Bouré Mam

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La mort, dans la nuit de vendredi à La Havane, de Fidel Castro (1926-2016), héros révolutionnaire ou dictateur assoiffé de pouvoir (47 ans de règne incontesté sur Cuba), bref, ange ou démon, la dernière figure planétaire du communisme, souligne, pour nous, à double traits rouges, le basculement idéologique et historique qui opère dans notre monde en décomposition recomposition ; de Castro à Trump, c’est sauter d’un extrême à un autre. Une vaste question de visions et de perspectives.

L’icône politique excellait en mots/discours-fleuves, et en images – la communication, qui demeure le principal socle de la propagande communiste en particulier et du discours politique en général. L’information est quelque chose d’autre. Elle repose sur des faits observés, vérifiés et vérifiables ; la communication, elle, fait appel à l’émotion.

Notre époque, un peu plus que les autres, se voit victime de la puissance des mots et de la communication et des autoroutes des réseaux sociaux qui réseautent le monde. À cette aune du temps, le terme international qui a marqué cette année, selon le dictionnaire Oxford, est… «Post-Truth» (littéralement «post-vérité»).

Les éditeurs d’Oxford pensent que «PostTruth», tel qu’analysé dans les différents contextes de son usage, est comme «un adjectif relatif à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour diriger l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles». D’autres linguistes et dictionnaires ont choisi, comme mot de l’année, «Brexit» et se sont aussi attardés sur un néologisme, le «Trumpisme» («les politiques défendues par le politicien Trump, impliquant notamment un rejet de l’establishment politique, la défense vigoureuse des intérêts nationaux» ou encore comme «une déclaration controversée ou choquante attribuée à Donald Trump»). L’an dernier, Oxford avait choisi un «emoji» comme mot de l’année.

Si on devait faire la synthèse des analyses exprimées ici et ailleurs, le référendum britannique et la récente présidentielle américaine sont, outre les enjeux sécuritaires, et dans une large mesure, dus au mécontentement public et au problème des inégalités causées par la gouvernance. Le monde en transition encourage un certain besoin de se replier sur soi pour beaucoup dans l’Occident, au lieu de s’ouvrir aux autres et à leurs problèmes.

Justement, le mécontentement public – comme celui qu’on a vu jeudi soir à Plaine-Verte – est mis sous l’éteignoir par le gouvernement, la MBC et les suiveurs du pouvoir. Si Soodhun minimise la colère exprimée et tente de l’attribuer aux seuls marchands ambulants qui en voulaient «uniquement» au bouc émissaire Anwar Husnoo, son leader, the Prime-Minister-in-Waiting, lui, met carrément les médias libres et indépendants au défi. «Venez prouver qu’il y avait des incidents. Tout s’est bien déroulé.»

C’est facile de venir affirmer cela après être parti en désordre, dans la voiture de Soodhun, sous le prétexte bidon qu’ils allaient dîner ensemble, dans une seule et même voiture. Si tel est vrai, pourquoi alors, pour réduire la dette publique, ne pas encourager le covoiturage entre ministres au lieu de dépenser tout notre argent sur les berlines que nous finançons pour vous et que vous renouvelez sans hésitation aucune ?!!!

Nous avions quatre journalistes à la sortie de la réunion du MSM jeudi soir à Plaine-Verte. Deux journalistes de carrière, Jean-Denis Permal et Ruth Rajaysur, ainsi que notre journaliste reporter d’images Atish Nagawah et notre photographe Krishna Pather. Ils ont vu, pris des notes et capturé les images – que vous pouvez chers lecteurs (re)visionner sur lexpress.mu

Selon nous recoupements, voici ce qui s’est passé, n’en déplaise à nos ministres. Prévenus qu’il y avait une foule en colère qui les attendait à l’extérieur : Jugnauth Jr et Soodhun sont partis à la hâte, encadrés de leurs nombreux gardes du corps, le pas pressé, le visage fermé. Le choc se lit sur leurs visages apeurés. Ils ont vite démarré sans penser saluer qui ce soit…

Ils ont vu l’ire du peuple. Ils le savent. Mais ils persistent à le nier. Ils tentent de limiter la colère au niveau des marchands ambulants. C’est leur choix. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé.

Notre conclusion : si celui qui veut être notre Premier ministre a peur d’affronter une petite foule en colère qui voulait lui parler, comment peut-il prétendre diriger ce pays ? Mais le pire, selon nos valeurs de leadership, c’est que Showkutally Soodhun et lui ont laissé, en temps d’adversité, Roubina Jadoo (dont l’époux est venu à sa rescousse) et Anwar Husnoo, seuls contre tous, en arrière… They were left behind!

Quel exemple de leadership ? Et de rhétorique : «tou ti korek. Média sa…»

De Viré Mam, assiste-t-on au début du Bouré Mam ? ‘Menteur menteur’ nous le dira bientôt…

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