À quand l’accalmie ?

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L’ancien grand commis de l’État, Sateeaved Seebaluck, a donné un grand coup de pied dans la fourmilière du secteur privé. L’interview-rentre-dedans du conseiller spécial de sir Anerood Jugnauth (SAJ), publiée dans l’express du lundi 17 octobre, dans laquelle il accuse (sans toutefois étayer ses dires), le secteur privé (local; heureusement pas international !) d’être «atteint d’une maladie chronique : l’attentisme», a provoqué une levée de boucliers de la part de Business Mauritius.

Face à cette attaque inattendue, le tandem Dalais-Makoond s’est senti obligé de venir affirmer qu’en termes de léthargie, «le privé n’est pas prêt à recevoir de leçons» de l’hôtel du gouvernement.

Et puis ce rappel cinglant des représentants du monde des affaires, qui sonne comme une gifle historique : «Le secteur privé représente 80 % du PIB, 70 % de l’investissement, et 80 % du marché de l’emploi.» En d’autres mots, sans le secteur privé, nous n’avons pas grand-chose…

Depuis janvier 2015, soit avec l’entrée en jeu du gouvernement Lepep, qui nous avait promis de «façonner un deuxième miracle économique», les Mauriciens attendent patiemment les premiers signes d’une embellie sur le climat des affaires et de l’investissement privé. Car la «démocratisation de l’économie» selon le régime Ramgoolam (2005- 2014) avait montré ses limites et on se devait de réinventer les relations public-privé, en commençant par les assainir.

Mais après un Vishnu Lutchmeenaraidoo rêveur et nostalgique, allergique aux chiffres, et un SAJ déjà embarqué sur le chemin du départ et, désormais, un Pravind Jugnauth manifestement soucieux d’accéder au poste de PM, nous confirmons un manque de direction – qui résulte aujourd’hui en cet affrontement entre le gratin des hauts fonctionnaires et celui du secteur privé.

Et cela ne peut que décourager l’investissement privé – d’ici ou d’ailleurs.

L’activité économique, on le sait, n’est pas une activité close. Et alors qu’on change de capitaines aux Finances ou à la tête du gouvernement, on a tendance à perdre de vue deux indicateurs-clés : l’investissement et la productivité, qui sont, en fait, deux faces d’une même pièce de monnaie.

Depuis trop longtemps, on constate, impuissant, la baisse de l’investissement – privé et public – alors que la productivité, elle, progresse bien trop mollement depuis plus d’une décennie déjà.

C’est le résultat d’un leadership politique (quel que soit le gouvernement du jour) davantage occupé à ses petites affaires internes qu’aux problématiques auxquelles il a à faire face : un taux de croissance qui ne dépasse pas les 4 %, un taux de chômage de quelque 8 %, une dette publique de 64 % qui nous enlise, tous les jours, un peu plus.

* * *

Après la chute de l’empire BAI, le gouvernement Lepep avait tendu la main au secteur privé – afin de combler le vide. C’est ainsi qu’un nouveau comité mixte secteur public-secteur privé avait été institué, en août 2015, pour accroître la productivité, relancer la croissance, créer des emplois et, partant, arriver à l’objectif de $ 25 384 par tête d’habitant à l’horizon 2030.

Mais cela n’a pas fonctionné. Malgré les fréquents appels de SAJ au secteur privé. Et ce, en raison des tiraillements politiques intra-Lepep. Aujourd’hui, la situation devient plus confuse encore avec la transition annoncée à la tête du gouvernement et les secousses que cela n’en finit pas de provoquer.

On aura beau instituer des High-Powered Committees et des comités mixtes public-privé, cela pourrait ne pas changer la donne.

Tant qu’il n’y aura pas d’accalmie, malgré toute la bonne volonté du National Advisory Council, présidé par le même Sateeaved Seebaluck et composé, entre autres, de Prakash Maunthrooa, Dev Beekharry, Raouf Gulbul, Georges Chung et Gilbert Espitalier-Noël, l’on ne pourra pas jeter les bases pour atteindre la Vision 2030, puisque le 2e miracle économique relève, lui, du rêve. D’un rêve qui semble, désormais, presque inaccessible durant cette législature…

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