Rejet du système

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Une fois encore, les indécis constituent le plus gros réservoir d’électeurs (37 %), confirme le sondage Synthèses-LSL (à lire dans notre hors-série distribué dans l’express d’aujourd’hui). Outre le rejet massif du «deal papa-piti» (plus de sept sondés sur dix estiment que Pravind Jugnauth devrait passer par les urnes avant d’accéder au poste de Premier ministre), la faible capacité des partis politiques traditionnels d’attirer les indécis s’avère flagrante et, plus ou moins, constante, indépendamment du gouvernement en place. En 2014, selon un sondage LSLDCDM, réalisé entre les 15 et 31 octobre (soit avant le raz-de-marée de l’alliance Lepep face au bloc PTr-MMM), le taux d’indécis s’élevait à 39 %. Deux mois plus tard, les législatives 2014 ont démontré que l’usure du pouvoir était bel et bien réelle, mais que l’alternance Lepep n’était pas forcément une promesse de neuf.

Aujourd’hui, au vu et au su des désillusions des «Mam», exprimées çà et là, l’on est en droit de se demander si ce n’est pas le manque de volonté de réformer le système électoral actuel – comme attendu, le comité présidé par Xavier-Luc Duval n’a rien donné ! – qui explique la faible adhésion des Mauriciens aux partis actuels. Une réforme du système serait-elle synonyme d’encore plus de perte de vitesse pour nos partis ? La question demeure posée…

Indécision, saturation ou aversion ? Partant du sondage Synthèses-LSL et d’un sentiment passablement répandu à travers le pays, nos journalistes ont tâté, cette semaine, le pouls du public par rapport aux partis politiques. Le constat est sévère : en moins de deux ans, la désillusion du public, voire la désaffection, vis-à-vis de la victorieuse alliance Lepep est spectaculaire… Dans la rue, plus d’un soulignent le décalage entre le manifeste électoral de Lepep (qui contient de bien belles promesses) et son action gouvernementale (ponctuée de «scandales sur scandales» au lieu de «résultats lor résultats»…)

La passation de pouvoir programmée entre les Jugnauth, qui constitue une surprise de taille pour l’électorat, était, semble-t-il, un secret de Polichinelle parmi l’assemblage hétéroclite de l’alliance Lepep (bricolée à la va-vite pour chasser Ramgoolam du pouvoir en décembre 2014). Cette transition au sommet de l’État, dont la date reste mystérieuse, vient amplifier, ces jours-ci, la déception ou l’indignation du public. «Seul Dieu le sait», ironise sir Anerood Jugnauth quand les journalistes l’interrogent sur son «exit strategy».

Son bilan jusqu’ici comme PM est plus ou moins médiocre. L’économie n’a pas décollé malgré sa Vision 2030. La MBC est demeurée une boîte de propagande, probablement pire que sous Callikan. La réforme électorale semble être renvoyée aux calendes grecques, avec le retrait des bleus. Les débats sur les Chagos ont été (et seront encore) repoussés, grâce aux «delaying tactics» et autres «dirty tricks» des Britanniques. Acceptera-t-il de quitter la scène en laissant son fils et le MSM seuls face au triumvirat de l’opposition (Bérenger- Ramgoolam-Duval) ?

Mais le jeu de chaises musicales entre les mêmes semble avoir atteint ses limites. On a tendance, à tort, à croire que ce ras-le-bol exprimé ne se traduit pas forcément dans les votes puisqu’au final, les mêmes politiciens/partis politiques se retrouvent toujours au pouvoir ou dans l’opposition, à cause d’un système politique figé et taillé sur mesure pour certains. Le taux d’indécis constitue un démenti qui sonne comme une gifle de rappel aux partis traditionnels: les Mauriciens qui constituent les «dépôts fixes» sont minoritaires. Cette dynamique susceptible d’attirer les indécis – qui ne constituent toutefois pas un bloc homogène – pourrait amorcer cet ardent désir de changer d’acteurs près d’un demi-siècle après notre indépendance.

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