De Port-Louis à Addis en passant par New York

Avec le soutien de

«Bani in baka.» En haoussa, langue parlée en Afrique de l’Ouest, cela signifie «donnant mutuellement». Alors que nous recherchons, au siège de l’ONU, à New York, tous les soutiens possibles pour faire avancer notre cause chagossienne face aux géants britannique et américain, il nous faut amorcer une réflexion sur la notion de réciprocité dans la coopération internationale. Sinon, on risque de faire deux pas en avant, et trois pas en arrière…

La réciprocité oblige celui qui agit sur autrui à subir cette même action, et celui qui subit à agir. Ainsi, si on veut être respecté, en Afrique surtout, il faut montrer du respect envers le continent, ses organisations et ses acteurs.

Actuellement, ce n’est pas le cas. L’image de Maurice sur le continent s’est considérablement dégradée au fil de ces dernières décennies/ années, en raison, entre autres, du départ de l’Union africaine (UA) d’un Vijay Makhan respecté, et puis par l’envoi irresponsable de piètres figures locales à Addis Abeba, à l’image d’un Prem Doonghoor qu’on ne savait où caser. Tout cela aura contribué au triste fait qu’il n’existe pas vraiment de réel réseau de partage d’expériences et d’appuis mutuels entre Port-Louis et le continent.

«L’Afrique n’est pas un Dumping Ground !» C’est ce que nous affirmions, en mai 2016, alors que nous prenions connaissance de la première annonce émanant de notre Anil Gayan national pour briguer la présidence de la Commission de l’UA.

Notre point : si, in fine, l’on peut, cyniquement, estimer que ce serait une bonne chose que le pays se débarrasse des politiciens comme Gayan, ce serait, par ailleurs, afficher tout son mépris pour l’Afrique et les Africains que d’appeler «de toutes ses forces» à une mobilisation pour soutenir Gayan.

Entre-temps la donne a changé. Les chefs d’État africains, réunis récemment au 27e sommet de l’UA, au Rwanda, ne sont pas parvenus à trouver un successeur à Nkosazana Dlamini-Zuma, l’actuelle présidente (sud-africaine) de la Commission. Donc, l’élection a été reportée à janvier 2017. Et le Conseil des ministres a donné son feu vert à Gayan.

Si l’on n’est pas d’accord que Gayan, en raison des nombreuses polémiques qu’il crée depuis qu’il est à la Santé, soit le bon candidat, on ne peut s’empêcher de tirer la sonnette d’alarme sur l’impact que pourrait avoir cette élection sur notre image.

Ni le Premier ministre, ni le ministre Gayan ou aucun haut responsable politique de Maurice n’était présent au 36e sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui s’est tenu, les 30 et 31 août, au Swaziland. Lors de ce sommet, il a été décidé (point n° 12 du communiqué) que la communauté se réjouit du fait que la région SADC fasse «preuve d’unité autour de la candidature de la Dr Pelonomi Venson-Moitoi, ministre des Affaires étrangères du Botswana». Gayan n’était pas du tout «in the picture», me confiait hier un diplomate du continent.

Comment donc notre pays pourrait- il se désolidariser de la SADC pour appuyer la candidature de Gayan ? Comment parler d’intégration régionale en faisant candidat seul et bande à part ? Si on ramenait à l’échelle mauricienne cette logique de candidature, est-ce que le Mouvman Liberater, qui n’a aucune assise à travers le pays, aurait pu élire Anil Gayan s’il n’était pas au sein d’une alliance ?!

Comment dire ensuite à nos amis africains : écoutez, Gayan sera contre vous pour l’UA, mais pour les Chagos on a besoin de votre soutien ? Où est la réciprocité ?

Face à Gayan, il y a des candidats qui ne manquent pas d’envergure et qui ont un rayonnement continental – de par leur présence active dans les sommets. On parle du Sénégalais Abdoulaye Bathily, représentant spécial de l’ONU pour l’Afrique centrale, et de l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete, entre autres. Et si Gayan ne récolte que deux ou trois voix à l’élection de l’UA, c’est la réputation de Maurice qui prendra un sale coup… et, par ricochet, le dossier Chagos !

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