Pour une démocratie plus forte

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La nation est en émoi depuis que le PM, sir Anerood Jugnauth, a annoncé qu’il se retirerait bientôt. Selon la Constitution, il n’y a «pas d’autre choix» pour la présidente que d’en appeler alors au dirigeant de la formation politique rassemblant une majorité au Parlement, c.-à-d. Pravind Jugnauth, actuel ministre des Finances et leader du MSM, afin de former un nouveau gouvernement. Puisqu’une telle alternative n’avait pas été officiellement évoquée lors des élections de décembre 2014 (pas même avec XLD apparemment), on a parlé d’escroquerie politique et d’accession au pouvoir suprême par l’«imposte». Il ne fait presque aucun doute que le scénario envisagé au MSM est constitutionnellement légitime. Par contre, il est très clair que le vote de décembre 2014, dans la mesure où il a été un vote positif (il a surtout été un vote sanction contre le gouvernement sortant !), l’a plutôt été pour SAJ et sa promesse de 2e «miracle économique». Pas pour personne d’autre. Personne n’a jamais évoqué la possibilité d’un mandat de moins de cinq ans, même si cela a dû traverser la tête de ceux qui réfléchissent encore. Ainsi l’émoi. Personne ne peut, légalement, empêcher Pravind Jugnauth d’accéder à la fonction suprême si son père se retire. Par contre, moralement, il prendra alors le risque inconfortable de diriger le pays sans mandat populaire explicite. À chacun ses choix…

C’est de choix, justement, dont il faut parler ici. De choix avisés.

Nous sommes une démocratie, soit ! Mais elle est clairement perfectible ! On parle suffisamment de réforme électorale pour que l’on ne s’y éternise pas aujourd’hui, mais puisque l’actualité nous met les élections américaines sous le nez, reconnaissons que nous pouvons y puiser de l’inspiration pour améliorer notre ordinaire .

Le non-renouvellement de la classe politique locale et les tendances dynastiques qui nous collent au cul depuis des lustres découlent du fait que ce sont les partis, dûment contrôlés par les chefs, qui décident, et non pas, l’électeur. Par contre, la pratique des primaires permet à l’électorat des partis d’exprimer ses préférences directement. Au point où chez les républicains, un «outsider» comme Trump s’est fait choisir contre toute attente! Mais en toute légitimité, puisqu’il s’agit de vœu populaire… Pareil pour le choix de Jeremy Corbyn face à Owen Smith, peu importe si le premier peut moins facilement aspirer à remporter des élections générales. S’il y avait des primaires, demain, dans notre île, l’électeur souverain choisirait-il de retenir Navin, Pravind ou même Xavier ou Ivan comme leader de parti ? Y aurait-il, d’ailleurs, assez de braves pour challenger en parfait esprit démocratique ou est-ce trop demander de nos membres de partis ? La leçon du MMM doit-elle nous décourager ?

Prenons ensuite la question de la transparence financière personnelle. Elle n’est peut-être pas requise par la loi, comme le mandat populaire pour tout nouveau PM d’ailleurs, mais est-elle, pour cela, moins nécessaire ? Les vrais démocrates se reconnaissent sur la question ! Aux ÉtatsUnis, depuis 40 ans déjà, les candidats à la présidence publient volontairement leurs déclarations au fisc. M. Trump vient d’y faire exception. Avec insistance ! Il paiera sans doute le prix en novembre… Citons aussi l’admirable exemple du président Geingob de la Namibie qui, élu en 2015, choisissait de faire une déclaration volontaire de ses actifs. Le fait qu’il déclarait, lui, le militant SWAPO, des valeurs de 50 millions en monnaie locale (environ Rs 125 millions) ne l’a pourtant pas arrêté en ces temps farcis de jalousie et de doute. Il a même expliqué son parcours financier. Son épouse, une femme d’affaires, déclarait ses avoirs aussi, pour sensiblement le même montant! Le tout fut dûment audité par Pricewaterhouse! Une telle transparence est évidemment admirable! Ici, nous ne savons toujours pas si Ramgoolam a fait l’acquisition d’une Rolls Royce à Londres, ni comment il se proposait de rembourser le prêt de Rs 40 millions de la Bramer Bank ayant servi à acheter le campement de Roches-Noires, le remboursement mensuel, à 6,5 % d’intérêts sur 15 ans représentant, au moment du prêt en 2010, 123 % du salaire du PM… Nous ne savons pas, non plus, si SAJ a plus d’un salaire ou d’une pension, ni ce qu’il possède déjà. Paul Bérenger a été PM et dit ne posséder que sa maison (relativement modeste comparée aux villas de River Walk). Ce serait encore mieux si c’était confirmé à l’officiel. Alors qu’il est appelé à devenir PM au retrait de son père, nous ne connaissons pas la situation de Pravind Jugnauth et comment il a finalisé l’acquisition de ses biens, dont la maison à la rue Grannum. Nous ne sommes pas, il est vrai, des Namibiens… mais n’avons-nous pas, tout de même, droit à quelques respects ? Et à quand, enfin, les comptes audités et publiés de nos partis politiques?

Ajoutons à ces leçons démocratiques de l’actualité la question du bulletin de santé des dirigeants, qui est d’autant plus pertinent que nos dirigeants principaux ont 69 ans, 70 ans et 86 ans ! Qui sait si les résultats auraient été différents en 2014 au vu des bulletins de santé de nos PM postulants, mais l’électorat aurait définitivement fait un choix dans une plus grande transparence. Peut-être même que l’on aurait alors évoqué la question de succession éventuelle en cours de mandat avec un peu plus d’attention ? Reconnaissons ici la transparence affichée par Bérenger, en janvier 2013, quand il avisait la population de son cancer à la gorge…

Et comment ne pas évoquer, au-delà de la question du nombre maximum de mandats et des promesses électorales d’une MBC «réorganisée», de Freedom of Information Act,de télévisions privées, de liberté d’opinion respectée (sans être stupidement boycottée par Air Mauritius!), de réforme électorale, de Financing of Political Parties Act (page 43 du manifeste électoral de Lepep), notre bonheur de nous être réveillé aux petites heures du matin pour assister «live» au premier des débats présidentiels entre Trump et Clinton! Et notre honte que cela ne se soit jamais encore passé dans notre propre pays, nos candidats à la responsabilité suprême préférant, de loin, le monologue magistral au débat contradictoire, la possibilité de promettre au-delà du raisonnable sans être contredit et l’incroyable privilège de donner autant de poids au mensonge politiquement utile qu’à la vérité potentiellement encombrante.

C’est ainsi d’ailleurs que la campagne Brexit a pu faire croire que le Royaume-Uni va économiser 350 millions de livres sterling par semaine, que Marine Le Pen décroche le Prix 2015 du mensonge en politique (jury composé de journalistes du Figaro, du Monde, du Point, de Libération…) et que Trump a largement triomphé de Clinton dans toutes ses tentatives de dénaturation des faits (y compris sur la nationalité d’Obama* !)… jusqu’aux débats du 26 septembre !

http://www.economist.com/blogs/democracyinamerica/2016/09/winhillary-clinton?fsrc=scn/tw/te/bl/ed/awinforhillaryclintonthefirstpresidentialdebate

 *À lire à cet effet : http://www.economist.com/blogs/democracyinamerica/2016/09/win-hillary-clintonfsrc=scn/tw/te/bl/ed/awinforhillaryclintonthefirstpresidentialdebate

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