Mondialisation: privatisation en catimini !

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Si, pour l’auteur, le ministre Collendavelloo compte imposer la privatisation de l’eau, il ne peut dire si c’est sur la recommandation ou l’ordre de la Banque mondiale.

Il semblerait que l’on veuille tout privatiser à Maurice. On a commencé par les centres de «fitness». On parle maintenant de partenariat stratégique avec Dubaï en ce qui concerne le port. En fait, c’est de la privatisation déguisée ! Même l’eau de la Central Water Authority (CWA) est dans le collimateur.

Puisque, petit à petit, la privatisation est en marche ici – centres de «fitness», le port, l’eau (CWA), bientôt l’air que nous respirons aussi ? – nous aimerions partager avec vos lecteurs ce que pense Erik Orsenna, de l’Académie française, de la privatisation.

Dans Voyage aux pays du coton*, Orsenna écrit sur la mondialisation en prenant comme point de départ un morceau de tissu en coton. En parlant de la CMDT (Compagnie malienne pour le développement du textile), Erik Orsenna nous dit qu’au Mali, les paysans sont contraints «à produire du coton, toujours plus de coton». Toutefois, il ajoute cette phrase (page 29) qui devrait donner à réfléchir «Ce pays est menacé par un ennemi farouche, la privatisation ». Et plus loin (page 31) il écrit «La Banque mondiale pose ses conditions : je vous aide, mais vous privatisez».

«La privatisation se fait en catimini, à notre insu, et nous nous trouvons devant des faits accomplis!»

Orsenna est d’avis (page 59) qu’un immeuble de verre au bord de Pennsylvania Avenue, à Washington D.C. aux États-Unis, est «l’immeuble le plus important du monde, puisque c’est celui de la Banque mondiale». C’est l’endroit où se prennent les décisions les plus lourdes de conséquences pour le plus grand nombre d’habitants de notre planète.

Par contre, certaines personnes pourraient avancer que le siège des Nations unies à New York serait encore plus important en ce qu’il s’agit de prise de décision, mais Orsenna nous met en garde en écrivant «Ne les écoutez pas. Car l’ONU décide rarement. Tandis que, dans mon immeuble de verre, on n’arrête pas de trancher, choisir, imposer…»

Imposer !!! C’est ce que l’honorable ministre Collendavelloo compte faire en privatisant la Central Water Authority. Est-ce sur recommandation, pour ne pas dire ordre, venant de la Banque mondiale ? Cette banque, haut lieu des multinationales, semble vouloir exiger à travers la planète la privatisation de toutes les ressources dont ont besoin ces mêmes multinationales.

Erik Orsenna, en grand voyageur, a continué son voyage afin de faire un constat sur les enjeux mondiaux, justement, de l’eau. Il parle de son périple dans L’Avenir de l’eau**, un livre passionnant qui nous mène du Nil au Huang He, de l’Amazone à la Garonne, de l’Australie au Brahmapoutre…

Orsenna parle aussi de cet ‘indice de développement humain’ proposé par Amartya Sen, prix Nobel de l’économie, pour un monde meilleur, ainsi que de Danielle Mitterrand et de l’altermondialisme. Il écrit notamment (page 378) «Et comme la Résistance a fait ses preuves, naguère, contre les nazis, Danielle ne voit pas pourquoi elle ne triompherait pas aujourd’hui du nouveau mal : l’empire de l’argent

Malheureusement pour les petites gens et autres prolétaires, c’est ce «nouveau mal : l’empire de l’argent» qui semble vouloir tout contrôler dans plusieurs pays de la planète, y compris Maurice – et, cela, très souvent au détriment de la Nature. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international ne sont pas du tout étrangers à cet état des choses. Comme écrit Orsenna dans Voyage aux pays du coton (pages 59-60) «En effet, les banquiers mondiaux sont perpétuellement en mission…

À chacun de mes voyages, même les plus lointains, de l’autre côté de la mer, au bout de pistes improbables et défoncées, je suis tombé sur un banquier mondial.» Et, pour ces banquiers, il n’y a qu’un seul mot qui peut répondre à toutes les questions du monde. C’est «privatisation» !

C’est sûr qu’à Maurice, avec la privatisation, il y aura quelques gros bonnets qui vont se remplir les poches, pour ne pas dire les coffres, avec plein de devises et autres dollars. En maintes occasions la privatisation se fait en catimini, à notre insu, et nous nous trouvons devant des faits accomplis ! C’est fait dans l’intérêt supérieur du pays, dirait l’autre.

Quelle foutaise ! Nous ferons bien alors de résister à ce déferlement de privatisations qui nous guette – le port, l’eau, les terres de l’État, les montagnes, sans oublier nos plages publiques que l’on déproclame à tort et à travers. Indignons- nous avec dignité, mais fermement… avant qu’il ne soit trop tard !

RAFAL

(Royals & Friends Action Line)

*Voyage aux pays du coton - Petit précis de mondialisation, Fayard 2006

**L’Avenir de l’eau – Petit précis de mondialisation II, Fayard 2008

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