Un manteau magique contre le Triumvirat

Avec le soutien de

Avec le retrait surprise des 11 députés du PMSD, la majorité gouvernementale semble compromise. Elle n’a plus sa tranquille majorité de trois quarts (52 députés, avec le soutien rodriguais). Elle est réduite, comme une peau de chagrin, à 41 députés, en comptant encore sur l’OPR. D’ailleurs l’alliance Lepep, qu’on nous avait vendue, ce n’est plus le MSM et le ML : soit sir Anerood, au milieu, Ivan d’un côté et Pravind de l’autre. C’est une autre paire de manches, on est tous d’accord. La dynamique a déjà basculé et provoque même ses premières secousses internes.

Ivan Collendavelloo, trop pressé de passer de n°4 au n°2, a froissé et la Speaker et Showkutally Soodhun. Il faut le faire ! Alors qu’il jouait dans le temps le pont entre le MSM et le PMSD, il a lui-même besoin aujourd’hui de quelqu’un pour rafistoler les tiraillements entre les divers membres des deux partis au pouvoir, tous alléchés par l’odeur du maroquin ministériel, et ne voulant pas trop céder le terrain au petit poucet politique qu’est le ML – qui vivote sous la barre d’un point, selon des sondeurs. Soodhun et son clan ne vont pas lui rendre la vie douce… quand il va assurer l’intérim. Pour une simple histoire de banderole, rappelons-le, le MSM s’était regroupé pour dénoncer Duval…

Certains députés qui pensaient rejoindre l’opposition, soi-disant sur une «question de principes» – l’on se demande quels sont, du reste, ces «principes» au nom desquels on consent à tant de sacrifices politiques, quitte à engager toute sa famille ! – vont patiemment attendre le remaniement ministériel de sir Anerood Jugnauth. C’est le chef suprême et il a toutes les cartes en main. S’ils deviennent ministres, ils restent. S’ils ne sont pas ministres, ils claquent la porte… Ce n’est pas sorcier, nos politiciens.

Acculé, et se sentant trahi par Duval, le vieux routier qu’est SAJ est conscient qu’il a désormais en face de lui et de son fils, et de leur clan, une armée féroce – composée d’un triumvirat de choc – qui donne à l’opposition une dimension non négligeable. Il réalise la force combinée du MMM, du PTr et du PMSD face au MSM qui est sur la pente descendante (même si, avec un taux de 24,4 %, le MSM, qui devance les rouges de plus de 9 points, voir tableau ci-dessous) caracole toujours en tête grâce au poids personnel de SAJ et de ce qu’il incarne. À son âge, il va sans doute mener la plus féroce et la dernière bataille de sa vie. L’enjeu est grand et personnel : il s’agit de l’avenir du MSM et de celui de son fils.

Pour survivre et régner politiquement, SAJ ne pourra plus passer la main à présent. Le moment est crucial. Son gouvernement est plus instable que jamais. Son expérience des crises précédentes – l’alliance Lepep traverse sa crise la plus profonde après seulement deux ans au pouvoir – va lui être utile pour contrecarrer les stratégies d’avancement, collectivement ou séparément, de Bérenger, Ramgoolam et Duval. Tous veulent sa place. Alors, il doit pouvoir déjouer les pièges tendus par ce triumvirat.

Dans le même souffle, il doit lutter contre toutes forces centrifuges et contenir tout risque d’éclatement de son gouvernement, en consolidant ses rapports avec le ML (7 députés), quitte à fermer les yeux sur les sommeils prolongés de son n°2, et rassurer l’OPR (2 députés). Sans eux, le MSM ne pourra pas gouverner. Point barre. Les jeunes ambitieux du MSM se doivent de comprendre cela, lâchera SAJ à son état-major.

Dans une deuxième étape, ou parallèlement (comme cela se passe en ce moment), il lui faut casser la dynamique de l’opposition qui grossit. Il oubliera la clause antitransfugiste et ne va pas lésiner sur les moyens en faisant miroiter les postes libérés à des députés sur le quai comme Ganoo ou Joomaye ou tout autre (comme Fowdar) qui aspirent à autre chose qu’un simple siège de député. Dans le passé, cela a bien marché, non ? Pourquoi cela ne marchera-t-il pas de nos jours ? se demandera-t-il avec son brin de réalisme.

Et puis, il doit se rapprocher de la population, en évitant les colères en direct ou les gros mots qui vont faire fuir les enfants… En d’autres mots, cela relève de la magie : si SAJ arrive à enfiler le manteau du Père Noël et à retourner, en 2017, la situation en sa faveur… Rien n’est impossible en politique.

Enfin, il nous faut réaliser, comme me le faisait remarquer un internaute hier matin, on parle de la salade mauricienne, non ? Les Jugnauth, Ramgoolam, Bérenger et Duval, c’est avant tout une génération politique qui se connaît très bien. Ils sont des amis, mais en même temps il n’y a pas d’amis en politique. Ils n’ont que des intérêts. Et le peuple bon enfant continue d’applaudir de plus belle… Voilà où nous en sommes.

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