Le soleil se lèvera-t-il sans le coq ?

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Xavier Duval, réputé pour son échine relativement souple, a-t-il entendu l’appel du tocsin ? Qui alertait que le pays s’enlise dans une «dictature constitutionnelle». Cette notion, mise en avant par beaucoup de nos acteurs de la société civile, on l’évoquait hier en éditorial. Elle se décline par ce besoin de retoucher, dans l’urgence, la Constitution (grâce au pouvoir obtenu lors du raz-de-marée de décembre 2014) pour enrayer le principe d’alternance politique. Ce, afin de régner totalement, au lieu de gouverner dans le dialogue, dans la sérénité mais, plus important, dans le respect de la démocratie.

Si la gouvernance, un moyen d’atteindre un objectif de progrès, de développement, de prospérité, etc. est noble, le règne, lui, qui fait du pouvoir une fin en soi, est vil. Le PMSD veut gouverner, pas régner, nous dit-on.

Le leader du PMSD, dont le fils rêve de le voir devenir, un jour, Premier ministre (un ‘piti-papa’ agenda au lieu d’un ‘papa-piti’ deal !) est-il un opportuniste qui sait que le terrain glisse rapidement sous l’alliance après seulement deux ans au pouvoir ? Ou est-il les deux en même temps : c’est-à-dire démocrate et opportuniste ? Ce qui ne relève pas de l’impossible quand on s’appelle Duval.

Même si le comité présidentiel sur le projet de loi permettant la création d’une Prosecution Commission (qu’il a présidé, bien qu’il ne soit pas légiste), même s’il a fait partie du dernier Conseil des ministres qui a approuvé le projet de loi, Xavier Duval claque la porte, à la manière d’un Brexit mauricien. Et il va nous expliquer pourquoi, pas maintenant, mais «bientôt».

Bon gré, mal gré, grâce à Xavier Duval, la majorité pour amender, dans une approche quasi-dictatoriale, la Constitution, pour faire place à la nébuleuse Prosecution Commission, est réduite, rendant ainsi l’amendement constitutionnel impossible. Une bonne chose pour notre pays, en ces temps où il fait beau..Skalis !

Le PMSD, qui a tété les seins du pouvoir sous Ramgoolam et sous Lepep, se range du coup dans le camp des démocrates qui appellent, avec raison, un large débat sur le besoin et sur la manière dont le DPP se doit d’être plus «accountable». C’est un débat constitutionnel et politique majeur. Cela ne doit pas être ad hominem, visant la personne de Satyajit Boolell, coûte que coûte !

Le pouvoir s’affronte sur les frontières séparant le DPP (perçu, à tort, comme étant proche du Parti travailliste) et l’Attorney General (un MSM). On nous dit que l’appel du DPP dans l’affaire MedPoint ou la poursuite du procès de la scandaleuse affaire Boskalis ne sont pas concernés par le désir d’une rétroactivité de 36 mois. Faut-il croire nos politiciens ces temps-ci ? Je pense que non.

Quelque temps de cela, sous les cloches du Vatican, les caméras étaient braquées davantage sur le leader du MSM que sur celui qui aime briller : Xavier Duval. Ce dernier s’est-il senti mis dans l’ombre, sous l’éteignoir ? En a-t-il pris ombrage ?

* * *

Pour atteindre 52 députés (majorité de trois-quarts), l’alliance Lepep sait qu’elle ne peut pas croire au Père Noël. C’est irréel ! Le paysage politique est en décomposition. Cela va prendre un peu de temps pour comprendre le nouveau rapport de forces au Parlement. Est-ce qu’un Xavier Duval a l’envergure d’un Paul Bérenger comme leader de l’opposition ?

Sur le plan politique, tant qu’il ne nous aura pas dit toute la vérité sur la vraie raison de la rupture du PMSD avec Lepep, on ne pourra que douter des propos démocratiques que le PMSD martèle pour expliquer pourquoi il est contre la Prosecution Commission, en particulier contre l’intrigante clause de rétroactivité.

D’aucuns estiment que c’est pour protéger le PTr, son prochain (ex) allié sur qui les bleus compteraient pour jouir, à nouveau, du pouvoir. Si la loi passe, et que Ramgoolam y laisse des plumes, le PTr se verrait diminué et le PMSD ne pourrait pas compter sur son rival le MMM pour contracter une alliance de poids.

Le MSM, avec 39 députés, flanqué d’un ML inexistant politiquement, marche sur des braises. L’été est chaud et la chaleur va s’amplifier. L’opposition unie constitue, aujourd’hui plus que jamais, une force qu’on ne peut pas minimiser. Mais pour cela, il faudrait que Bérenger, Ramgoolam et Duval arrivent à accorder leurs violons…

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