Méfions-nous du soleil

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Il faudrait, sans doute, songer à un vaste et draconien programme de désinsectisation pour l’hôtel du gouvernement. Car une question se pose : quelle mouche a bien pu piquer le bon et d’ordinaire affable Sateeaved Seebaluck ? Cet ancien chef de la fonction publique au cheminement sobre n’a jamais été de ceux qui recherchent une surexposition à la lumière ou encore moins de cette rare espèce du service public qui se plaît à secouer les cocotiers. Ce grand commis de l’État s’est toujours évertué à garder son jardin propre et ombragé. Son nouveau statut contractuel aurait-il fait de lui aujourd’hui un adepte du culte du soleil ? Au point d’avoir la tête qui vacille et les idées qui valsent ? Il nous paraît en tout cas sorti d’une insolation de l’Empire Soleil en proférant d’absurdes slogans dont les racines sont sans doute anciennes, mais toujours aussi profondes : la faute à un secteur privé de rien. Une vieille rengaine qui, de triste mémoire, nous rappelle celle d’un vieux sage qui, en plein malaise d’un pan de notre société, incitait les plus désabusés à aller demander des comptes à «bann misié-la». L’auteur de cette invective peu glorieuse, attribuant sans doute le courage d’entreprendre au seul fait de sécréter moins de mélanine, connut tout juste après une dérouillée électorale inouïe à tel point qu’il revit sa copie en affublant, à tort, d’ingratitude ceux qui jadis constituaient son vivier électoral.

Pour les têtes bien-pensantes, la logique tend vers une implacable et malheureuse constatation : de telles similitudes dans le discours, de l’un comme de l’autre, ne peuvent être fortuites. La maladie est de retour. Ne feignons pas de la découvrir. Cependant, laissons les dépassés de la République à leurs incantations et évitons de regarder l’avenir dans un rétroviseur en fouettant davantage les démons du passé. Éteignons plutôt tous les feux au lieu de les attiser. Étouffons les braises qui repartent au lieu de leur souffler dessus. À l’heure où la priorité doit être au redressement économique et à la solidarité nationale, concentrons-nous plutôt sur les véritables enjeux qui nous attendent.

Nos partis politiques dits traditionnels se revendiquent encore et toujours d’une nostalgie gauchisante dans leurs appellations : militantisme, socialisme et travaillisme. Même le parti des oligarques de jadis a cru se décomplexer, question sans doute de tenter de faire oublier sa fougue anti-indépendantiste et son discours sectaire, en ajoutant les mots «social» et «démocrate» au «Parti mauricien» de Jules Koenig. Or, ils ont tous compris, à des moments différents, que l’on ne peut plus continuer à croire qu’il suffit à l’État de dépenser plus pour aller mieux, même quand il n’y a plus d’argent dans les caisses. D’où leur adhésion inéluctable au libéralisme économique. Et la rupture avec un socialisme pur et dur. Ici comme ailleurs, les politiciens ont enfin compris que la croissance est tributaire du secteur privé. Quand il tousse, c’est tout un pays qui s’enrhume. Les travaillistes néo-zélandais n’ont pas hésité à entamer des réformes à la Margaret Thatcher et François Hollande a bien gratifié la France de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron.

Cependant, bien que le libéralisme économique appelle à ce que l’intervention de l’État soit aussi limitée que possible, l’État ne peut rester indifférent à ceux qui subissent les problèmes économiques de plein fouet et n’a pas le droit de tenter de se désengager de ses responsabilités en adoptant la posture du «pa mwa sa, li sa» : l’intervention d’un gouvernement responsable dans le fonctionnement des activités économiques n’est jamais nulle. Malgré un libéralisme économique, un gouvernement doit s’assurer de la pérennité de principes vitaux au maintien de l’investissement : la garantie d’un État de droit, l’entretien d’une stabilité politique et l’instauration de la confiance

Le gouvernement MSM-PMSD-ML a-t-il été rassurant sur ces principes fondamentaux ?

Tout d’abord, au chapitre de la garantie d’un État de droit. L’on reprochait à Mikhaël Gorbatchev d’avoir mis en place la bourse de Moscou sans pour autant s’être assuré de l’existence et de la bonne marche d’institutions garantissant l’État de droit. Ici, peut-on dire que les arrestations intempestives et l’empiètement sur les libertés individuelles ont rassuré ? L’éminent économiste américain Milton Friedman disait que «le droit de propriété est le plus basique des droits humains et un fondement essentiel de tous les autres droits». La braderie de l’empire Rawat fut-elle respectueuse de ce droit ? Il nous est permis d’en douter.

Et la stabilité politique dans tout cela ? Un Premier ministre qui fait semblant de l’être. Qui annonce son retrait pour ensuite se boulonner encore un peu plus avec deux fébriles coups de manivelles. Et pis encore, qui met son destin, et ainsi celui de tout un peuple, entre les mains de Dieu. Trois ministres des Finances, et peut-être bientôt un quatrième, en si peu de temps. Un leader de groupuscule aux paupières lourdes en attendant que Morphée lui tende les bras, qui flatte un fougueux ministre pour ensuite rabattre son caquet sur l’autel du jeunisme. Sans oublier ce partenaire qui veut sempiternellement se la jouer solo afin de mieux continuer à «boutiquer» ses privilèges. Traduire ces faits en stabilité politique reviendrait à prendre une montée de lave pour un feu de Bengale.

Et quid de l’instauration de la confiance pardi ? Mais elle est là, entend-on de quelques braillards zélotes de la triplette gouvernementale. Vous n’avez qu’à en juger par vous-même : valse d’hésitations, tango d’indécisions, voire même cha-cha-cha de contradictions sur un projet que l’on voudrait nous fourguer en héritage à coups de milliards alors que, sous nos yeux ébahis, l’on assiste, impuissants, à la paupérisation des plus démunis et à la régression de la classe moyenne.

Sateeaved Seebaluck se remet-il maintenant de son coup de soleil ?

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