L’opportuniste

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Quand il y a de multiples intérêts en jeu, l’un d’eux peut corrompre la motivation à agir sur les autres, y compris sur le bien commun. L’on se souvient, sur le plan juridique, que la notion de conflit d’intérêts est nichée au cœur de l’affaire MedPoint et, partant, de la condamnation de Pravind Jugnauth sous la PoCA. Sur le plan politique également, le conflit d’intérêts se retrouve au cœur de bien des dilemmes et des non-dits.

C’est dans cette optique, et dans une ère «post-Truth», que la première conférence de presse du nouveau leader de l’opposition, prévue cet après-midi, est attendue. Réservez vos places : on verra un équilibriste de carrière à l’œuvre. Et, en plus, il a promis de «tout» dire sur sa rupture du gouvernement auquel il était lié, sous serment, jusqu’à lundi dernier. Mais pourra-t-il vraiment «tout» dire ?

Pourtant, au nom de cette démocratie que l’on veut sauvegarder, il y a pas mal de dossiers pour faire feu de tout bois : la réforme électorale qui reste figée, l’enquête bâclée sur Betamax qui nous coûte des milliards, le démantèlement de l’empire BAI à la suite de l’absence de contrôle de la Financial Services Commission (qui tombait alors sous lui, comme ministre des Finances de Ramgoolam), la nomination de Prakash Maunthrooa au board d’Air Mauritius, le scandale Dufry/Frydu, l’amateurisme avec lequel le dossier Nandanee Soornack a été monté, la révocation brutale de Megh Pillay, le laborieux procès Boskalis, etc. Sous le règne de Ramgoolam également, il y a de nombreuses casseroles qu’il avait évoquées (il n’y a qu’à réécouter les meetings de Duval avant les élections de décembre 2014)…

…Mais il faudra s’attendre à un leader de l’opposition mou, timoré, cherchant comme d’habitude un consensus là où il pourra. Il ne peut faire grand-chose car il est tellement empêtré dans les affaires gouvernementales depuis 2005 qu’il pourra difficilement s’en sortir sans y laisser des plumes; un leader de l’opposition doit pouvoir prouver qu’il a les mains et la parole libres. Sinon ce sera une opposition loyale, peut être pas loyale aux Jugnauth dans le présent contexte, mais loyale à un système dynastique qui n’a que trop duré et auquel il appartient…

Ce qui est prévisible c’est qu’il change de stratégie de communication et de ton (surtout vis-à-vis de la presse libre). Il s’efforcera de conforter, dans leur opinion, les bien-pensants qui estiment qu’il a agi en bon démocrate en abandonnant le navire Lepep, sacrifiant courageusement son équipage pour bloquer la Prosecution Commission. Mais si celle-ci n’était qu’un prétexte pour Duval – lui qui voyait son rôle diminuer avec l’ascension en force de Jugnauth Jr ?

Et si Xavier-Luc Duval s’est emancipé pour mieux poursuivre ses intérêts personnels et pour la survie politique du «brand Duval» qui, avec ses 5-6 %, ne peut qu’exister qu’à l’ombre des partis nationaux ? Ceux qui ont suivi son parcours parlent surtout d’opportunisme – au lieu de «sauveur de la démocratie» – pour qualifier ses zigzags politiques. Vers le milieu des années 80, ne l’oublions pas, il s’est hissé sur les épaules de son illustre père, avant de le renier par la suite…

En 2014, le profond désaccord entre le leader du PTr et le leader du PMSD n’était pas lié, contrairement à la croyance populaire, au «koz kozé entre Paul et Navin», mais au seuil d’éligibilité pour l’attribution des sièges selon la proportionnelle (eh oui, encore une fois, la réforme électorale !) Ramgoolam voulait un seuil de 10 % mais Duval, qui ne voulait pas voir disparaître son parti de l’échiquier, insistait pour un seuil de 5 % et ce, au nom de la «démocratie» – qui définitivement a bon dos !

Quand Duval annonce sa démission du gouvernement PTr-PMSD, en juin 2014, après pratiquement 15 ans de concubinage avec Navin Ramgoolam, il n’en pouvait plus : la couleuvre Michael Sik Yuen, que Ramgoolam avait prestement accueillie, était trop grosse pour qu’il puisse l’engloutir en entier. Il s’en va, alors à Riverwalk, pour trouver une entente avec Paul Bérenger dans l’opposition. En vain. Deux ans plus tard, il emprunte le même chemin et suit la même démarche pour une opposition unie.

Mais cette opposition est tout sauf unie. On l’a vu, mercredi, au Parlement : le walk-out des députés travaillistes n’a pas été suivi par le reste de l’opposition. Il est clair que les partis de l’opposition cultivent des intérêts divergents.

Le conflit d’intérêts, qu’on évoquait plus haut, se retrouve dans l’opposition aujourd’hui. Si Navin Ramgoolam a chaudement applaudi Xavier-Luc Duval, Paul Bérenger, même s’il adopte un ton conciliant, est, lui, conscient que toute remontée du MMM ne peut se faire qu’aux dépens du PMSD – et plus les Bleus se discréditent, mieux c’est pour les Mauves…

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