Sincère ou stratégique ?

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Qui aurait cru Xavier-Luc Duval capable de nous surprendre de cette manière ?
 
En claquant la porte du gouvernement, le leader bleu casse subitement l’image qu’il a donnée jusqu’ici : celle d’une personnalité plutôt nonchalante, préférant le consensus mou aux désaccords francs, un caméléon opportuniste qui n’hésite pas à critiquer ceux avec qui il a couché politiquement la veille, et un chef foncièrement attaché au pouvoir.
 
En témoigne son comportement de 2014, quand, de sa position de béquille à Ramgoolam – qui lui avait montré la porte de sortie, le forçant à se détacher d’un régime auquel il s’accrochait comme une moule à son rocher –, il tomba sans scrupule dans les bras du MSM pour conclure l’Alliance Lepep dont toute la campagne était basée sur le côté jouisseur du gouvernement précédent dont il avait fait partie. 
 
Ainsi donc, avec son inattendu move, ces repères s’envolent et cèdent la place à un Duval nouveau dont le coup politique est non négligeable. Peu importe nos opinions sur l’ex-nº2 du gouvernement, et en attendant que l’avenir nous dise s’il compte, comme bruissent les rumeurs, s’acoquiner à nouveau à son ancien allié Ramgoolam, pour l’heure, sa décision – stratégique ou pas – de quitter le bateau Lepep, sur une question de principe, lui donne une certaine crédibilité. Et la récolte des dividendes se situe à plusieurs niveaux : il pourra se flatter d’avoir été celui qui aura empêché un amendement constitutionnel en se joignant au camp des voix opposées à ce projet de loi, il consolide son leadership en démontrant une solidaire démission majoritairement collective (on attend toujours la décision de Marie Claire Monty), et il favorise une entente cordiale avec les autres partis de l’opposition, provoquant des félicitations de Ramgoolam qui trouve sa décision courageuse alors que Bérenger qualifie sa rencontre avec lui de bien agréable. 
 
Du coup, sa force numérique jouant en sa faveur, Duval s’installe dans le fauteuil du leader de l’opposition – un poste où il souffrira dorénavant d’une comparaison avec l’expérimenté Bérenger dont les PNQ ne passaient pas inaperçues – dans des conditions cordiales.
 
Ce qui lui a permis d’appeler déjà à une opposition unie. Ce faisant, et de par son statut de chef du principal parti d’opposition, le fils de sir Gaëtan Duval pourrait prétendre à prendre la tête des mouvements épars de l’opposition, d’autant que Bérenger et Ramgoolam ont aussi réclamé une unification des forces avec un objectif commun : empêcher que Pravind Jugnauth ne devienne Premier ministre après une passation des pouvoirs père-fils.
 
Avec Duval qui grossit les rangs des opposants, nul doute qu’une campagne de toutes ces voix réunies comme une seule, aura une influence conséquente et maintiendra une pression sur un gouvernement qui, après une série de scandales, se voit cette fois éclaté de l’intérieur par son propre partenaire, le privant d’un coup d’une dizaine de députés de la majorité.
 
Après seulement deux ans au pouvoir, et se retrouvant par choix dans une posture singulière qui le fait basculer de nº 2 à leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval a-t-il quitté le gouvernement pour mieux avancer ses pions sur un échiquier politique défavorable à l’Alliance Lepep ces derniers temps ?
 
Faut-il prêter foi à ces supposées tractations (qu’il a démenti vendredi dernier) entre lui et Ramgoolam ? Des rumeurs qui ne datent pas d’aujourd’hui, comme le prouve un article de l’express de juillet dernier qui évoquait déjà la possibilité d’un deal PTr-PMSD avec Ramgoolam devenant un super conseiller à la Lee Kwan Yu alors qu’Arvind Boolell dirigerait le pays, assisté de Xavier-Luc Duval comme vice-Premier ministre. Mais ce synopsis aurait, semble-t-il, connu des changements depuis.
 
D’autres bruits de couloir font accroire, depuis la démission des Bleus, que les plans ont été revus et que cette fois, ce serait un accord façon PTr-MMM qui aurait été envisagé avec le scénario suivant lors des prochaines élections : Ramgoolam au Réduit et Duval qui, après son passage comme leader de l’opposition, aurait la légitimité de se présenter au poste de Premier ministre. Alors, sincère ou stratégique le départ du PMSD de l’Alliance Lepep ? Pour l’heure, une chose est sûre, Duval aura réussi à nous surprendre.

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