La pauvreté (de, et) l’esprit Brexit

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La globalisation du commerce et des idées, les efforts renouvelés pour la libre circulation des citoyens, du capital et des marchandises dans l’Union européenne, les accords commerciaux, style NAFTA (North American Free Trade Agreement) ou TPP (Trans Pacific Partnership) ou CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) ont un but commun : ajouter des points de croissance et, ce faisant, enrichir la vie des citoyens. Globalement, il a été largement démontré que cette libéralisation générale, cet effort systématique pour enlever les barrières artificielles au libre brassage des idées, du capital et du commerce est positive. Il n’y a qu’à voir, pour cela, le nombre de citoyens du monde qui ont pu s’affranchir de leur pauvreté, par exemple. Entre 1990 et 2010, il est ainsi estimé que le nombre d’humains vivant dans des conditions d’extrême pauvreté (moins de $1,25 par jour – définition de la Banque mondiale) a été réduit de moitié dans les pays dits «en développement», soit de 43 % à 21 % du total. De la population mondiale de 7 milliards, cette catégorie de gens baissait donc de 2 milliards à environ 1 milliard. Ne nous faisons pas d’illusions: dans le monde dit «développé», rien n’approche ce niveau de pauvreté qui regroupe donc des vies qui sont «nasty, brutish and short». La ligne de pauvreté des États-Unis est ainsi à $63 par jour, pour une famille de 4! Dans les pays émergents les plus fortunés, la ligne rouge est à $4 par jour!

L’objectif de réduction de la pauvreté «absolue» de moitié faisait partie des Millenium Development Goals (MDG), à échéance de 2015. C’est un objectif qui a été atteint 5 ans plus tôt que prévu et il l’a été grâce à la croissance provenant de la globalisation de l’économie, du capitalisme libéral et de l’accélération des échanges commerciaux. Le gros de ce progrès vient en fait de Chine, où 670 millions de Chinois échappaient à la pauvreté extrême entre 1985 et 2010. Les prochains défis seront certes plus difficiles: le milliard encore dans l’extrême pauvreté se trouve maintenant plutôt en Inde et en Afrique où le dirigisme éclairé de l’État est moins évident ; nous avons 3 milliards de population humaine de plus à accommoder sur Terre sur les 50 prochaines années, les freins écologiques seront de plus en plus évidents et l’amélioration de la condition humaine au-delà de la ligne de $1,25 par jour est sans doute beaucoup plus facile à atteindre que la prochaine étape qui sera, mettons, de passer au-delà du cap de $ 4 par tête par jour .

Ce document conclut que 9,4 % de notre population était alors dans un état de pauvreté lourde et que ce niveau se situait (par équivalent adulte) à rs 5 652, soit rs 188 ou $6,26 par tête par jour.

Pour mettre en perspective locale, citons l’excellent document de vulgarisation de Statistics Mauritius basé sur le Household Budget Survey de 2012, qui définit le niveau de pauvreté relative à Maurice à 50 % de la valeur médiane des revenus d’un adulte du pays. Ce document conclut que 9,4 % de notre population était alors dans un état de pauvreté lourde et que ce niveau se situait (par équivalent adulte) à Rs 5 652, soit Rs 188 ou $6,26 par tête par jour. D’où le «plan Marshall» local. Même si l’on voit bien que nos défis de pauvreté sont moins effrayants que ceux du milliard de terriens qui végètent toujours sous $1,25 par jour et qui ne peuvent être, apparemment, libérés que par l’économie libérale. Comme les Chinois! Souvenons-nous-en!

