeric et Cunningham ne sont pas Mauriciens de naissance, mais leurs efforts dessinent les Mauriciens que nous souhaiterions aussi être et nous font progresser et nous inspirent, comme pays et comme nation.

Encore heureux que nous ne soyons pas prisonniers de carcans trop rigides. Celui du magazine Time, par exemple, qui, basé sur l’«impact annuel d’un personnage sur l’actualité», l’aura mené à honorer Hitler (1938), Staline (1939), Khomeiny(1979) ou Trump (2016)...

Dix fois, depuis 1965, l’express s’est refusé de faire une sélection, mais notre choix rédactionnel, qui ne pourrait, par définition, rejoindre l’approbation de tous, identifie, de bonne foi et de manière potentiellement faillible, soit un collectif ou un individu, soit un parcours ou un exploit, soit une épiphanie ou une évidence, selon les cas.

Ce qui est sûr c’est que le Mauricien de l’année n’est pas une course, mais, de plus en plus, un instant d’émotion partagée…

La Rédaction

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