A-t-on déjà dépassé les 50 % d’indécis ?

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«Pourquoi un seul peut gouverner un million, alors qu’il suffirait à ce million de dire non pour que le gouvernement disparaisse ?» - Étienne de La Boétie, écrivain du XVIe siècle, «Le Discours de la servitude volontaire».

Indécision, saturation ou aversion ? Partant d’un sentiment passablement répandu à travers le pays, sentiment ressenti que ce soit dans la rue ou dans des conversations plus feutrées, nos journalistes ont tâté, cette semaine, le pouls du public par rapport aux traditionnels partis politiques. Le constat est sévère : en moins de deux ans, la désillusion du public, voire la désaffection, vis-à-vis de la victorieuse alliance Lepep est non seulement spectaculaire mais grandissante... Dans le dossier, à lire en pages 10 et 11, plus d’un soulignent le décalage entre le manifeste électoral de Lepep (qui contient de belles promesses) et son action gouvernementale (ponctuée de «scandales sur scandales»…) D’aucuns s’accordent même à dire, intuitivement, que jamais une alliance au pouvoir n’aura dégringolé aussi vite en termes de popularité…

La passation des pouvoirs programmée entre les Jugnauth, qui constitue une surprise de taille pour l’électorat, était, semble-t-il, un secret de Polichinelle parmi l’assemblage hétéroclite de l’alliance Lepep (une alliance visiblement bricolée à la va-vite pour chasser Ramgoolam du pouvoir en décembre 2014). Cette transition au sommet de l’État amplifie, ces jours-ci, la déception ou l’indignation du public.

L’explication est simple : la date de cette passation des pouvoirs, qui n’avait pas eu droit à une seule mention dans le manifeste électoral de Lepep, demeure pour l’instant secrète, malgré les questions persistantes des journalistes, de la communauté des affaires, des milieux diplomatiques et du public en général. «Seul Dieu le sait», ironise un sir Anerood Jugnauth – qui risque de rater sa sortie dans l’histoire – si jamais il s’obstine à cultiver le mystère sur son ‘exit strategy’. Son bilan jusqu’ici comme PM est inexistant. L’économie n’a pas décollé malgré sa Vision 2030. La MBC est demeurée une boîte de propagande. La réforme électorale semble être renvoyée aux calendes grecques. Les débats sur les Chagos ont été repoussés, grâce aux ‘delaying tactics’ et autres ‘dirty tricks’ des Britanniques, à l’an prochain. Acceptera-t-il de quitter la scène sur une note générale aussi mauvaise, lui qui se targue d’être le père de notre développement économique ? «Enn tigit pli tipti ki bondié», comme dirait l’autre…

Du coup, l’opposition s’en retrouve dopée : Navin Ramgoolam fait un come-back digne d’un messie au nº 5, alors que le MMM maintient qu’il est plus fort plus que jamais en restant «seul» – avec l’espoir que cela mettra fin à la sempiternelle bipolarisation qui a été fatale aux Mauves en plusieurs occasions.

Mais le jeu de ‘musical chairs’ entre les mêmes semble avoir atteint ses limites. Ce que nous publions aujourd’hui n’est certes pas un constat scientifique, mais une photographie journalistique. L’express dimanche arrive à ce constat (de surface) après avoir recueilli divers témoignages dans la rue qui gronde, parmi les quelques observateurs avisés ainsi que des étudiants qui refont Maurice sur la Toile et qui ne croient plus aux partis traditionnels.

On a tendance, à tort, à croire que ce ras-le-bol exprimé dans les discours citoyens ne se traduit pas forcément dans les votes puisqu’au final, les mêmes politiciens/partis politiques se retrouvent toujours au pouvoir ou dans l’opposition au Parlement. Et ce, en raison d’un système politique figé et taillé sur mesure pour eux. Or, cette fois-ci, il semblerait que les mentalités évoluent. Et nos journalistes rapportent du terrain un démenti qui sonne comme une gifle de rappel aux partis traditionnels : les indécis sont en progression car les partis n’attirent plus de sympathie !

Et le nombre de Mauriciens qui se disent proches d’aucun parti ne cesserait d’augmenter. En 2014, selon le sondage LSL/ DCDM, réalisé entre les 15 et 31 octobre 2014, le plus gros réservoir d’électeurs – soit 39 % – se trouvait déjà parmi les indécis. Les législatives 2014 nous ont démontré que l’usure du pouvoir était bien réelle, mais que l’alternance Lepep n’était pas forcément une promesse de neuf. Aujourd’hui, au vu et au su des désillusions affichées des ‘Mam’ face aux dérives dynastiques, l’on est en droit de s’interroger : n’avons-nous pas dépassé les 50 % d’indécis parmi l’électorat ? Est-ce cela qui explique ce manque de volonté de réformer le système électoral actuel – une réforme qui serait synonyme d’encore plus de perte de vitesse pour les partis traditionnels ? La question est posée, en attendant des réponses précises...

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