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Pourtant, en parallèle, on voit monter une vague de mouvements réactionnaires contre le commerce international, la globalisation et l’ouverture sur les autres! Pensez Front national en France, Brexit en Angleterre, Freedom Party en Autriche, Trump aux États-Unis, Orban en Hongrie ou PiS (parti Droit et Justice) en Pologne. Ils sont loin d’être les seuls et ils ne sont pas tous pareils, loin s’en faut, mais dans tous ces cas , on retrouve de larges traits communs brodés autour de la réaction violente de ceux qui, sur des terres pourtant économiquement développées, se sentent «laissés derrière» d’une manière ou d’une autre par le libéralisme économique. On y retrouve, pêle-mêle, les plus vieux, nostalgiques d’un ordre précédent où leurs privilèges étaient moins contestés, les non-universitaires sans fenêtres sur un monde en flux permanent, les travailleurs manuels ayant perdu ou voyant menacés leurs emplois, ceux qui n’aiment pas les étrangers, ceux qui ont du ressentiment ou de l’amertume face aux experts et aux élites plus en «réussite», ceux qui, contrairement aux citoyens ayant tiré parti des opportunités nouvelles de la globalisation, n’ont pas souhaité ou n’étaient pas capables, eux, d’en tirer profit. Cette coalition de – tout est relatif – «laisséspour-compte» est généralement assez facile à mobiliser autour de ses rancœurs, est systématiquement identifiée comme «bonne à cueillir» par les démagogues les plus disparates et reste plutôt facilement manœuvrable. Il suffit d’anecdotique savoureux, d’impressionnisme émotionnel, de théories de «conspirations» diverses et même de mensonges délibérés. En la circonstance, les statistiques et les «études» paraissent arides, ne semblent pas faire le poids et sont systématiquement mises en doute…

L’effrayant pour ces «victimes», c’est qu’elles se retrouvent souvent du mauvais côté de la moyenne. Or une moyenne est inévitablement constituée de ceux qui sont au-dessus et de ceux qui sont en dessous. On n’en sort pas ! Et, si «en moyenne» le monde progresse grâce au capitalisme libéral et au commerce globalisé, le clivage en faveur des plus riches, 50 ans après la montée d’Ayn Rand et sa théorie de l’égoïsme rationnel et du laisser-faire capitaliste, s’accentue (Stiglitz, Piketty) et, par contraste, de plus en plus de citoyens se sentent donc lésés – même s’ils ne le sont pas toujours ! De l’ouvrier américain dont l’emploi du frère a été exporté au Mexique ou en Chine, au «Sussex man» qui ne comprend pas pourquoi un réfugié a droit à une maison identique à la sienne, gratuitement, alors que lui s’est éreinté pour l’avoir; du poids anecdotique de la peur face à une religion libéralement associée au califat de Daech, aux cas avérés d’exploitation délibérée de la mauvaise conscience des démocraties libérales (par exemple, les initiatives de «political correctness» qui vont jusqu’à enlever le «petit Jésus» des cartes de Noël ou qui forcent tout le monde à manger «halal». On m’a même parlé d’un panneau, à Birmingham, affichant, sans honte : «No whites admitted here» – 22 ans après la fin de l’apartheid!), de larges pans des sociétés développées réagissent, se rebiffent et veulent, nostalgiques, retrouver leur vie précédente.

En démocratie, le danger existe que cette frange de population qui se sent larguée par la globalisation ne soit bientôt, elle-même, majoritaire. Elle l’a été, par exemple, au soir du vote du Brexit, en mobilisant tous les ressentiments du moment, au point où Theresa May se sent aujourd’hui obligée de fermer ses frontières, de faire mieux respecter les «nationaux», de renverser l’ordre des choses face aux «étrangers», basanés ou pas, et de décréter, contre tous les courants de l’Histoire, que si «vous croyez être un citoyen du monde, vous êtes un citoyen de nulle part et ne comprenez pas ce que la citoyenneté veut dire !»

Un vote reste un vote, mais est-ce que «little England» était vraiment ce qui était souhaité? Le vote du Brexit, notons-le, n’était, finalement, le souhait que de… 35 % des électeurs enregistrés !

Ce qui est sûr, c’est que tous ces courants nationalistes qui font recroqueviller les nations sur elles-mêmes, freineront l’économie mondiale et retarderont donc la réduction de la pauvreté, y compris dans les économies développées. Est-ce le prix à payer pour les excès du capitalisme sauvage et l’égoïsme endurci des 1 %, ou pourrons-nous mieux faire en identifiant un milieu plus juste entre la gloutonnerie des nantis et l’accueil des autres à table ?

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“Whoever ‘they’ are ( and the PM says he is not in the loop…) , ‘they’ had to choose between Mike and Megh . ‘They’ chose Mike. That says it all . Should at least ease ‘their’ chances of carrying out ‘their’ business prospects , if nobody else’s…”

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