Coq en vain

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Celui qui avait dit un jour qu’il avait honte de s’appeler Duval, à en faire caqueter plus d’une poule dans la basse-cour, et qui aujourd’hui s’enorgueillit d’un patronyme qu’il qualifie, à toutes prétentions gardées, de marque déposée, reste cependant constant dans sa sempiternelle rhétorique : faire de la politique autrement. Mais où est cette différence ? Dans l’abandon du flux et reflux dynastique alors qu’un fils tout juste sorti de la puberté joue au donneur de leçon à l’Assemblée nationale et qu’un autre, apparemment plus ambitieux et moins humble, piaffe déjà d’impatience à l’écurie ? Dans la déréliction de la pratique de la langue de bois alors qu’il évite toutes les polémiques et ne peut avoir une opinion claire et nette sur des sujets d’actualité sans doute trop brûlants pour ceux qui pratiquent le non-dit par prudence opportuniste ? Ou est-ce dans un embrigadement tous azimuts plus quantitatif que qualitatif privilégiant ainsi la culture de soliveaux ? Ou est-ce encore dans une constante pratique idéologique alors que lui aussi se permet de coucher à droite comme à gauche ?

Jean Cocteau disait que la jeunesse sait ce qu’elle ne veut pas avant de savoir ce qu’elle veut. Xavier-Luc Duval lui fait donc les yeux doux. Soit. Mais lorsque, tel un de ces bilans cliniques qui, tout à trac, nous tombent sur la tête, la révélation d’une maladie grave est à même de nous sortir du train-train habituel, tenter de charmer béatement et superficiellement en palpant le subalterne et évitant les mots profonds et sincères est une cure à court terme. Et une sinécure pour l’espérance et la modernité.

Accusé d’avoir été un complice à une escroquerie politique pour avoir été partie prenante à un enfumage de l’opinion publique concernant l’avènement de Jugnauth fils au poste suprême, Xavier-Luc Duval était attendu au tournant. D’autant plus qu’il nous avait tenus en haleine en nous promettant un discours de haute facture lors du congrès du PMSD de dimanche dernier. Sa tentative de disculpation fut aussi molle que saugrenue : nous n’en avons jamais discuté avant les élections mais cette possibilité existait. Comprenne qui pourra. Une possibilité ne se rêve pas. Elle repose sur des faits qui indiquent qu’un évènement peut se produire. Et quels étaient ces faits sur lesquels Xavier-Luc Duval élabora son analyse et construisit son jugement ? Cette jeunesse mauricienne tant convoitée par le leader d’un PMSD, dont la devise la plus appropriée serait sans doute «Plus flou que jamais», a le droit de savoir.

Pendant toute sa campagne à Quatre-Bornes lors des législatives de décembre 2014, Xavier-Luc Duval fut en maintes occasions acculé sur la question par des membres de son électorat obsessionnellement frileux et réfractaires, à tort ou à raison, à l’idée d’un Pravind Jugnauth assis dans le maroquin premier ministériel. Xavier-Luc Duval bottait en touche systématiquement et laissait au bouillant Roshi Bhadain le soin d’y répondre. Grande preuve de courage. Bel exemple de franchise. Une façon, sans doute, de faire de la politique… autrement.

Lorsque, dans leur quête du pouvoir, certains politiciens se prosterneront encore et toujours, têtes enfouies dans le sable telle l’autruche, et qu’ils resteront agenouillés devant le «toujours plus» populiste, ils comprendront trop tard que la nouvelle génération n’est pas celle d’hier. Si, hier, l’insouciance fut habituelle et l’effroi passager, comme disait jadis Benjamin Constant, aujourd’hui les jugements sont implacables et les sentences irrévocables. Les jeunes sont aujourd’hui plus exigeants et c’est tant mieux pour une espérance qu’on croyait morte mais qui n’est tout bonnement pas totalement réveillée.

Il ne suffit plus d’interpréter notre culture politique. Il s’agit maintenant de la transformer.

Mao Tsé-toung, pour qui les masses étaient les seuls véritables héros, disait ceci : «Il n’est pas difficile à un homme de faire quelques bonnes actions : ce qui est difficile, c’est d’agir bien toute sa vie, sans jamais rien faire de mal.» L’exigence d’une telle maxime est, sans nul doute, plus vitale à l’homme politique.

L’on pèche tout autant par action que par omission. Tout comme le non-dit et ne pas dire toute la vérité sont aussi condamnables qu’un mensonge.

À trop vouloir jouer l’autruche pour trop longtemps, la tête plongée dans le sable chaud, l’on peut aussi, à terme, mourir d’asphyxie.

Il sera alors morbide de nous jouer la sempiternelle berceuse : «resultats lor resultats».

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