Voyage, voyage: Desireless revisited

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Quinze parlementaires du MSM en Chine à l’invitation du Parti communiste chinois, sept ministres à Rome, pour assister à la cérémonie d’élévation de Mgr Maurice Piat au rang de Cardinal, sir Anerood Jugnauth en Inde pour des consultations avec des astrologues et des spécialistes de relooking vestimentaire et capillaire, entre autres… Depuis décembre 2014, Maurice a battu tous les records de voyages de VIP à l’étranger.

Quel objectif vise-t-on à l’hôtel du gouvernement en alimentant une vaste controverse autour des voyages de la présidente Ameenah Gurib-Fakim et certaines de ses initiatives, dont la participation du château du Réduit à une semaine pakistanaise, annoncée tambour battant ?

Cette campagne anti-Gurib Fakim pourrait viser plusieurs objectifs allant du plus simple au plus tordu. Le plus simple, c’est tenter de détourner les effets de la vive colère exprimée par des Mauriciens par rapport au scandale des voyages ministériels à l’étranger. Le plus tordu, c’est préparer le terrain pour la nomination d’un autre président.

Voyage, voyage, cette chanson de Desireless semble vouloir bien inspirer les ministres, les conseillers, les Chairmen et directeurs des corps paraétatiques, de même que les hauts fonctionnaires depuis que le gouvernement a donné le feu vert pour des missions tous azimuts à l’étranger. Lequel signal a été amplement confirmé quand on a rehaussé le per diem à Rs 36 000 par jour. Ce qui fait que depuis décembre 2014, Maurice a battu tous les records de voyages de VIP à l’étranger. Ainsi, pas moins de sept ministres se sont rendus à Rome pour assister à la cérémonie de création de Mgr Maurice Piat comme Cardinal.

Avant cette mobilisation ministérielle record vers le Vatican, on a assisté à une visite entreprise par pas moins de 15 parlementaires du MSM en Chine, à l’invitation du Parti communiste chinois. Il est vrai qu’une bonne partie des dépenses a été encourue par les hôtes mais cela n’a pas empêché certains Mauriciens à réagir négativement à une telle parade de têtes orange dans le paysage chinois. Le chef de la délégation, Pravind Jugnauth, a participé à certaines activités officielles lors de ce déplacement en Chine, ce qui le place automatiquement dans la classe de voyageurs pouvant bénéficier de la fameuse manne tombée du ciel qu’on appelle per diem.

Si la délégation en Chine a impressionné par le nombre de voyageurs, sir Anerood Jugnauth, à lui seul, est bien parti pour établir certains records. Son dernier voyage en Inde, même en faisant abstraction d’utiles consultations avec des astrologues et des spécialistes de relooking vestimentaire et capillaire, laisse quand même des doutes sur le côté officiel de sa présence. Ainsi, il inaugure un centre ayurvédique à Goa, cérémonie qui n’a pas intéressé le chef ministre de cet État. Il n’y a point eu de rencontre entre ce dernier et notre Premier ministre. De même, sir Anerood a assisté à un dîner dans l’État du Maharastra, dîner qui n’a pas vu la participation du chef ministre de cet État.

En principe, il était du devoir des chefs ministres de Goa et du Maharastra de rencontrer le Premier ministre d ’un pays ami aussi important que Maurice. Ce ne serait nullement flatteur pour le PM et pour le pays aussi si de tels responsables indiens nous prennent pour quantité négligeable. Il est fort probable que la multiplication et la banalisation de voyages en Inde ont fini par entamer notre crédibilité dans les milieux sophistiqués de ce pays. On fait d’ailleurs allusion à un film de Bollywood qui porte le titre de «Atithi tum kab ghar jaoge ?». Ce qui se traduit par «cher invité, quand rentrez-vous chez vous ?»

Dans la conjoncture actuelle, une démission de sir Anerood comme député est à écarter. Il restera député car l’alliance Lepep ne survivrait pas à un nouvel épisode Rajesh Jeetah dans le n°7. Il est à prévoir qu’après son retrait des fonctions de Premier ministre, sir Anerood se voit confier de nouvelles responsabilités du genre de Senior Minister, puis Minister Mentor, comme dans le cas de Lee Kuan Yew à Singapour. Lee Kuan Yew se retira après avoir occupé le poste de Premier ministre pendant des décennies. De 2004 à 2011, il servit de Minister Mentor à son propre fils, Lee Hsien Loong . P u i s q u e le modèle singapourien sera é v o q u é d a n s l e cadre de la succession à Maurice, il serait utile de préciser qu’il n’y a pas eu de succession papa-piti dans cette î l e m a i s que c’est Goh Chok Tong qui succéda à Lee Kuan Yew et que le fils ne devint Premier ministre que 14 ans après.

Mais comment gérer la présence physique de l’ancien Premier ministre dans l’hémicycle ? Une fois Pravind Jugnauth installé comme Premier ministre, la présence même de sir Anerood dans l’hémicycle risque d’être vue comme un «joke», ce qui pourrait entraver la bonne marche des travaux parlementaires. Pour cette raison, sir Anerood s’arrangerait pour être le moins présent possible dans la Chambre. Quelle meilleure solution à ce problème, sinon lui confier des responsabilités internationales et le déléguer à maints colloques, conférences, séminaires et autres workshops tout le long de l’année ? Chaque jour de l’année, quelque part dans le monde, se tient une conférence internationale. Si sir Anerood a pu participer à une cérémonie organisée par une école en Inde ou inaugurer une petite clinique, il trouvera suffisamment de temps pour entreprendre diverses activités en tant que Senior Minister ou Minister Mentor. D’ailleurs les voyages sont bénéfiques à l’état de santé de sir Anerood. Il rentre toujours rafraîchi et rajeuni de ses périples à l’étranger.

Le seul obstacle sur la voie de ce rebranding international de sir Anerood s’appelle Ameenah Gurib-Fakim. Elle aussi aime participer activement à des conférences et des workshops, elle aussi part constamment à la découverte de nouveaux horizons. À l’ère des médias sociaux, surtout avec la prépondérance de Facebook dans la société mauricienne, l’opinion publique se révolterait contre cette exploration frénétique de la planète par deux VIPs mauriciennes.

Pourquoi cette controverse sur les voyages de la présidente ? On lui demande de diminuer la fréquence de ses voyages. L’objectif tordu, c’est qu’outrée par les coups bas, elle soumette sa démission. On installera alors un locataire type Karl Offman au Réduit, qui évitera de s’engager dans une compétition de voyages avec le Senior Minister, qui deviendra la face internationale du pays. Étrange coïncidence, Vishnu Lutchmeenaraidoo s’est fait tout petit, devenant de ce fait le chef de diplomatie le plus profil bas du monde.

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