Quelques pistes pour le prochain Trump local

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À défaut de pouvoir faire émerger un Obama mauricien, devons-nous nous attendre à un Trump local, populiste (terme à la mode) à souhait, qui pourra surfer sur la colère mauricienne vis-à-vis de notre élite politique – foncièrement accapareuse et démagogique? Cette question, plus que jamais actuelle, s’avère légitime quand on entend les lamentations de la rue par rapport à nos représentants au Parlement.

En 2008, avant l’élection historique du premier président non blanc des États-Unis, sous le titre «Et si Obama était Mauricien»,  je soulignais la difficulté, voire l’impossibilité, pour notre démocratie de se trouver un leader politique moderne, post-ethnique, susceptible d’avoir l’adhésion de la majorité. «Il est grand temps à Maurice de parler sans détour de la notion de ‘nation parfaite’. Oui c’est vrai, nous avons fait mentir les prédictions du professeur Meade, oui c’est vrai nous sommes mieux lotis que nombre de ‘jeunes nations’ qui sont en guerre civile, mais n’est-il pas temps pour nous aussi d’évoluer vers une nation non ethnique ? Où nos leaders politiques pourront nous tenir un langage intelligent ?»

Nous avons une culture mauricienne spécifique, bien à nous et «en devenir depuis bien longtemps déjà», reconnaissait un Paul Bérenger blasé, 30 ans après la naissance du Mouvement militant mauricien. En 1982, le leader du MMM, porté par les forces syndicales, aura sans doute raté non seulement le sien mais le rendez-vous de toute une nation en construction avec son histoire. En 1983, il était déjà trop tard, les dés étaient pipés – notre système électoral étant ce qu’il est, verrouillé par les forces conservatrices du pays.

Depuis, notre culture si «spécifique» a engendré des politiciens si «scientifiques» dans leur quête de pouvoir. Les projets de société tels que la fin du Best Loser System, les débats sur la réforme électorale et le financement des partis demeurent des effets d’annonce. Du Conseil des ministres au cabinet fantôme des oppositions, il y a une recherche permanente d’équilibre des pouvoirs entre élites de différentes communautés. D’où les stratégies ségrégationnistes des uns et des autres, immanquablement validées par les urnes locales. Afin de pérenniser leur pouvoir… Pravind Jugnauth n’est que le prolongement de cette longue tradition de divide and rule - une création de l’ère coloniale britannique.

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Un internaute posait la question sur lexpress.mu : est-ce que le populisme est nécessairement péjoratif ? Ne nous faudrait-il pas une dose dans notre système pour secouer nos cocotiers et faire tomber les fruits pourris qui s’accrochent au fil d’un temps passé ?

La définition de «populisme» – «une attitude politique consistant à satisfaire les revendications immédiates du peuple» – revêt alors toute son importance. Quelqu’un avait comparé le populisme au cholestérol : il y a du bon et du mauvais cholestérol, tout comme il y a du bon et du mauvais populisme.

Il y a aussi et surtout le populisme de droite versus le populisme de gauche. Selon l’altermondialiste Christian Delarue, publié sur Mediapart, le populisme de droite de Donald Trump ou des Le Pen est pervers. «Il surfe sur une crispation identitaire forte faite de haine. Le FN défend aussi un peuple nation sans les résidets extracommunautaires. Ce populisme défend surtout du capital national d’abord. Sa critique de la démocratie dite représentative ne vise nullement à la rénover dans le sens d’une plus grande démocratisation. Elle tend à refuser les conflits de classe et les syndicats de travailleurs, comme toutes les dictatures avant elle (Portugal de Salazar, Espagne de Franco, Grèce des colonels, etc...).»

En revanche, le populisme de gauche (de Mélenchon ou celui de l’Alternative pour l’Allemagne par exemple) peut paraître vertueux tout en étant tout aussi démagogique – par exemple des promesses impossibles comme celle autour de la création de 15 000 emplois chaque année, selon Lepep. Ce populisme-là s’oppose bec et ongles à l’oligarchie financière, à la bourgeoisie, et ce au profit du peupleclasse. «Il s’agit d’un populisme socialiste voire écosocialiste. Il est aussi antiraciste et antisexiste. Il avance l’idée d’une démocratie participative avec une dimension écologique.»

Au final, ce que l’on préfère retenir, pour rester dans le contexte mauricien, où les clivages droite-gauche se sont entremêlés dans une démocratie dite «consociative», à l’image du Mauricien aux sangs mêlés, c’est qu’il y aura toujours des gens qui ne feront que régurgiter du contenu politique prémâché et qui prêcheront l’exclusion comme réponse principale à la diversité des opinions.

L’éventuel Trump mauricien aura déjà plusieurs lignes prémâchées pour son manifeste électoral : «Limitation du mandat de TOUS les politiciens à deux termes; interdiction aux dynasties actuelles de s’engager en politique; financement public des campagnes électorales de chaque parti; publication des noms de tous les bailleurs de fonds du MSM, PTr, PMSD et MMM – ainsi que la somme d’argent remise depuis 1976 (et depuis 1983 pour le parti des Jugnauth); instauration du Freedom of Information Act; pas plus de trois voyages par an pour les ministres et leurs conseillers; interdiction de recruter des proches parents ou de leur donner un lopin de terre au bord de la mer ou sur la montagne; fermer la MBC…*»

* Cette liste pourrait être allongée à volonté… envoyez-nous vos suggestions sur lexpress.mu

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