Back-pedaling

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Heritage City est devenu le reflet du dysfonctionnement de ce gouvernement. Cela fait, en effet, plus d’une année qu’on en parle en des termes pharaoniques. On a gaspillé du temps et de l’argent public en tournant ainsi en rond et en zigzag autour de ce qui était, à l’origine, le «Highlands Project» – né il y a une quinzaine d’années dans le sillage de l’Illovo Deal.

Mais, au-delà des atermoiements de certains esprits chagrins qui s’accrochent désespérément à Heritage City, défendu principalement par le trio sir Anerood-Showkutally Soodhun-Roshi Bhadain, et tué (deux fois) dans l’œuf par le ministère des Finances, on aura surtout vu un Premier ministre qui a dû concéder la défaite face à ses ministres, dont son fils. Voilà un homme qui n’arrive pas justement à avoir la haute main sur son gouvernement, et qui se voit contraint de battre en retraite, en attendant de passer la main ; le centre de gravité politique ayant déjà basculé.

Pourtant, lundi, à la veille de la réunion du comité ministériel, c’est un sir Anerood déterminé et sur le pied de guerre contre les opposants de Heritage City, qui dit publiquement ceci sur les ondes de Radio One : «Demain, je veux comprendre auprès des leaders de l’Alliance ce qu’ils pensent du projet Heritage City. Si je vois qu’on évoque des raisons bancales, je déciderai alors d’aller de l’avant et de demander un vote au Conseil des ministres…»

Mardi, lors de la réunion décisive, le Premier ministre, mis devant les faits relatifs au montage financier qualifié d’«approximatif» qui allait engloutir des milliards (au profit de qui ?), et réalisant qu’il est isolé sur toute la question, n’a d’autre choix que de reculer. Pourtant, le «back-pedaling» n’a jamais été le fort de sir Anerood. Pourtant, il avait vertement critiqué ceux qui au cabinet n’avaient jamais objecté officiellement contre le projet de Bhadain. Pourtant, il est le Premier ministre et que c’est lui qui aurait dû donner le la – pas son fils, encore moins Bhadain.

Or, cette fois-ci, c’est fini, nous dit-on. Heritage City est bel et bien derrière nous, enterré, sans exhumation possible. Le Conseil des ministres ne votera pas pour ou contre ce vendredi. Et il n’y aura plus de communiqué ambigu du PMO sur le sujet.

Et ceux qui s’obstinent à penser que le PM n’est pas près de raccrocher ses crampons car il souhaiterait, au nom de la postérité, partir sur une bonne note historique, se rabattent désormais sur le dossier Chagos – devenu le seul dossier qui pourrait quelque peu redorer le blason d’un Premier ministre qui n’arrive plus à influencer ses troupes, et à imprimer son leadership.

C’est aujourd’hui que sir Anerood rencontre les responsables des groupes parlementaires pour les informer de la stratégie mauricienne pour faire fléchir les Britanniques par rapport à notre souveraineté sur l’archipel démembré en 1965. Même si son intention de dépolitiser la question territoriale et de rassembler le plus grand nombre (y compris la communauté chagossienne) autour de cette cause nationale est louable, il aura fort à convaincre sur ses voies et moyens choisis.

Alors qu’il avait raidi la ligne face à David Cameron, qui plaidait pour un peu de temps à cause du Brexit, sir Anerood a finalement consenti à remettre pour juin 2017 les débats portant sur la nécessité ou non de saisir la Cour internationale de justice. Que s’est-il passé pour qu’il dise finalement oui après avoir dit non aux Anglais ? Pourtant, il n’a même pas rencontré Theresa May et a dû se contenter de Boris Johnson…

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