Ne brusquons pas nos frères et sœurs rodriguais !

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Quel manque d’égards ! Port-Louis a dépêché trois ministres de la République pour aller vendre un fait accompli aux Rodriguais : soit un système électoral bancal que le Conseil des ministres de Maurice a décidé et avalisé pour eux, vendredi dernier.

Xavier-Luc Duval, Ivan Collendavelloo et Ravi Yerrigadoo ont pour mission, aujourd’hui, de convaincre nos frères et sœurs de Rodrigues que le gouvernement central comprend leurs appréhensions et que le système électoral pour élire les représentants du peuple à la Rodrigues Regional Assembly, qu’on leur impose gentiment – avec quelques possibilités de légers amendements, pour la forme – s’avère la meilleure formule dans leur «intérêt supérieur».

Avec de tels agissements dignes de l’ère coloniale de funeste mémoire et indignes d’une République moderne, censée accorder un traitement égal à tous ses citoyens, il n’est nullement surprenant qu’on développe, dans notre 10e district, des velléités indépendantistes – un peu à la manière des Chagossiens, quand PortLouis s’en fichait royalement de leurs réalités et souffrances.

C’est trop évident qu’il aurait fallu laisser aux Rodriguais le temps et l’opportunité de s’asseoir entre eux, avec l’aide de quelques experts en systèmes électoraux, pour qu’ils viennent de l’avant avec une formule par eux et pour eux. C’est la moindre des choses, non ? Aussi, il ne faudrait pas non plus que les politiciens soient les seuls à décider d’un tel changement sociétal – car toute réforme électorale, comme nous le rappelle l’expert Rama Sithanen, en page 8, doit atteindre deux objectifs : assurer, d’une part, la stabilité et la gouvernabilité et, de l’autre, prôner l’équité, l’inclusion et une large représentativité. Il est évident que dans le cas de Rodrigues, comme dans celui de Maurice du reste, les politiciens vont surtout veiller au maintien de leurs intérêts d’abord avant de se soucier de ceux de la population dans son ensemble. D’où l’importance d’associer la société civile, en général, et les jeunes générations, en particulier.

En tout cas, imposer un changement de cette nature à nos frères et sœurs rodriguais, dans un aussi court laps de temps (les élections devraient se tenir d’ici février 2017), constitue, ni plus ni moins, un manque de respect pour l’«autonomie» de Rodrigues. D’autant qu’à Maurice la réforme électorale est, elle, à chaque fois, renvoyée aux calendes grecques, malgré tous les discours, promesses et autres tables rondes...

À Rodrigues, tout a été relancé quand Serge Clair et sir Anerood Jugnauth, deux conservateurs purs et durs, jaloux de leur acquis électoral, sont tombés d’accord que la représentation proportionnelle pouvait mettre en péril ceux qui ont remporté la course inique du First Past The Post (FPTP). À un moment, ils ont même affirmé qu’on devait se défaire de la proportionnelle – c’est-à-dire marquer un retour en arrière. Comme si la proportionnelle était responsable de leur leadership politique au sein de leur écurie respective.

Si beaucoup estiment, à première vue, que c’est une bonne chose que le Conseil des ministres a choisi de ne pas se défaire du système proportionnel, ils sont peu nombreux à avoir décelé le «colourable device» de l’Alliance Lepep pour contrecarrer les bienfaits de la représentation proportionnelle à Rodrigues.

Notre comité ministériel a, en effet, décidé, dans sa sagesse, d’accorder des sièges additionnels au gagnant du FPTP, afin que celui-ci conserve une avance de trois sièges à l’Assemblée régionale – indépendamment du pourcentage de votes ! «Why on earth should we remedy the ailment of an unfair system and then instantly reinstate its anomalous features by creating a superficial majority? It is one step forward and immediately two steps backward (...) This is outrageously undemocratic as it does not reflect the wish of the people», observe Rama Sithanen.

Tous ceux qui connaissent la spécificité rodriguaise savent fort bien qu’on peut très bien remporter haut la main les élections avec une minorité des suffrages exprimés ! Le plan de Maurice pour Rodrigues est de consolider cette injustice électorale.

De quoi mettre en rogne Rodrigues… à juste titre.

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