D’énergie et de dynasties

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Pendant que nous nous débattons dans le sillage d’un Heritage City laminé jusqu’à la mort – il reste quand même la note de Stree Consulting et elle n’est pas morose, d’autant que son produit ne nous servira à presque rien ! – le monde lui, étonnamment, continue d’avancer

Ainsi, le prix du baril de pétrole qui était à moins de 26 dollars en février de cette année, est aujourd’hui au-delà de la barre des 50 dollars. Ce prix est encore bien loin de celui opérant jusqu’au troisième trimestre de 2014 et qui se situait au-delà de 100 dollars, mais pour le pays, il réduit au moins la cadence à laquelle s’accumulent des surplus, tant au CEB qu’à la STC. Nous avons tous un peu perdu le fil des calculs sur cette question, mais il est clair qu’il y a un prix référence auquel tant le CEB que la STC ne génère plus de surplus «exceptionnel» par rapport à leurs propres prix de vente et que l’on s’y est bien rapproché. Au point où cela commence à menacer les plans de financement de la centrale au gaz du CEB, par exemple ?

On ne le sait pas, mais ce qui est sûr c’est que dépendre d’un prix aussi volatil que celui du pétrole peut rapidement mener à de mauvaises surprises et qu’un peu plus de transparence ne ferait pas de mal et aiderait le public à mieux gérer ses attentes de circonstance.

Les nouvelles ne sont, cependant, pas si mauvaises pour Maurice sur ce front. L’Arabie saoudite est bien responsable, grâce à son insistance à inonder le marché, de la chute des prix jusqu’à février, mais elle l’est aussi, pour le doublement des prix plus récemment, malgré les difficultés de l’OPEP à s’entendre et elle ne souhaite apparemment pas aller beaucoup plus loin dans cette direction. La raison ? Il ne faut pas que les prix remontent au point d’encourager l’industrie de «fracking» américain à reprendre ses activités. Ainsi, le marché s’attend-il à une stabilisation des prix en dessous de 60 dollars le baril pour la prochaine année. Ça suffira pour ne pas déstabiliser les prévisions du ministère des Finances ? Espérons-le !

La dynastie est-elle acceptable comme forme de legs d’une génération à une autre? Devons-nous traiter la dynastie politique différemment de la dynastie financière ou capitaliste ? Deux questions qui résonnent fortement depuis quelque temps et où les avis sont partagés, parfois de manière assez violente. Le débat est ouvert !

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Le ministre des Finances était à pied d’œuvre dans les circonscriptions nos 5 et 6, cette semaine. Étape réussie dans une double tentative de damer le pion à Navin Ramgoolam, depuis peu reparti en campagne et de démontrer ses capacités et son appétit à «faire le travail» qui le mèneront éventuellement au fauteuil auquel seuls… d’autres aspirent pour lui, apparemment. Personne n’est cependant dupe : les caméras et les journalistes présents illustraient que l’effort relevait aussi de relations publiques. Cependant pourquoi être mufle si le travail peut ainsi mieux avancer aux nos 5 et 6, sans pour cela détourner l’attention d’autres priorités partout dans le pays, y compris devant les bureaux de l’express !

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La dynastie est-elle acceptable comme forme de legs d’une génération à une autre ? Devons-nous traiter la dynastie politique différemment de la dynastie financière ou capitaliste ? Deux questions qui résonnent fortement depuis quelque temps et où les avis sont partagés, parfois de manière assez violente. Le débat est ouvert !

Évidemment que la dynastie est acceptable comme forme de legs d’une génération à une autre ! Que ce soit en politique ou en affaires, il n’y a aucune raison de proscrire ce qui semble exister assez naturellement : le politicien dira que c’est un avantage de naître dans une famille politique et d’en connaître les entrailles ; le capitaine d’industrie ne travaille pas pour lui seulement, mais pour la postérité, dont ses enfants. Par contre, la dynastie doit être confirmée par les parties intéressées en première ligne. Dans le cas politique, il s’agit de l’électorat. Dans les affaires, il s’agira de l’actionnaire.

Si le légataire dynastique est librement sanctionné par l’électorat, il faut parfois s’inquiéter, en démocratie, de ce que le choix de l’électorat, d’une élection à une autre, ne soit restreint QU’À certaines dynasties. Là est LE vrai problème à Maurice : le non-renouvellement de la classe politique ! Celui-ci ne peut véritablement être résolu qu’avec des partis eux-mêmes opérant de manière plus démocratique, la pratique de primaires, le non-cumul des mandats (même comme chef de parti ?), un électorat plus avisé sur les nouvelles options, une réforme électorale qui favorise moins les gros partis. Entre autres.

Si le légataire dynastique est librement sanctionné par les actionnaires, où est le problème ? Il n’y en a qu’un que je vois, c’est si le choix de l’actionnaire est mauvais, c’est-à-dire que la personne sélectionnée est incompétente ou pas intéressée. Des désastres peuvent alors surgir très rapidement évidemment, mais généralement, c’est la lente descente aux enfers qu’il faut craindre et il existe alors des recours, notamment à travers des assemblées générales spéciales, par exemple. En économie libérale, la disparition d’une compagnie, pour dominante qu’elle soit, ne heurte les intérêts ambiants que peu de temps, car le vide est rapidement rempli – parfois même avec la prise en charge de l’activité qui s’écroule, par un tiers, concurrent ou pas. De toute façon, pour éliminer le legs d’une génération à une autre, que pourrait-on proposer ? Une taxe débilitante ? La nationalisation ? Ce serait bien pire !

Il reste quoi ? L’accès aux terres m’a été mentionné. C’est une question intéressante et dans certains cas, légitime. Les «absentee landlords» d’Irlande, de Russie ou d’Amérique du Sud ont, à travers l’histoire, illustré l’iniquité et/ou la folie d’une classe de rentiers possédant, de bien trop loin, bien trop de terres pour en faire un usage productif pour le pays. Mais à Maurice, ce n’est pas exactement le cas (à moins que le pays ne veuille plus de la canne…) et le foncier public est suffisamment important pour rééquilibrer la donne quand nécessaire ou souhaité…, même si cela ne se fait pas toujours pour les meilleures raisons, du resto de Sungkur aux bambaras de Boygah…

Si l’histoire est saupoudrée de Rothschild, de Rockfeller, de Heineken, d’Agnelli, de Lee (Samsung), de Mittal ou d’Ambani, de Bush, de Clinton, de Gandhi, de Trudeau ou de Bhutto, il y a sûrement une raison. Si les familles possèdent ou contrôlent encore 33 % des compagnies américaines ayant 1 milliard de dollars de ventes ou plus et environ 40 % de cette même catégorie en France et en Allemagne, le danger c’est sans doute le clivage riches/pauvres qui peut s’en trouver aggravé, mais surtout le clientélisme qui peut en découler, avec trop de proximité entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. Le financement transparent des partis politiques, la déclaration et l’affichage public des avoirs des politiciens sont donc des mesures souhaitables pour assainir les démocraties, dont la nôtre.

C’est d’ailleurs au programme de LEPEP !

Si le gouvernement l’a un peu oublié, on peut retrouver ces promesses électorales à la page 43, Bullet point 9 et à la page 44, Bullet point 4 !

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