Les «dirty tricks» de Londres…

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Le combat pour retrouver notre souveraineté sur les Chagos est encore loin d’être gagné. Au lieu de progresser, à la suite des récents efforts de notre PM à New York (septembre), nous avons, en fait, reculé face à la perfidie de Londres – qui ne songe qu’à faire capoter notre projet de résolution onusienne pour recourir à un arbitrage international et indépendant sur l’épineuse double question de décolonisation et de souveraineté.

Le comité parlementaire sur les Chagos, qui s’est réuni hier, a compris – sur le tard – les «delaying tactics» des Britanniques. Il n’y a qu’à voir comment Londres nous traite pour réaliser cela. Primo, il faut lire ou relire la déclaration de la baronne Anelay of St Johns, du Foreign and Commonwealth Office (disponible sur lexpress.mu), faite le 16 novembre, qui interdit tout retour sur l’archipel et qui confirme l’extension du bail avec les États-Unis jusqu’en 2036 – alors même que sir Anerood Jugnauth avait (naïvement) consenti, à la suite d’une rencontre avec Boris Johnson (et non pas, conformément à son souhait, avec Theresa May), à accorder un délai supplémentaire, jusqu’à fin juin 2017, aux Britanniques afin de trouver un accord bilatéral «par rapport à la souveraineté de Maurice sur l’archipel». Il nous faut aussi comprendre les négociations, derrière notre dos et sur notre sol, entre l’ambassadeur Jonathan Drew et Olivier Bancoult, qui portent sur un «package» vénal de £ 40 millions aux Chagossiens. Et finalement, il nous faut réaliser que Theresa May n’est pas David Cameron, tout comme Donald Trump est à l’opposé de Barack Obama sur le plan sécuritaire. C’est, sans doute, pour cela que les fonctionnaires de Londres, qui ont rencontré les fonctionnaires locaux, le 9 novembre, ont insisté sur le terme «sovereignty umbrella» – en souvenir du litige autour des «Falklands/Malvinas Islands» entre l’Argentine et la Grande-Bretagne en date de 1982 – qui signifie, en d’autres termes, «parlons de tout, sauf de la souveraineté». Ce qui a pris de court Port-Louis.

***

Le litige sur les Chagos est une réalité dont la complexité pourrait nous échapper si on ne s’attarde pas suffisamment aux faits historiques (donc chronologiques) entourant l’excision de l’archipel du territoire mauricien, qui trouve ses origines à Londres, en 1965. Ce différend à multiples facettes (territoriale, historique, juridique, politique, géopolitique et économique) doit être, lui-même, mis en contexte par rapport à une double toile de fond qui a redessiné notre monde post-1945 : 1) la guerre froide et 2) les décolonisations africaines.

Au-delà de son aspect territorial, aspect qui a toujours généré des conflits entre peuples et pays, il y a une question qui doit être tranchée politiquement entre Mauriciens. Pourquoi SAJ, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam n’arrivent toujours pas à s’entendre sur la fameuse «Initiative 2001» de Maurice ou sur toute autre stratégie commune ?

En 2001, le PM était SAJ. Son adjoint : Bérenger. Et celui-ci avait proposé, à la suite du jugement de la Haute Cour de Londres, qu’on négocie de la souveraineté des autres îles, sauf Diego Garcia. La Haute Cour avait décrété l’excision de l’archipel comme étant «illégale» et Robin Cook avait affirmé qu’il ne ferait pas appel, mais que Londres proposerait une nouvelle formule (sous forme d’«Ordinance» de sa Majesté). L’«Initiative 2001» – aussi connue par les Anglophones comme the «Berenger Initiative» et reconnue comme étant un possible début d’entente diplomatique – allait être débattue avec Jack Straw, qui a entre-temps remplacé Cook quand les attentats de 2001 ont eu lieu. Ce qui a tout chamboulé…

Ce qui est regrettable c’est le manque de constance de Maurice sur le dossier, alors que les Britanniques, eux, ne tergiversent jamais. Hier, de 2005 à 2014, Navin Ramgoolam a rejeté cette initiative avec sa tout autre logique de «no split sovereignty» et aujourd’hui sir Anerood recommence tout à zéro... Entre-temps, Londres jubile puisqu’elle a reconduit le bail sur Diego Garcia, alors que notre fameuse motion est toujours à l’étude…

À bien voir, nos efforts diplomatiques n’ont été depuis le début des années 1980 que des «coups d’épée» dans les eaux stratégiques de l’océan Indien. On est réaliste, pas forcément pessimiste. La route pour planter le quadricolore sur les Chagos est longue et surtout parsemée d’embûches et de pièges (dirty tricks). Pour les contrecarrer, il faut qu’on ait une vraie stratégie mauricienne, avec une initiative complètement dépolitisée et totalement patriotique. Est-ce trop demander ?

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