Manière de voir: Donald Trump and the tin-pot dictator

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La lutte que mène sir Anerood Jugnauth pour récupérer la souveraineté de Maurice sur les Chagos est semée d’embûches. D’autant plus que la France ne peut soutenir Maurice en raison de ses intérêts à Tromelin et à Mayotte. Et que l’Inde s’est rapprochée des Américains avec davantage de coopération au niveau militaire. Sans compter la réaction de Donald Trump s’il apprend que le dirigeant d’une petite république menace la plus importante base aéronavale américaine à l’étranger.

Récupérer l’archipel des Chagos relève d’un devoir sacré, ne cesse d’affirmer le Premier ministre dont on ne peut qu’admirer le courage alors qu’il lui aurait été très facile de vivre des moments plus calmes avant une retraite dorée. La démarche de sir Anerood Jugnauth visant à ameuter la communauté internationale pour qu’elle soutienne la position mauricienne ne pourrait être que saluée tout bas. Ainsi, profitant de sa présence au Sommet de la Francophonie, à Madagascar, il a rencontré les dirigeants des pays de l’océan Indien mais aussi de la Serbie et du Vietnam afin de s’assurer de leur soutien.

Sir Anerood a sans doute pris la mesure de la complexité diplomatique de cette question de revendication de souveraineté, ce qui explique qu’il n’a pas rencontré le président français François Hollande. Comme un vrai gentleman, sir Anerood a évité de mettre ce dernier dans un profond embarras. En effet, comment le dirigeant français aurait pu soutenir la revendication de la souveraineté de Maurice sur les Chagos tout en ne restituant pas Tromelin à Maurice ? Suivant le même principe, la France devrait restituer Mayotte aux Comoriens.

On sent chez sir Anerood la détermination de réaliser un coup majeur qui marquera l’histoire du pays pour des siècles à venir. La méthodologie qu’il a conçue pour assurer la libération finale des Chagos pourrait toutefois surprendre le naïf. Par exemple, on ne comprend toujours pas comment il n’a pas insisté pour rencontrer Theresa May, Premier ministre britannique, lors de ses déplacements en Europe et aux États-Unis ?

Sir Anerood n’a pas non plus insisté pour discuter de la question avec le président Barack Obama, pourtant un homme très ouvert, positif et progressiste même, qui avait pris l’engagement de fermer la base de Guantanamo et qui a nettement amélioré les relations des États-Unis avec l’Iran et Cuba. Finalement, notre Premier ministre a rencontré Boris Johnson, le chef de la diplomatie britannique qui l’a impressionné par ses talents de comédien et qui lui a donné l’espoir d’une solution équitable.

Toujours par rapport à sa démarche aux Nations unies, il est toujours difficile de comprendre pourquoi le Premier ministre s’est prouvé si conciliant et si gentleman en fixant à juillet 2017 l’échéance pour que les Britanniques parviennent à un accord. Sir Anerood savait que le bail portant sur Diego Garcia devait être renouvelé pour 20 ans en décembre 2016. Il a donc donné l’occasion aux Britanniques de renouveler le bail sans que ne plane sur eux l’ombre d’une action diplomatique et légale. Et les perfides Britanniques se sont empressés de sceller l’accord avec les Américains en novembre même.

Actes de rétorsion

Comme Mahatma Gandhi qui combinait sagesse, flexibilité et fermeté dans sa lutte contre les Britanniques, sir Anerood fait preuve du même état d’esprit en gérant le dossier Chagos. Ainsi, il n’a pas hésité une seconde, pour préserver la dignité de la nation mauricienne, à botter hors de son bureau deux officiels représentant les États-Unis et la Grande-Bretagne. Ils avaient osé adopter une attitude d’esclavagiste envers lui.

La lutte que mène sir Anerood est semée d’embûches. Il ne peut pas compter sur nos amis traditionnels. La France en raison de ses intérêts à Tromelin et à Mayotte ne peut soutenir Maurice contre le tandem anglosaxon. On constate aussi que notre allié indien s’est lui aussi rapproché des Américains avec davantage de coopération au niveau militaire. La base de Diego Garcia ne dérange plus les Indiens qui partagent avec les Américains les mêmes soucis face au problème de terrorisme et de l’expansion globale de la Chine. Toutefois, si les grands pays évitent de se mêler du conflit entre Maurice et la GrandeBretagne, il est fort possible que par le biais d’un lobbying intense de sir Anerood auprès des pays du tiers-monde, nous devrons facilement rallier une majorité des pays du monde.

Il est à craindre néanmoins que quel que soit l’aboutissement de l’action diplomatique internationale de sir Anerood, Maurice s’expose vraiment à des actes de rétorsion de la part de la Grande-Bretagne et des États-Unis. En effet, la capacité d’une grande nation de fer dominer avec une petite île comme Maurice est vraiment immense. Même un pays ami comme l’Inde a souvent donné des coups de semonce au «little India beyond the seas».

On raconte que suivant la décision de Maurice de suspendre les vols aériens vers l’Inde à la suite de l’éclatement d’une épidémie de peste bubonique, la reprise des connexions aériennes fut marquée par un incident bien cocasse inconnu du grand public. Le premier avion qui partit pour l’Inde avait dû rester en vol pendant un bon bout de temps avant d’obtenir l’autorisation de la tour de contrôle pour pouvoir atterrir. Le pilote avait même lancé un appel de détresse disant qu’il allait connaître une panne de carburant.

La Grande-Bretagne a déjà fait allusion à la question de commerce en demandant à Maurice de ne pas prendre des initiatives aux Nations unies. Les Britanniques pourraient nous faire de petites tracasseries comme la tour de contrôle de l’Inde ou même nous infliger de graves sanctions comme le rétablissement du visa d’entrée sur son territoire.

Quant aux États-Unis, maintenant dirigés par l’ogre Donald Trump, il n’est pas difficile d’imaginer sa réaction si ses conseillers lui racontent que le tin-pot dictator d’une petite république bananière menace la plus importante base aéronavale américaine à l’étranger.

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