Désolé, on s’est Trumpé...

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Le discours d’unité nationale du 45e président des États-Unis était conventionnel, mesuré, approprié, hier. Cela change du personnage outrancier. Mais dans la forme, cela ne change pas vraiment. Tous les présidents, sans distinction, disent cela au soir de leur victoire. L’euphorie et le positif primant sur le reste, le politiquement correct revient au galop, par la force des choses. Le destin suit son cours, en bifurquant à droite.

Huit ans après la communion autour de Barack Obama, Donald Trump a vidé Washington DC de sa magie. Son discours paternel sonne faux et marque un certain retour en arrière, au temps jadis. Le melting-pot qui a produit des Obama ici et des Sadiq Khan là-bas se refroidit, le feu sacré de l’intégration sociale s’éteignant, contre toute attente, à la faveur d’une idéologie populiste, protectionniste.

Trump ne peut pas dire vrai sur l’unité – car toute sa campagne, toute sa vie a été bâtie sur la division, la xénophobie et la lutte contre l’immigration.

Il n’a pas publié ses fiches d’impôts et aujourd’hui il est plébiscité. Ce qui lui donne tout le loisir de désormais matérialiser ses promesses ultranationalistes – si tant que les Républicains, qui gardent leur majorité au Sénat et à la Chambre, ne s’entre-déchirent pas entre eux. La mainmise des conservateurs est quasi totale. Trump, sans expérience politique aucune, a un boulevard devant lui s’il arrive à réinventer le Grand Old Party. À 70 ans, pourra-t-il changer la donne au sein de son parti et partant impacter sur les USA ?

La sourde colère qui a érigé hier Donald Trump en héros est brutale, sans équivoque. Le réveil, ce matin, à Washington DC, l’est tout aussi. La gueule de bois dure plus longtemps que d’habitude. Avant, malgré la menace populiste, on avait toujours le choix des urnes devant nous. Celles-ci ayant parlé d’une voix audible et claire, nous n’en avons plus. Du moins pas avant quatre ans de trumpisation des esprits. Entre-temps, nous devons faire avec, en espérant qu’on s’est trompé sur le personnage central de ce triste reality show.

Et l’on se demande, désormais, jusqu’où notre monde va s’enfoncer, se replier, s’emmurer – comme une autruche, lourde, incapable de prendre de la hauteur, qui ne voit pas que les jeunes générations héritent, sans le vouloir, d’une dérive vers l’extrême-droite, une dérive qui n’encourage pas le métissage propre aux pays comme les États-Unis et Maurice. Une autre civilisation basée sur l’obscurantisme se met en place. Des années de repli sont devant nous. «À mort les idéaux de liberté.»

Après le Brexit là-bas, l’élection de Trump ici, place aux Le Pen en France ? Cela confirmera, s’il le fallait encore, que notre monde est malade, vraiment malade. Et la démocratie n’y peut plus rien... et l’économie, mondialisée, ne pourra que ralentir avec les murs et les frontières qu’on érige...

Washinton DC

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