Du concret, il était temps !

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Enfin le salut de l'enfance sereine ? Le cérémonial accompagnant les examens du CPE, les peurs avouées de nos gamins de 11 ans devant les caméras de la MBC, le stress vécu par des parents soucieux de l'avenir de leurs enfants et la libération heureuse à la fin des quatre jours intensifs vendredi dernier, traduisent la terrible angoisse que confèrent les examens de fin de cycle primaire. Joie ou déception au rendez-vous final ? Un autre concentré d'émotions est prévu le 5 décembre à l'heure des résultats.

Mais l'on peut déjà s'attendre, pour le vivre chaque année, à une certaine inquiétude de la part de centaines d'élèves – définitivement trop jeunes pour vivre une telle épreuve – qui, malgré le maximum d'effort fourni, n'auront pas eu les attendus A+, fameux sésame des prétendus «bons collèges». C'est dire que la réforme éducative de la ministre Dookun-Luchoomun, qui met fin au CPE et introduit le Nine-Year Schooling, raisonne comme un soulagement. Elle inaugure une nouvelle ère attendue par tous depuis longtemps. Quel ministre de l'Éducation, indépendamment des gouvernements, n'a pas reconnu l'importance de l'élimination de la rat race qui a favorisé une compétition malsaine chez nos petits, les forçant à devenir des abrutis de leçons particulières au détriment de leur épanouissement et de l'insouciance de leur jeune âge ?

Oui, la révision du système éducatif est salutaire. Et cette réforme répond, à première vue, à toutes les préconisations faites par les professionnels de l'éducation : rendre obligatoires les neuf premières années de la scolarité, avoir une approche holistique de l'enfant, ne pas le regarder uniquement à travers les visières académiques et reconnaître ses talents, que ce soit en sport ou en art.

Si nous avons à cœur l'intérêt de nos enfants, il faut admettre que c'est un pas en avant, un progrès que propose la ministre Dookun-Luchoomun. Car il était plus que temps qu'on se recentre sur la mission de l'école, sur la place de l'enfant au cœur de cet environnement propice à l'apprentissage de la vie. Mais l'éducation, sujet à caractère national, est trop importante pour qu'on la traîne dans l'arène politique. C'est pourquoi il faut dénoncer Ramgoolam quand, à la faveur d'une estrade publique, il annonce, de manière démagogique, que s'il retourne au pouvoir, il abolira le Nine-Year Schooling. C'est faire preuve d'irresponsabilité que de balancer pareils propos dans un meeting public, sans argument de fond.

Serait-ce trop demander aux politiciens que de faire preuve de bon sens lorsqu'il s'agit d'une question aussi cruciale et qui concerne nos adultes de demain ? Que la réforme Luchoomun ne convainque pas tout le monde, ça ne surprend pas, qu'elle soit mal comprise avec ses mesures nouvelles pas toujours très claires, il faut le concéder, qu'il y ait des voix contradictoires qui challengent la ministre, l'interrogent, la critiquent et recherchent des réponses sur certains points jugés flous, tant mieux, ces voix-là comptent.

Et vive la démocratie participative ! Mais que des hommes politiques s'emparent de ce dossier et critiquent sans explication sérieuse cette  réforme pour tenter d'engranger des dividendes électoralistes, ce n'est pas à leur honneur – un sens certes inconnu au bataillon des politiciens. Qu'on se le dise : il y a des enjeux nationaux qui doivent être au-dessus des querelles de bas étage. Ce n'est pas parce qu'on est obsédé par le pouvoir que tout doit être permis devant des partisans crédules. Et c'est envoyer un mauvais signal aux enfants et décourager leur famille que de vendre un éternel recommencement à chaque possibilité d'alternance (fausse ou réelle).

Toute réforme éducative relève d'une question d'intérêt public et se doit d'être indépendante des attaches politiques. Réclamons de ceux qui nous gouvernent, ou qui prétendent se positionner comme tels, plus de hauteur et de respect envers nos enfants qui ne méritent pas qu'on fasse de la politique sur leur dos. Leur sac d'école est assez lourd à porter comme ça. Puisse cette réforme redonner le sourire et la sérénité à l'enfance...

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