Bouffons quand même

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Comment va le monde ? L’espérance de vie est à son summum. Les progrès en médecine garantissent de bien meilleurs soins. Les systèmes de santé sont plus performants. Le taux d’analphabétisme chute drastiquement. L’extrême pauvreté a été considérablement réduite. L’accès à l’éducation n’est plus un luxe. Les nouvelles technologies permettent une plus grande ouverture à l’information sans le couperet de la censure et offrent à tous ceux qui savent utiliser un ordinateur des prestations révolutionnaires et souvent gratuites. Alors que seulement les riches pouvaient offrir à leurs enfants des encyclopédies, aujourd’hui nous y avons tous accès en ligne en quelques clics.

Et pourtant, nous avons toujours la nostalgie du passé.

Certes, la pollution nous préoccupe. Mais l’air n’est pas moins respirable qu’à l’époque de la grande révolution industrielle. Assurément, le réchauffement climatique menace notre environnement. Mais une conscientisation plus aiguë est en marche dans le monde entier. Évidemment, l’essor du terrorisme laisse craindre le pire pour la sécurité. Mais les chiffres démontrent qu’il n’y a rien de comparable avec les années 1970 en termes du nombre de victimes. Et le risque imminent d’un désastre nucléaire est moins évident qu’avant.

Néanmoins, nous persistons dans notre grande dépression. À croire que l’optimisme est la plus vile des ringardises et que le pessimisme est à la mode du jour.

Cette vue fataliste est en partie due au manque de perspective historique et au refus de penser. Contrairement aux idées reçues et savamment entretenues par de perfides opportunistes, nous vivons aujourd’hui dans un monde bien meilleur que celui d’hier. La croyance selon laquelle les choses vont plus mal qu’autrefois est alimentée par le discours des marchands de peur qui ont compris que le marché de la catastrophe est porteur d’un point de vue purement et cyniquement électoraliste. Ainsi, les vendeurs de rêves, ici comme ailleurs, ont la cote. Et ceux qui ont des choses sensées à dire ne sont plus entendus. Car le pessimisme n’alimente pas seulement nos troubles nerveux, il nourrit aussi le populisme. Dans ce grand malentendu, ce n’est pas le plus démagogue qui gagne mais plutôt le plus sensé qui perd.

De cette funeste réalité socio-politique naissent les braillards de l’enfumage des temps modernes. Vu qu’il y a dans toutes les sociétés des citoyens prompts à s’égarer, les vendeurs de rêves capitalisent sur l’amnésie temporelle, le manque de perspective, la précipitation et l’absence de discernement. Conscients que l’on vote aujourd’hui plus par réflexe qu’avec réflexion, ils fouettent la réaction plutôt que l’action électorale du citoyen à coups de fausses promesses, de formules chocs, en flattant la forme et en méprisant le fond. Et tant pis pour ce peuple de panurge qui suit aveuglément l’escouade de desperados. Ainsi l’Amérique a eu son Trump comme nous avons eu notre triplette de faux-semblants en décembre 2014. Or, il convient de souligner que c’est Hillary qui a perdu et non le mickey Donald qui a gagné. Tout comme c’est le projet de ÎIe République de Navin et de Paul qui a échoué et non la promesse de lendemains meilleurs de Lepep qui a triomphé.

Il est plusieurs erreurs à ne pas commettre face à de telles factions.

La première est d’éviter les amalgames. Il est impératif de ne point sous-estimer la perfidie de la rengaine de «tous les mêmes». Cet illogisme tend à jeter dans le même panier l’ensemble de la classe politique sans distinction. Sachant que chaque arbre produit son lot de fruits pourris ainsi que ceux propres à la consommation, le rejet systématique de tout un système, dans un élan réactionnaire et non-réfléchi, prive une nation des compétences dont elle a pourtant besoin.

La deuxième erreur à laquelle ne pas succomber, c’est celle de la banalisation du mal et d’accepter celui-ci avec un fatalisme symptomatique de la résignation. Faire preuve de tolérance envers des fantassins du népotisme et des sbires de la filouterie électorale, c’est se vautrer avec indécence dans le même lit que ceux qui attentent à la pudeur de la démocratie.

La troisième erreur désastreuse est le cynisme. Celui de l’opposition, ravie du chaos pendant qu’elle attend l’alternance dans la zizanie et la cacophonie. Sans pour autant trouver le courage de se réinventer. Et espérant, sans doute, que tels l’aveugle et le paralytique, ils s’entraideront à nouveau avec efficacité tout en occultant une cruelle réalité : la faiblesse d’un gouvernement ne fait pas nécessairement des perdants d’hier des triomphateurs de demain.

N’ayant pu voir la comédie décapante de 1976 «Un éléphant, ça trompe énormément», le 9 novembre, Mme Clinton s’est retirée sans tambour ni trompette, emportant avec elle un «bill» salé. Son tombeur, lui, a naturellement activé ses zygomatiques : il a ri.

Pour les quatre prochaines années, l’Amérique aura le temps de jauger de la saveur ou non du fruit de son réflexe en pleurant sur la tombe de la réflexion. Ici, on a déjà eu un avant-goût du plat que l’on nous réchauffera pour encore trois ans. La précipitation engendre la malbouffe, dit-on. Allez, soyons optimistes : bon appétit quand même !

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